Interview – Jeremy Loops, au soleil de la pop

Interview – Jeremy Loops, au soleil de la pop

Auteur-compositeur-interprète plein de joie de vivre, le Sud-africain Jeremy Loops fait danser les fans de musique ensoleillée depuis près de cinq ans. Nous avons échangé quelques mots avec lui à l’occasion de son dernier concert à la Maroquinerie.

Daily Mars : Pensez-vous que vous composeriez de telles chansons si vous n’étiez pas originaire d’Afrique du Sud ?

Jeremy Loops : Je suis sûr que non. Le paysage musical sud-africain et le contexte sociopolitique dans lequel nous vivons participent grandement de mes compositions, en particulier avec mon dernier album. Si je vivais autre part, ma musique serait différente. Vivre en Afrique du Sud est difficile pour beaucoup de gens qui n’ont rien ou presque, et notre histoire complique également les choses. En tant qu’auteur-compositeur qui s’inspire des gens qui m’entourent pour écrire, ça a évidemment un impact. Je pense aussi que les sonorités africaines ont quelque chose de vraiment spécifique qui apparaît dans ma musique.

 

Votre premier album ayant eu beaucoup de succès, aviez-vous la pression à l’idée de sortir Critical As Water ?

J. L. : J’ai été paralysé par la pression. C’est pour ça que sortir ce deuxième album a pris tant de temps. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser que cet album devait être meilleur que le précédent, ce qui m’a longtemps empêché de libérer ma créativité pour créer quelque chose de beau. Dès que j’ai arrêté de me concentrer sur la pression et que j’ai commencé à apprécier le fait de faire de la musique, je débordais de chansons.

 

Lors de votre concert à la Maroquinerie, vous avez déclaré que Down South était la meilleure chanson que vous avez écrite. Pour quelles raisons ? Quelle est la recette pour un bon single ?

J. L. : C’est certainement la meilleure chanson que j’ai écrite pour mon premier album, mais je pense que la majeure partie des chansons figurant sur Critical As Water sont meilleures, ou au moins aussi bonnes. Ce qui faisait de Down South un bon single c’est qu’il parvenait à transmettre un message très fort sur un rythme entraînant. Ça traite du fait de pouvoir se détacher de tout ce qui peut te retenir, peu importe de quoi il s’agit, mais laisser derrière soi des gens ou des lieux auxquels tu tiens peut être très difficile. Et la chanson se conclut par la réalisation que tu n’es pas obligé de te détacher de tout pour avancer. Tu peux poursuivre tes rêves et si les choses que tu as laissées de côté t’importent vraiment, tu les retrouveras. Cet appel à la liberté est universel… et elle est super entraînante aussi ! Ça aide ! Je serai toujours fier de cette chanson. Elle a tout du single efficace, mais son message est 100% authentique. Ce n’est pas toujours facile de trouver cet équilibre en musique.

 

Quelle est la chanson figurant sur Critical As Water dont vous êtes le plus fier ?

J. L. : Je dirais Underwater Blues. Son écriture a été une expérience très puissante pour moi. Elle est inspirée d’un cauchemar qui s’est transformé en un rêve plutôt poétique. J’ai rêvé que je me noyais et qu’au moment où j’arrêtais de lutter, je voyais des baleines nager plus bas et je me rendais compte que je pouvais respirer sous l’eau. Quand je me suis réveillé, j’ai tout écrit. Selon moi, il s’agissait d’un message de mon subconscient me disant de ne pas laisser la pression me submerger. Sans cette chanson, il n’y aurait pas d’album.

 

Vous avez également mentionné avoir laissé plus de trente chansons de côté. Pensez-vous les enregistrer un jour ?

J. L. : J’écris tellement souvent que je dois bien avoir 200 chansons plus ou moins en cours, que ce soit quelques idées en vrac, une harmonie intéressante ou une chanson terminée mais qui ne sonne pas bien. Je ne me repenche volontairement jamais sur d’anciennes compositions, mais quand une idée refait surface régulièrement, je sais qu’il y a quelque chose à creuser. Du coup, je ne pense pas que j’enregistrerai les chansons que j’ai écrites pour Critical As Water. Reste que quelques chansons me trottent dans la tête et si ça continue, il faudra que j’y revienne.

 

Qu’espérez-vous accomplir grâce à votre musique ? Qu’aimeriez-vous que le public en tire ?

J. L. : J’aimerais juste que les gens trouvent du réconfort dans ma musique, et qu’elle leur rappelle qu’ils sont importants, qu’ils comptent. On a tous des peurs, des espoirs, des victoires et des défaites, et dans le monde ultra compétitif dans lequel nous vivons, il peut être difficile de se rappeler ce que nous valons. Dans plusieurs décennies – quand je ne ferai plus de musique que pour mes petits-enfants – j’espère que les gens considéreront mes albums comme des moments joyeux de leurs vies et un moyen de s’accepter.

 

Vous avez décidé de donner votre dernier concert à la Maroquinerie malgré des problèmes de santé. Pensez-vous le devoir à votre public ?

J. L. : Le mot “devoir” me semble un peu fort, mais pas nécessairement faux. On se sent toujours obligé de donner un concert de toute façon. J’aime à me rappeler que si pour moi un concert parmi cent n’a rien de spécial, pour le public c’est différent. Certaines personnes économisent longtemps pour pouvoir s’offrir une place. D’autres parcourent de longues distances pour être présents. Un concert est un moyen de trouver du réconfort et de s’évader pour beaucoup de personnes. Les priver de ça parce que je ne me sens pas bien ne me semble pas correct. Je m’en remettrai ! Et si je suis honnête avec le public, il me soutiendra. Et la joie que je ressens après avoir donné un concert dans ces conditions est le meilleur des remèdes. C’est moins cher que de voir un médecin européen en tout cas ! (rires)

 

Diriez-vous que vous avez besoin de faire de la musique ?

J. L. : En ce moment, oui. Aurais-je toujours besoin d’être musicien ? Non. Loin de là. Mais pour ma santé mentale et ma joie de vivre, je dois faire de la musique.

 

Avec quel artiste rêveriez-vous de collaborer ? Pourquoi ?

J. L. : Bob Dylan il y a trente ans ? Haha. Ce gars était un sacré conteur. Il savait jouer avec les mots comme personne. Il admettra lui-même qu’il n’est pas le meilleur chanteur, mais il y a quelque chose de saisissant dans ses chansons.

 

Quelles chansons aimeriez-vous reprendre sur scène ?

J. L. : J’aimerais bien reprendre des classiques de Toots et les Maytals un de ces quatre. J’adore le reggae.

 

Que vous réserve l’avenir ?

J. L. : On se concentre sur la tournée pour l’instant. Plus de singles suivront. Des clips vidéo aussi. Quand on retournera en studio, on pensera à la suite.

 

Propos recueillis, traduits et adaptés par Jessica Saval

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