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[Interview Japan Expo 2016] Hiro Mashima: « Je considère mon éditeur comme mon premier lecteur »

[Interview Japan Expo 2016] Hiro Mashima: « Je considère mon éditeur comme mon premier lecteur »

Hiro-Mashima-2016-annonceRave, Monster Hunter et surtout Fairy Tail, la majeure partie de ses titres sont passés par la case gros carton. Cette année, la Japan Expo recevait Hiro Mashima en qualité d’invité d’honneur manga et le scénariste/dessinateur s’est plié à l’exercice des questions/réponses avec beaucoup de décontraction, lors d’une table ronde composée de cinq médias dont le Daily Mars a eu la chance de faire partie. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur l’auteur qui fête cette année, les 10 ans de son titre-phare, le shônen Fairy Tail.

 

Bonjour, Hiro Mashima ! Pour commencer, pourriez-vous nous décrire une semaine type, pour vous ?

Le dimanche, je fais mes nemus, c’est à dire mon storyboard et le lendemain, c’est le jour de la réunion éditoriale avec mon éditeur durant laquelle on discute du storyboard que j’ai élaboré. Le mardi, je m’occupe des crayonnés sur les nemus qui ont donc été validés et du mercredi au vendredi, c’est l’encrage et je passe à l’étape de finition des planches. Le samedi, si j’ai encore du travail, retouches ou mises en couleur de certaines pages, je m’y attelle et sinon je me repose. Mais ces dernières années, je ne me suis pas reposé un seul jour. (Rires)

Comment créez-vous vos personnages ?

Je fais beaucoup de croquis, en fait dès que j’ai du temps, et mes personnages naissent à ce moment-là.

DSC00443Si on compare à Rave, Fairy Tail est construit sur une succession de petits arcs. Du coup, savez-vous déjà ce vers quoi tend votre récit et quelle en sera la fin ? Ou alors, inventez-vous au fur et à mesure, selon vos envies ?

Tout d’abord, si les arcs sont courts, c’est pour donner un tempo rapide au récit. Ensuite, de manière générale, j’ai une idée de ce que sera la fin d’un arc mais pas ce qu’il se passe entre le début et la fin. De fait, lorsque je termine un chapitre, comme je ne sais pas exactement comment sera le prochain, j’ai une grosse excitation en me demandant ce qui le composera. Ça m’arrive souvent de me dire, bon ok, je sais comment ça se termine mais si je fais mourir ce personnage, qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire après… ?! (Rires)

Vous avez fait le choix de travailler sur un grand nombre de personnages formant un groupe récurrent. Tout d’abord, pourquoi un tel choix et comment vous y prenez-vous pour parvenir à tous les faire évoluer de manière régulière et équitable ?

Dans mon esprit, l’histoire est vraiment centrée sur les personnages de Natsu et Lucy. Ensuite, je sais qu’il y a un certain nombre de personnages qui ont leurs groupes de fans, donc j’ai envie de les mettre en avant, pour leur faire plaisir et j’essaie de faire en sorte d’alterner, que ce soit au sein de la même guilde ou dans d’autres, de manière à ce qu’il y ait toujours ce plaisir et cette excitation à la lecture.

Fairy Tail a cette année, 10 ans. Avec le recul, comment abordez-vous votre œuvre et son succès ?

Déjà, 10 ans, c’est énorme et jamais je n’aurais pu croire tenir aussi longtemps sur cette série. J’ai un peu de mal à prendre du recul sur ces dix dernières années, d’autant que la série n’est toujours pas terminée, donc c’est vraiment difficile pour moi.

Revenons un peu sur la genèse de Fairy Tail. Comment avez-vous créé ce titre ?

Le point de départ, c’est que dans Rave, c’était un personnage qui partait parcourir le monde et en tant que dessinateur, ça m’a posé beaucoup de problèmes de devoir le faire constamment bouger comme ça. Du coup, je me suis dit que pour mon prochain manga, j’allais partir sur un personnage plutôt cool, qui va rester avec son groupe d’amis et qui ne va pas aller trop loin. Je me suis dit que ce serait plus facile et plus léger à porter. Ça, c’est le point de départ. Mais au fur et à mesure que je dessinais, finalement l’histoire est devenue aussi lourde à porter que mon titre précédent. (Rires)

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En tant qu’auteur et créateur de Fairy Tail, avez-vous à titre personnel, un personnage ou un arc préféré ?

C’est très variable selon les périodes, en fait. Il y a des moments où je vais être plus attiré par un personnage que je vais mettre en avant. En ce moment par exemple, je suis très fan de Lucy, j’ai envie de la mettre en avant, de la mettre en scène.

Pendant cette JE 2016, vous allez affronter Reno Lemaire, auteur de Dreamland, lors d’une « Drawing Battle ». Avez-vous eu déjà l’occasion de lire un manga français et si oui, quel regard portez-vous dessus ?

Comme l’œuvre de Reno n’est pas traduite en japonais, je ne la connais pas très bien. Par contre, j’ai lu Radiant de Tony Valente, qui lui est traduit en japonais, du coup. On voit qu’il a beaucoup étudié le manga et, à première vue, si on ne m’avait pas dit que c’était un auteur français, je ne m’en serais pas aperçu. Dans la forme, ça a tout du manga et des codes du shônen. Par contre, en termes de narration et de découpage, on sent que c’est quelqu’un qui a été influencé aussi par la bande dessinée occidentale. Du coup, c’est une approche encore différente du manga. Et je suis assez curieux de pouvoir lire le titre Outlaw Players, que j’ai pu voir en prépublication et j’aimerai vraiment que ce soit traduit en japonais.

