#Interview Charlotte Blum & Twin Peaks

#Interview Charlotte Blum & Twin Peaks

Auteure de nombreux ouvrages sur la musique ou les séries, réalisatrice des documentaires The Art of Television, l’expertise de Charlotte Blum, que l’on retrouve sur OCS, n’est plus à démontrer. Elle nous raconte sa découverte et son rapport à Twin Peaks.

(Toutes les illustrations sont issues de la relecture photographique de Twin Peaks par Sébastien Gerber)

Twin Peaks

©Sebastien Gerber

Daily Mars : Comment avez-vous découvert Twin Peaks ? Et que représente la série pour vous ?

Charlotte Blum : J’étais au collège. Mon meilleur ami de l’époque, Alban, était accro à Twin Peaks. C’est lui qui me l’a fait découvrir quand elle passait sur La Cinq. Il jouait le générique sur son orgue électronique, il me l’avait enregistré sur une cassette que je prenais avec moi, en vacances. Plus tard, il a eu le coffret VHS (je l’ai racheté il y a peu, ça prend de la place mais c’est beau). Je ne comprenais pas tout à la série, mais j’étais fascinée par la musique, le côté cotonneux, les personnages d’un temps indéfini. J’ai passé quelques années sans y penser, puis je l’ai revue il y a une quinzaine d’années. Un choc absolu. Tout a pris sens, les personnages, leur parcours, le génie de connecter des détails microscopiques pour en faire des histoires, les silences. Depuis, je la regarde tous les ans, pas toujours jusqu’au bout. Je ne peux pas écrire sans écouter la B.O., elle fait tellement partie de moi que je peux l’écouter en boucle sans jamais me déconcentrer.

Pourquoi, 25 ans après, la série continue-t-elle de fasciner, d’être vivante, au-delà de l’annonce d’une troisième saison ?

C. B. : Parce qu’elle a tout changé : la qualité de l’image et de la réalisation TV mais aussi notre façon de lire les histoires. Elle est vivante parce que son époque n’est pas définie, elle en devient universelle. Je pense aussi qu’à chaque visionnage, on peut découvrir de nouvelles choses, de nouveaux indices du génie de Lynch, alors elle renaît sans cesse. Et bien sûr, elle se termine sur la promesse d’un retour « dans 25 ans », une promesse à laquelle nous sommes nombreux à nous être accrochés. Elle termine aussi sur le visage d’un personnage doux et serein devenu monstrueux, on veut savoir ce qui se passe après.

Qu’attendez-vous de la prochaine saison ?

C. B. : Pour le moment, j’ai un peu peur. J’attends de retrouver mes repères, j’attends la musique. Je suis une puriste de Twin Peaks, j’ai envie de la voir en 4/3, avec un grain dans l’image. Je n’ai jamais regardé la version recolorisée, ce n’est pas ça pour moi, Twin Peaks. J’espère que les méditations de Dale Cooper seront toujours là, qu’on flottera dans un doute constant, que les passages sombres s’alterneront avec d’autres, grotesques, qui parlent de chihuahua mexicain. Ce que je n’attends pas de cette nouvelle saison : de la modernité, un rythme plus rapide, un langage plus actuel.

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