#Interview Frédéric Maffre & Twin Peaks

#Interview Frédéric Maffre & Twin Peaks

Frédéric Maffre est scénariste de bande dessinée. Avec son frère Julien au dessin, ils ont débuté une série chez Dargaud, Stern (2 tomes parus à ce jour). Il revient pour nous sur ce que représente Twin Peaks.

(Toutes les illustrations sont issues de la relecture photographique de Twin Peaks par Sébastien Gerber)

Twin Peaks

©Sebastien Gerber

« Si Twin Peaks était mieux, ce serait peut-être moins bien. Ce n’est pas de la poésie, ni un hommage à la pensée lynchienne : nous parlons certes d’une œuvre culte à l’impact inégalé, mais aussi d’une œuvre profondément bancale : personnages et intrigues à l’intérêt forcément variable, une narration qui navigue à vue, la tentation toujours latente d’une étrangeté qui serait une fin en soi. Des défauts qui explosent notoirement lors de la fameuse deuxième moitié de la saison 2, cas d’école de jumpage de shark et preuve que l’équipe d’acteurs, auteurs, réalisateurs la plus compétente qui soit ne peut rivaliser avec un créateur porté par une Vision. La beauté de Twin Peaks tient à son perpétuel équilibre précaire, entre ses créateurs (Frost le « normal » qui aime jouer avec les codes, Lynch le « bizarre » néanmoins attiré par la culture populaire), son cahier des charges (de la télévision, oui, mais ambitieuse), ses tonalités (enquête, soap, comédie, horreur, science-fiction, chronique adolescente, il ne manque pour ainsi dire que l’action pure et la pornographie).

Twin Peaks fut un météore aux promesses pas toujours tenues, qui eut l’intelligence (la chance ?) de finir sur une note suffisamment brillante pour nous convaincre que nous n’étions pas face à un feu de paille. Deux petites saisons et un film, formidable mais mal aimé, nous ont permis au fond d’entrevoir tout ce que Twin Peaks aurait pu être, le sommet et la coquille vide, l’humour bon enfant et la noirceur la plus extrême. Nous aurions voulu plus mais tout était déjà là. Twin Peaks a eu divers héritiers et cousins plus ou moins directs (Bienvenue en Alaska, X-Files, Lost, The Killing, Les Revenants, le jeu vidéo Deadly Premonition) mais je la rapprocherait surtout de l’anime Neon Genesis Evangelion, proposition hautement commerciale (robots contre monstres) revisitée par un auteur exigeant (Hideaki Anno) pour un résultat objectivement bancal mais qui aura laissé une trace indélébile sans cesser d’enflammer l’imagination des fans depuis sa première diffusion en 1995. Twin Peaks revient pour une saison 3 que l’on espérait plus, Evangelion pour le dernier d’une série de 4 films revisitant cet univers une bonne fois pour toutes. Ce sont là des bonnes nouvelles et je serai au rendez-vous, mais un puzzle aux pièces manquantes a aussi son charme. »

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