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INTERVIEW : Emmanuel Durand : « Gravity est un film difficile à marketer en France »

INTERVIEW : Emmanuel Durand : « Gravity est un film difficile à marketer en France »

Vice Président marketing de Warner Bros France, Emmanuel Durand a bien voulu répondre à quelques questions sur l’actualité récente et à venir des grosses sorties du studio, dans la foulée du Comic Con de San Diego qui s’est déroulé la semaine dernière. Il réaffirme le statut « talent friendly » de Warner Bros, qui défend selon lui une politique de « blockbusters d’auteurs ». La preuve récente avec Zack Snyder, Christopher Nolan, Guillermo del Toro et, demain, avec Alfonso Cuaron.

 

Daily Mars : De votre point de vue, quel est l’impact d’un événement comme le Comic Con de San Diego ?
Emmanuel Durand : Ca reste avant tout un événement « B to B » destiné au marché intérieur américain, certes désormais suivi en temps réel dans le monde entier par les journalistes et un cercle élargi de geeks fans de ces univers et très actifs sur les réseaux sociaux. C’est d’ailleurs pour évaluer l’importance de ce “public Comic Con” en France que nous avons lancé cette année le “Warner Day” et devant le succès de l’opération (20 000 personnes ont joué pour y participer, et 2700 ont été accueillies au Grand Rex), on étendra cette initiative à d’autres villes que Paris dés l’an prochain. Avec toujours la volonté de montrer des choses inédites. Quant au bilan du Comic Con pour Warner, c’est difficile de me prononcer vu que je suis juge et partie mais j’ai tout de même l’impression que le scoop surprise sur Batman/Superman a volé la vedette à toutes les autres annonces. Et nous ne sommes pas du tout impliqués dans la stratégie des annonces communiquées là-bas.

Que pensez vous de cette annonce justement ?
E.D : J’en suis ravi ! C’est un choix intelligent, il s’agit d’associer nos deux franchises les plus fortes pour débuter un univers, ça me parait plus raisonnable et sain que de s’aventurer avec la Justice League en rajoutant Flash, Green Lantern ou autres… A ce stade le scénario n’est pas écrit mais si Superman et Batman sont censés s’affronter, ça va etre un vrai challenge d’écriture au vu des pouvoirs immenses de Superman.

Le pic record d’hystérie au dernier Comic Con de San Diego : la projection en extrême fin de panel Warner/Lagendary, samedi dernier, d’un logo annonçant la visite de Batman dans le prochain Man of Steel. Big bang dans la geekosphere. Rendez-vous en 2015.

Annoncer aussi précocement ce projet alors qu’il n’y a pas l’ombre d’un scénario, n’est ce pas un signe d’une marche forcée de Warner pour combler son retard par rapport à Marvel ?
E.D : Il y a peut etre un peu de ça mais je vois surtout dans une telle annonce la volonté de maîtriser la communication sur ce projet, sortir l’info tout de suite afin d’éviter la pression des rumeurs dans la presse. Il y a aussi le fait que Warner est depuis toujours un studio talent friendly, qui parie plus sur des talents que sur des projets. Moi je tire mon chapeau à Barry Meyer* le jour ou il a signé un chèque de 200 millions de dollars à Nolan pour Inception. De la même manière, le studio a gardé sa confiance à Andy et Lana Wachowski et à Zack Snyder malgré leurs échecs. Et pour moi, cette annonce de Batman/Superman était une volonté de metre les talents en avant, comme une sainte trinité : vous avez aimé le boulot de Snyder, Nolan et David Goyer sur Man of Steel, ils seront de retour, c’est un peu notre Justice League à nous. Warner est un des rares studios hollywoodien à soutenir la notion de réalisateur/auteur à Hollywood, comme ils l’ont fait avec Kubrick ou Eastwood.

Etes-vous satisfait de la carrière de Man of Steel en France ?
E.D : Zack Snyder a indéniablement remis la franchise au premier plan après une série de films qui avaient échoué à le faire depuis le premier Superman de Donner. On est en route pour franchir les 2,4 millions d’entrées : en un mois, c’est mieux que tous les premiers volets de franchises de super héros. C’est un très bon score pour la réinstallation d’une franchise et surtout pour un film qui n’est pas familial. Je dis ça sans jugement, mais les films Marvel et DC ne s’adressent pas au même public : Marvel cible le côté fun, familial et popcorn movie, tandis que les derniers traitements de Nolan pour Batman et Superman sont plus dark et portent des problématiques plus adultes.

 

« J’ai vu le film :  Gravity est un chef-d’oeuvre »

 

Gravity, d’Alfonson Cuaron. Trois nouvelles videos dévoilées cette semaine. L’attente sera longue jusqu’au 23 octobre…

Passons à Gravity, dont on a pu voir trois nouveaux extraits sur le web cette semaine : est ce film difficile à marketer pour la France ?
E.D : Il l’est. Notre problématique numéro un, c’est de faire passer le message : ce n’est pas un film de science fiction. Tout ce qui est présenté dans Gravity existe, l’action se déroule à notre époque. On doit expliquer cela à la partie du public français rebutée par l’aspect SF et encore plus par de la SF dans l’espace, qui est un genre très segmentant. On va devoir expliquer que Gravity, ce n’est pas Solaris et surtout on misera beaucoup sur la promesse de jamais vu du film : “vous n’avez jamais vu ça”. La communication suivra deux axes : un axe vers le grand public en misant sur les deux têtes d’affiche et un axe centré sur Cuaron et sa starisation en tant qu’auteur. Là, on s’adressera directement à ses fans, ceux qui ont soutenu Les Fils de l’homme et se souviennent du plan séquence lors de la scène du soulèvement. Gravity débute par un plan séquence de 13 minutes et Cuaron accède vraiment à un nouveau stade de virtuosité, c’est ce qu’on mettra en avant. Je peux vous le dire parce que je l’ai vu : ce film est un chef-d’oeuvre. C’est est un survival movie, avec des images absolument somptueuses en permanence et un sound design incroyable.

Peut-on savoir combien allez-vous consacrer à la campagne de promotion du film en France ?
E.D : Ha non ça c’est un peu comme la recette du Coca-Cola ! En gros, on dépensera deux fois moins que sur une campagne pour une grosse franchise à la Man of Steel. Sur le front du box office, si Gravity réalise entre un et deux millions d’entrées France, on aura fait notre boulot.

Pacific Rim, de Guillermo del Toro : un pari difficile, une suite encore incertaine.

510 000 spectateurs France pour Pacific Rim en une semaine : est ce une déception ?
E.D : Pas du tout. C’était un film difficile à imposer, orienté vers les geeks plutôt que les familles. Compte tenu des sondages sortie de salles qui témoignent d’un excellent bouche-à-oreille, on peut tabler sur un multiplicateur de 2,5… Le million et demi d’entrées est donc à sa portée ! Quant à une suite éventuelle, le studio fera les comptes à la fin de l’exploitation et on verra bien si l’opération a été rentable ou pas. En tout cas, Pacific Rim a tenu la première place du box-office mondial le week-end dernier. A titre personnel j’aimerais beaucoup. On a adoré travailler avec Guillermo del Toro et il fait des blockbusters d’auteur conformes à la tradition Warner.

* président et CEO de Warner Bros. Pictures US.
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