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Interview : Ray Wise : « Si Twin Peaks ressuscitait, ça exploserait le monde entier ! »

Interview : Ray Wise : « Si Twin Peaks ressuscitait, ça exploserait le monde entier ! »

Ray_Wise_Stony_Brook_Film_Festival_2012_No_God_No_Master_PremiereChéri de ces geeks devant l’Eternel, Ray Wise s’est incrusté à tout jamais au Panthéon de nos mémoires en incarnant le terrifiant Leland Palmer dans Twin Peaks. Assurément le rôle de sa vie et l’un des personnages les plus jubilatoirement malsains jamais vus en télé. Les fanboys se remémorent aussi sa composition de petite frappe meurtrière dans Robocop et  d’une tripotée de rôles de plus ou moins grande envergure au petit écran, de 24h chrono (saison 5) à Reaper en passant par Dallas ou encore How I met your mother. Adorable et facétieux sexagénaire d’une effarante simplicité, Ray Wise était de passage au dernier MIP TV de Cannes pour la promotion du programme Farmed and Dangerous : une mini web série écolo-responsable, sponsorisée par la chaîne de restos Tex-Mex Chipotle pour le compte du portail Hulu. On a évidemment profité de l’occasion pour faire causer l’intarissable jeune homme sur sa jolie carrière et le rôle qui a fait sa gloire : Leland Palmer, bien sûr. De quoi vous faire patienter en attendant la sortie über méga attendue du coffret Twin Peaks : l’intégrale, le 29 juillet prochain.

C’est quoi Farmed and Dangerous ?
Ray Wise : C’est une web série satirique sur le secteur agro-alimentaire américain, sponsorisée par la chaine de restaurants mexicains Chipotle. Je l’ai trouvée vraiment drôle, maligne. Je joue le rôle de Buck Marshall, qui dirige le Bureau de l’image de la nourriture industrielle. Il gère les RP de toutes les grandes sociétés d’alimentation aux Etats-Unis et sa mission est de faire en sorte que le public n’aie pas à s’inquiéter sur ce qu’ils consomment dans ces restaurants. En face, Buck se heurte régulièrement aux fermiers tenants d’une agriculture durable et bio, qui luttent pour de la nourriture sans pesticide, ni hormones dans la viande. farmed and dangerous poster

Avez vous hésité avant d’accepter un projet de ce genre de programme sponsorisé ?
C’est juste un nouveau modèle de contenu lié à une marque. Ces épisodes ne sont pas des publicités déguisées : ce sont de vraies histoires, sponsorisées par une marque. Il n’y a pas de placement de produit , on ne voit pas de buritos Chipotle sur les tables de conférence et… bon ok j’ai dû mentionner une fois le nom Chipotle sur les quatre épisodes. Mais j’aime cette chaîne de restaurants, j’y ai déjà déjeuné et je me suis renseigné sur eux avant d’accepter. J’essaie de manger le plus sainement possible et toute la démarche de Chipotle consiste à aider les gens à être davantage conscients d’où vient ce qu’il y a dans leur assiette.

Vous êtes acteur depuis 44 ans, presque un demi-siècle. De quoi êtes vous le plus fier ?
Je n’ai jamais eu de plan. Mon but a toujours été de simplement travailler, gagner ma vie du mieux que je pouvais. j’ai fait de tout et dans le tas, j’ai pu participer à beaucoup de projets intéressants et jouer des personnages passionnants.

 

Comment vous est venue la vocation de ce métier ? Aviez vous un modèle particulier ?
Mon vrai héros était mon père. Il a servi pendant la seconde guerre mondiale comme parachutiste. Il n’a pas sauté le jour du D Day à cause d’une côte cassée mais il a fait partie du débarquement sur Omaha Beach et s’est battu pendant toute la campagne de France, jusqu’en Belgique.  Il a été blessé trois fois, ce qui lui a valu plusieurs médailles, il était un vrai héros de guerre. Et en même temps juste un type ordinaire, pas un militaire de carrière. Après sa démobilisation, il est devenu responsable du syndicat des ouvriers du caoutchouc au Etats-Unis. Je le suivais régulièrement dans les conventions, j’ai vu ce que c’était d’être debout seul devant un public  pour le gagner à votre cause et y prendre plaisir. C’est vraiment mon père qui m’a converti à ça et vers l’âge de 14 ans, j’ai su que je voulais être acteur. Ma mère était très cinéphile, j’ai commencé à jouer dans des pièces à l’école. J’aimais ça, rester sur scène à dire mes lignes ne me posait aucun problème. Mes idoles étaient alors Marlon Brando, Montgomery Clift, James Dean, puis dans les années 60 Paul Newman, que j’ai rencontré à plusieurs reprises. Un de ces jours je devrais vraiment écrire mes mémoires. Je suis connecté à tout le monde dans ce business d’une façon ou d’une autre…

