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Interview d’Uncle O (compilations Shaolin Soul) : « Le son Shaolin Soul est plus roots »

Interview d’Uncle O (compilations Shaolin Soul) : « Le son Shaolin Soul est plus roots »

Parmi la myriade de compilations soul disponible et dont les collectionneurs sont friands, une série reste dans les mémoires collectives : Shaolin Soul. Elle ne se basait ni sur un label en particulier, ni sillonnait les bandes-son de films de blaxploitation, mais proposait de revenir aux sources du son Wu-Tang en compilant des titres de Willie Mitchell ou Al Green aux côtés de titres maintes fois samplés (« Nautilus » de Bob James, « I’m Afraid the Masquerade Is Over » de David Porter). Deux volumes de Shaolin Soul verront le jour chez Hostile, en 1998 et 2001, et seront rapidement épuisés. Depuis le 24 mars, ils sont à nouveau disponibles en CD et vinyl, aux côtés d’un troisième volume tout aussi riche en pépites soul sixties-seventies. On est revenus sur la sélection des titres, la longue absence des bacs de la série,  et une opération spéciale pour le Disquaire Day avec le concepteur des compilations, Uncle O.

Quelle est la genèse de Shaolin Soul, et d’où vous est venue l’idée de réaliser ces compilations ?

Uncle O : Je voulais faire des compiles de soul, et c’était très compliqué, vu que cela ne se vendait pas beaucoup à l’époque. Et les compilations de soul, c’était un peu tout le temps la même chose, à savoir des best-of, des compilations de morceaux archiconnus du style Otis Redding/Aretha Franklin. J’étais aussi très fan de hip-hop, et j’avais les morceaux que RZA et consorts avaient samplés dans les morceaux [des artistes du Wu-Tang]. Un jour, j’ai fait une petite playlist et je me suis dit que ce serait une bonne idée. Je l’ai proposé à Hostile Records, qui ont été du même avis, et le projet est parti de là.

A l’époque, Hostile n’avait pas signé le Wu-Tang. Comment ça s’est passé de nommer Shaolin Soul ainsi ?

Uncle O : Il fallait évoquer le fait que ces morceaux de soul venaient de quelque part, d’où ce nom-là, qui évoquait le Wu-Tang et collait bien. Ça paraissait évident, dès lors, de le marketer ainsi. On a pas eu de problèmes avec le Wu-Tang, car ces morceaux ne leur appartenaient pas, et Shaolin est un terme existant depuis des temps immémoriaux. Sur la première compilation, j’avais mis que c’était totalement inspiré du Wu-Tang ; et à l’époque, RZA avait fait une interview sur Radio Nova où il avait déclaré avoir écouté la compilation, mais qu’il ne se souvenait même plus avoir samplé ces morceaux. Peut-être il était trop perché quand il les a créé, mais je me souviens qu’à l’époque, il n’y avait pas grand-chose qui devait être clearé (clearing : demander aux ayant-droits l’autorisation de sampler un titre, ndr).

Est-ce qu’à l’époque, c’était compliqué de réunir tous ces artistes sur une même compilation, ou finalement ça s’est passé plutôt vite ?

Uncle O : A l’époque, c’était les services juridiques de Virgin qui s’en sont occupés, donc ça a dû prendre six mois. Mais systématiquement je faisais des playlists de 30-40 morceaux, car certains étaient refusés par les ayant-droits. En plus, pour des morceaux des années 1960-70, les contrats n’existent plus, y a des disputes entre ayant-droits, ou entre gens d’un même groupe… Je voulais mettre un minimum de 20 morceaux, et on a eu des problèmes, non pas à cause de la compilation mais de ces problèmes entre ayant-droits.

L’idée de relancer la série et ce troisième volume est venue de quelle manière ?

Uncle O : J’avais commencé à travailler sur le volume 3 au moment où le 2. Mais il y avait de gros changements au sein de Virgin, qui avait commencé à clearer ce troisième volume. Ils avaient également commencé à travailler sur des ressorties des deux premiers volumes qui étaient épuisés. Y avait encore beaucoup de demande des magasins spécialisés, FNAC, Megastore… Ils n’avaient réussi que partiellement, pour les deux volumes, puis ils ont laissé traîner… Plein de gens sont partis, et je suis resté avec ce projet sur le dos. J’avais déjà choisi 70% des titres. J’ai récupéré le nom « Shaolin Soul » il y a une dizaine d’années, et l’été dernier, Warner/Parlophone m’ont appelé. Ils m’ont demandé si j’étais intéressé par une réédition en CD et vinyle des deux premiers volumes, qui coûtaient une fortune sur Internet, et d’un volume 3. J’ai dit : banco.

Shaolin+Soul+Episode+2+shaolin+soul+2Le point commun de ces titres est leur réutilisation sur des titres rap, r&b connus. En particulier, deux samples utilisés sur The Blueprint de Jay-Z : « If » de Jackie Moore et le titre de Bobby Blue Bland. Les avez-vous choisi à cause de la qualité notable des originaux ou le travail fait sur les titres de Jay-Z ?