Tout vos titres se passent dans des mondes fantastiques et fantaisistes, pour un éventuel titre futur, ne souhaiteriez-vous pas revenir à quelque chose de plus réaliste ?

Je ne peux pas réellement m’exprimer dessus mais j’ai vraiment envie de continuer à explorer ces mondes fantastiques. Cependant, j’aime bien m’imposer de nouveaux challenges, donc pourquoi pas…

Vous êtes déjà venu lors d’une précédente Japan Expo. Quelle relation entretenez-vous avec notre pays ?

Je suis très heureux de l’accueil réservé à Fairy Tail dans le monde en général et en France en particulier, c’est quelque chose qui me touche beaucoup.

Erza_and_Natsu_-_Samurai_versionConcernant le travail avec votre éditeur, avez-vous totalement carte blanche ou vous êtes-vous vu refuser certaines de vos idées ?

La première chose que je dois dire, c’est que c’est une relation de confiance mutuelle entre l’éditeur, le responsable éditorial et moi-même. Je considère mon éditeur comme mon premier lecteur. Même si son avis n’est pas un avis absolu, à partir du moment où il va me faire une remarque de lecteur, je vais devoir me poser la question en moi-même de savoir pourquoi il a ressenti telle ou telle chose de cette manière. Que je le change ou pas. Dans le cas d’une confrontation d’idées sur lesquelles nous ne sommes pas d’accord, on tente de trouver un compromis pour que se soit correctement lisible pour le lecteur. On trouve un équilibre entre ce que j’ai envie d’écrire et ce que les lecteurs ont envie de lire. Je pense être chanceux puisque dans la plupart des cas, ce que j’ai envie de dessiner correspond à ce que les lecteurs attendent, donc il y a peu de confrontations.

Quelles sont vos sources d’inspiration pour Fairy Tail ? Avez-vous le temps de lire un peu, par exemple ?

Je regarde beaucoup de films et d’animes et je lis autant que possible. En dehors de ça, je trouve l’inspiration autour de moi, parmi mes amis et les gens avec qui je travaille. Par exemple, quand je suis allé aux États-Unis, j’ai rencontré un journaliste qui avait une personnalité assez haute en couleurs donc je me suis dis, tiens, je vais en faire un personnage et l’inclure dans mon manga. Ce sera peut-être vous, la prochaine fois… (Rires)

Fairy Tail est un titre mettant en avant les atouts physiques de ses personnages féminins. Étant publié dans un magazine jeune public, vous fixez-vous certaines limites et avez-vous déjà rencontré des problèmes vis-à-vis de ça ?

Oui, il y a une certaine forme d’autocensure car il y a certaines choses que je n’ai pas envie de dessiner. Puis, il y a effectivement le fait d’être publié dans un magazine destiné à une certaine tranche d’âge, qui fait qu’on doit respecter les règles. Ça arrive même que ce soit les fans qui se plaignent du fait que le titre dépasse certaines limites.

Toujours par rapport aux personnages féminins du titre, ils ont tous un fort caractère, bien trempé, d’où cela vient-il ?

La réponse est simple ! Je n’ai que des femmes fortes autour de moi. (Rires)

Comme on le disait tout à l’heure, la série a 10 ans. Les lecteurs ont grandi avec elle. Pensez-vous lui donner un ton plus adulte, à l’avenir ?

Plutôt que de suivre l’âge de mon lectorat, lorsque je serai amené à faire une autre série, je voudrais repartir de zéro afin de m’adresser à une nouvelle génération de lecteurs, plus jeunes que ceux qui me lisent à l’heure actuelle.

FAIRY TAIL Manga - 294 - Large 02Aujourd’hui, Fairy Tail fait partie du cercle très restreint des gros hits shônen. Quels sont les ingrédients indispensables pour faire d’un titre shônen, un carton ?

Si seulement je le savais…! (Rires) Je pense que le fait d’exprimer assez fortement les relations entre les personnages est peut-être une des clés du succès.

Avez-vous la fin de votre histoire en tête depuis le début ?

Absolument pas. Lorsque j’ai commencé, je n’avais aucune idée de la manière dont ça se terminerait. Ma seule idée était d’étendre mon univers au fur et à mesure. Et aujourd’hui, il est tellement vaste, qu’on a tendance à s’y perdre un peu…

Fairy Tail a engendré déjà des films d’animation et des spin-off, est-ce que vous allez continuer dans cette voie afin d’élargir toujours plus votre univers ?

Oui, j’aimerais que ça perdure. À la différence de Marvel qui a l’habitude de faire passer les personnages d’un auteur à un autre, ce n’est pas trop dans la nature de ma maison d’édition, mais j’aimerai vraiment que ça se fasse un peu de cette manière-là. Il y a quelques ajustements à faire pour y arriver mais j’aimerai que ça puisse exister. Peut-être un crossover avec les Avengers… (Rires)

En parlant de comics, Hollywood surexploite le filon au cinéma mais commence à se tourner vers l’adaptation de mangas comme avec Ghost in the Shell et Death Note. Seriez-vous content de voir votre titre adapté sur grand écran ?

Oui, plutôt content si on me le proposait ! Mais il y aurait un grand débat sur l’interprète de Natsu… (Rires)

Pour finir, quels sont les derniers mangas, séries, livres ou films qui vous ont marqué ?

En série, je suis un gros fan de Game of Thrones et en jeu vidéo, dès que j’ai une minute, je joue à Overwatch mais je suis vraiment mauvais… (Rires)

Merci Hiro Mashima !

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