Vous avez donc débuté au théâtre ?
Oui, d’abord à Akron, ma ville natale de l’Ohio. Puis j’ai été diplômé de théâtre à la Kent State University, avant d’aller courir les auditions à New York. CBS organisait un casting ouvert pour son soap opéra Love of Life et j’y ai tenu un rôle entre 1970 et 1976. Je tournais la série en journée et je montais sur les planches à Broadway le soir.

« On a bien tourné une nouvelle scène pour le blu-ray de Twin Peaks »

 

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Photo de tournage de Robocop, de Paul Verhoeven (1987) : 2e en partant de la gauche, Ray Wise incarne Leon Nash, le braqueur tueur de flic membre du gang Boddicker.

La première fois que je me souviens avoir vraiment mémorisé votre visage et votre nom, comme beaucoup d’ados des années 80, c’était dans Robocop. Quel souvenir gardez vous de votre rôle, petit mais marquant, du truand Leon Nash ?
Un tournage épuisant, physiquement très pénible, en plein été, on crevait de chaud. Surtout dans cette vieille usine désaffectée de Pennsylvanie où le climax a été tourné. Je me rappellerai toujours de la scène où je tombe nez à nez avec Paul McCrane et où je lui sors – « Ne me touche pas, mec ! ».  On a fait la prise en une seule fois heureusement… Ma réplique était une impro totale. Quand on a fêté les 25 ans de Robocop, à UCLA, tout le casting était là autour de Paul Verhoeven et ça m’attriste tellement qu’il ait tant de mal à tourner à Hollywood. Pas question que je voie le remake en tout cas.

Vous avez confirmé avoir tourné de nouvelles scènes avec David Lynch à l’occasion de la prochaine sortie en blu-ray de Twin Peaks. De quoi s’agit-il ?
J’ai en effet tourné quelque chose. Ca sera une grande suprise pour les fans. Grace Zabriskie (alias Sarah Palmer, mère de Laura et femme de Leland – NDDM), Sheryl Lee et moi avons tourné en fait une scène supplémentaire sous la direction de David… Une journée de tournage, voici environ trois mois, dans un restaurant, mais je ne peux en dire plus.  

Leland Palmer et sa fille sont censés être morts, non ? 
Oui mais vous savez bien que dans le monde de Lynch, ce n’est pas un problème.

Dans les deux saisons de Twin Peaks, Ray Wise est Leland Palmer, père psychotique de Laura...

Dans les deux saisons de Twin Peaks, Ray Wise est Leland Palmer, père psychotique de Laura…

Les fans hardcore rêvent toujours d’une 3e saison de Twin Peaks, d’autant que des rumeurs ont circulé.
Dés que la rumeur enfle un peu trop, David s’emploie toujours à la tuer, mais je pense que tout est possible. J’étais récemment à l’Orange County Museum of Art (l’OCMA), qui a exposé une rétrospective de l’oeuvre de David, il y a six mois. J’ai croisé David là-bas, qui m’a dit « la ville est toujours là, ses habitants aussi et si on revenait, tu serais mort bien sûr… mais on pourrait travailler autour de cette idée ! ». Il le disait en plaisantant mais son imagination est telle que pour moi il y a toujours une possibilité. Si Twin Peaks ressuscitait, ça exploserait le monde entier !

« Leland Palmer est le rôle le plus important de ma carrière »

Quel est votre souvenir de tournage le plus mémorable ?
Forcément, le 14e épisode, celui où Leland Palmer se regarde dans le miroir et où son visage se transforme en Bob… avant de battre Maddie Ferguson à mort. Ce fut une journée de travail de 14h assez éprouvante mais incroyable. David a réalisé l’épisode et la pauvre Sheryl Lee, qui jouait le double rôle de Maddie et Laura Palmer, a dû subir trois assassinats par trois meurtriers respectifs différents :  Ben Horne (joué par Richard Beymer), Bob (le double maléfique de Leland Palmer, joué par le défunt Frank Silva – NDDM) et moi. On l’a tuée exactement de la même façon pour que l’équipe soit incapable de savoir qui serait le tueur. Sheryl a du revivre cette scène trois fois et à la fin de la journée, elle était physiquement et émotionellement épuisée. Mais David sait toujours exactement quoi vous dire pour vous motiver et déclencher votre énergie. Leland Palmer est certainement le rôle le plus important de ma carrière. Vingt cinq après, on m’en parle toujours, les jeunes générations le découvrent et il renait environ tous les 10 ou 15 ans. J’ai revu toute la série récemment. Ca m’arrive régulièrement, juste pour voir ma jeunesse à l’époque (rires)…