Uncle O : Pour moi, c’est un total hasard, car j’avais prévu ce titre y a 12 ans. J’avais commencé à me dire qu’il existait un certain style assez particulier, un peu deep…. J’avais commencé à prendre des morceaux sans me demander s’ils avaient été samplés ou pas ; et entretemps ce fut le cas. En fait, sur le premier volume, c’était 100% samplé par RZA, et sur le troisième, je me suis dit qu’il fallait un peu se démarquer de ce son. Entretemps, les disques de membres du Wu-Tang comme Method Man et Raekwon n’étaient plus du tout produits par lui, et c’était plus le même genre de son. C’est plutôt sur la musique que je table avant tout.

Entre les années 1990 et aujourd’hui, il y a eu une volonté des labels de remasteriser et rééditer de plus en plus de leurs back catalog. Cela est-il devenu plus facile de monter des compiles Shaolin Soul maintenant qu’il y a un certain engouement du grand public auprès de ces artistes ?

Uncle O : C’est pas forcément plus facile, certains artistes de Warner ne sont pas présents sur cette compile. Ça a à voir avec l’artiste, l’éditeur… Il n’est pas dit que même si j’avais accès au catalogue de Warner, que j’aie tout ce que je souhaite.

Comment vous décririez le son Shaolin Soul ? Sur la liste des titres, y a pas de titres de Philly soul par exemple…

Uncle O : Je dirais que c’est beaucoup plus roots. C’est plus la Stax, Memphis, le Sud… C’est plus dérivé sur le blues ; par exemple, sur le volume 3 j’ai un titre de BB King qui est très soul quand même. Je dirais que c’est plus « deep », moins poli que les productions de Philadelphia International, entre autres. Sur le genre soul, c’est quand même sans fin.

D’où vient le slogan de la série « Everybody’s Talking About The Good Ol’Days » et pourriez-vous parler de la pochette du troisième volet ?

Uncle O : C’est moi qui l’ai trouvé, mais sur le premier volume c’est sur la chanson de Gladys Knight, elle le commence comme ça. J’ai trouvé que c’était une bonne accroche. Sur le troisième volume, on a une photo de Nobuyoshi Araki, qui a tout de suite accepté alors que ça aurait pu nous coûter une fortune. Il avait fait ce livre, assez dur à trouver, de photos de New York dans les années 1970. Pour le volume 3, j’étais tombé sur une photo de ce livre, et on a passé beaucoup de temps à mettre la main sur lui. Il a de suite aimé le projet, et accepté immédiatement.

Est-ce que la réputation de Shaolin Soul tient à ses bonnes ventes en vinyl ?

Uncle O : Le premier était épuisé sur les deux formats, le deuxième était épuisé en vinyl. Y a des gens qui nous ont un peu copié, y a des compilations américaines Shaolin Soul qui n’ont rien à voir avec ce que l’on fait nous. J’ai pas voulu attaquer parce que c’était très compliqué. En France, beaucoup de magasins de disques disent qu’il y avait une demande sur cette référence-là.

David Porter-...Into A Real Thing aLe Disquaire Day (le 19 avril) verra l’édition du Maxi LP estampillé Shaolin Soul édité à 350 exemplaires, notamment avec la version longue du titre de David Porter. La sélection de ces titres est-elle représentative de l’esprit de ce troisième volume ?

Uncle O : En fait je voulais absolument mettre le titre des Supremes (« It’s Time To Break Down »), que je trouve très original. Y a pas Diana Ross dessus, c’est la période après qu’elle soit partie. Je le trouve vraiment excellent, et représentatif du style. Ensuite, y a le morceau de Bobby Bland, et David Porter est intéressant, car il a coécrit une bonne partie des morceaux de Isaac Hayes. J’ai mis la version longue sur le maxi, sinon on aurait dû enlever 3 ou 4 morceaux. La version single avait été coupée au moment où le morceau commence à s’accélérer, il y a toute une partie qui dure 6 minutes, excellente, où il parle, etc. Cela fait un joli maxi, qui sera en couleur bleue transparente.

Quels sont les retours sur votre autre projet, « Cosmic Machine », qui reprenait des morceaux électro d’artistes français des années 1970 ?

Uncle O : Très très bons, surtout à l’étranger, au Royaume-Uni et à l’Angleterre. J’ai eu une super note sur Pitchfork, ce qui a fait buzzer des magasins de disques en Californie, et en Angleterre aussi, avec un magasin qui a commandé 700 vinyles. Certains journalistes en France étaient moins chauds, avec les problèmes d’image liés à certains artistes. A l’étranger, quand ils écoutent, soit c’est bon soit ça ne l’est pas, mais ils ne se posent pas la question de savoir si Pierre Bachelet est ringard ou pas.

Avez-vous d’autres projets de compilation ?

Uncle O : Je peaufine le Cosmic Machine volume 2. Et un autre projet qui prendra un peu plus de temps, et que je souhaite garder pour le moment.

 

 

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