Comment avez vous décroché ce rôle ? J’avais été convoqué pour une audition avec David Lynch à Los Angeles. Je me suis assis face à lui, il m’a demandé comment j’allais et on a commencé à parler de nos premières voitures. Il voulait juste discuter. Je lui ai dit que ma première voiture était une Alpha Romeo Spider de 1960, la rouge avec un toit noir. Il m’a parlé de sa Volkswagen, puis nous avons parlé d’un ami acteur qu’il avait engagé sur Dune dans le rôle du baron Harkonnen, Ken McMillan… Et c’est tout ! Trois jours plus tard, mon agent m’appelait pour me dire que David m’engageait dans le rôle de Leland Palmer. J’étais un tout petit peu déçu, je me voyais davantage jouer le rôle du shérif Truman (incarné par Michael Ontkean – NDDM). Je croyais au départ que Leland allait juste être un père pleurant sa fille… quand j’ai lu la suite des scripts, je me suis dit : « Mon Dieu, c’est merveilleux ! ».

Vous vous êtes inspiré de qui pour ce fameux rictus associé à votre personnage ?
Ho j’ai juste fait un sourire à la Jack Nicholson dans Batman. (Il reproduit son rictus…. on flippe – NDDM).

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Ray Wise, alias le diable en personne dans la série Reaper (2007-2009)

Votre CV comporte un nombre ahurissant de séries télé…  Dans l’absolu, pour lesquelles souhaiteriez-vous travailler ?
J’adore les séries de Showtime et HBO. Moi qui ai toujours été porté sur les rôles du répertoire classique, j’adore Game of Thrones et sa direction d’acteurs. J’ai aussi adoré tourner un épisode pour la dernière saison de Mad Men. En fait je ne sais pas trop quoi vous répondre, je veux juste travailler. J’adorerais jouer le diable à nouveau, je l’ai fait dans Reaper (Le Diable et moi en VF – NDDM) et c’était vraiment fun mais je sens que  je n’ai pas fait le tour de la question…. Je pense que je jouerai à nouveau le rôle du diable, dans un médium ou un autre. Un film, une mini série ou une série télé je ne sais pas, mais je vais jouer ce personnage encore ! J’ai d’ailleurs une idée en tête à ce sujet. J’ai créé ma propre société de production, Akron Entertainment, pour produire des petits films personnels, dans tous les genres. Je suis en train de faire la tournée des scripts et j’engage des scénaristes pour m’écrire un vrai beau personnage dans lequel je pourrais planter mes crocs. Les plateformes web, type Netflix ou Amazon, ont ouvert tout une nouvelle série d’opportunités, nous verrons bien.

Lorsque vous jouez dans Les Feux de l’amour, là c’est quand même clairement pour payer les factures, non ?
Non, je ne suis absolument pas obligé de le faire, je ne le fais que parce que c’est agréable. On tourne dans les studios de CBS à Los Angeles, la journée de boulot dure 5 heures et on rentre. Je joue une espèce d’ancien leader des sixties à la Jim Jones, un parfait escroc fauteur de trouble mais capable de séduire n’importe qui.

IMG_2182Vous n’avez jamais autant travaillé que maintenant, comment l’expliquez vous ?
Des gens qui m’ont aimé dans les années 80 sont aux commandes maintenant et veulent me rencontrer et travailler avec moi. Ce sont des fanboys, comme vous. J’adorerais bosser avec David O’Russel, Alfonso Cuaron…. J’aimerais tellement tourner dans un space opéra épique ou jouer un rôle à la Game of Thrones. Je viens du classique comme je vous l’ai dit, j’ai joué Shakespeare à Broadway et je suis complètement taillé pour ces séries en costume.  (HBO, tu sais ce qu’il te reste à faire ! – NDDM)  

Propos recueillis en avril dernier à Cannes lors du dernier Marché International des Programmes de Télévision (MIP TV).

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