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[INTERVIEW] Régis Antoine Jaulin : « Nous avons écrit côte à côte, en nous faisant échos »

[INTERVIEW] Régis Antoine Jaulin : « Nous avons écrit côte à côte, en nous faisant échos »

Les éditions Mnémos se lancent dans le crowdfunding avec un ouvrage, Jadis, écrit à quatre mains et avec un dessinateur. Un livre qui est déjà un succès, financé à plus de 345% alors que la campagne s’achève le 12 juillet. Parmi les auteurs ayant participé à ce livre, il y a Régis Antoine Jaulin, auteur (Le Dit de Sargas), mais aussi scénariste cinéma et série TV.

Régis Antoine Jaulin. Crédit : Pauline Pallier.

Régis Antoine Jaulin. Crédit : Pauline Pallier.

Daily Mars : Alors, tout d’abord, pourriez-vous nous expliquer ce qu’est Jadis ?

Régis Antoine Jaulin : Jadis est une ville infinie, type renaissance, qui s’étend à une dimension insoupçonnable. Elle occupe la totalité de l’espace sans une zone de campagne. On peut voyager des jours et des jours dans la ville. Il existe des ruines, oui, des restes de l’empire d’avant. Mais le monde entier est une ville. La spécificité de cet univers est que nous sommes dans un monde plat, où le soleil est fixe et toujours au zénith. Il s’éteint petit à petit quand vient la nuit. Selon les saisons, il change aussi de couleur : blanc, vert, mordoré…
De plus, il existe toute une mythologie dans cet univers : le soleil fixe est en fait le rouet de Dame Fortune. Il s’éteint quand elle arrête de tisser. En effet, ce rouet permet à Dame Fortune de tisser la vie des habitants de Jadis. Elle prend un fil de vie, le teint dans un des sept fleuves du monde et tisse la toile des habitants et la tapisserie du monde. Mais nous sommes dans une mythologie concrète, dans un univers où nous incarnons des personnages de cape et d’épée, des ménestrels, des capitans… Et les personnages se réincarnent. Ils peuvent faire appel à des devins pour se souvenirs de leurs vies précédentes.
Nous sommes dans un monde de littérature picaresque, du Cyrano de Bergerac mélangé à de la magie.

D.M. : Comment est venue l’idée de cet ouvrage ?

R.A.J. : Jadis est une création de Frédéric Weil. S’il est désormais à la tête des éditions Mnémos, il a d’abord travaillé dans une maison d’édition de jeux de rôles, Multisim, et a notamment lancé le jeu Nephilim. Dans les années 94/95, il a eu l’idée de Jadis et a créé une petite bible de cet univers. Il y a, par exemple, des règles qui régissent Jadis, des castes, une certaine faune, des licornes, des griffons, des phœnix qui créent des incendies dans la ville quand ils s’enflamment… Puis, il y a un an ou deux, il a commencé à en parler à l’illustrateur Nicolas Fructus et à l’auteur Raphaël Granier de Cassagnac (Eternity Incorporated). Ils ont décidé de faire vivre Jadis. Et c’est devenu un jeu littéraire.

unnamedD.M. : Comment s’est organisé ce jeu ?

R.A.J. : Chacun des auteurs, Raphaël Granier de Cassagnac, Charlotte Bousquet, Mathieu Gaborit et moi-même incarnons un personnage. Nous avions bien entendu chacun la bible écrite par Frédéric Weil, avec toutes les règles qui régissent Jadis.
Nicolas Fructus nous a envoyé au début un dessin avec 32 personnages convoqués dans un palais. Chacun d’entre nous a choisi un de ces personnages. Il a fallu alors raconté comment nous étions arrivés dans cette salle, libre à nous de l’inventer. J’ai choisi le personnage d’un picarès, un homme en guerre contre Dame Fortune, un anarchiste local.
Raphaël est le maestro. En fait, chacun d’entre nous a écrit un chapitre après l’autre, de notre côté. Nous ne connaissions pas ce qu’écrivaient les autres. J’envoyais mon chapitre à Raphaël, il me répondait soit par un texte, soit Nicolas renvoyait un dessin. Une image, un texte, un dessin, une réponse… Ils intégraient l’histoire, chapitre par chapitre. La trame globale était totalement improvisée.
C’est très drôle d’ailleurs, parce que tout est là, dès le premier chapitre. J’avais écrit des détails, et avec l’improvisation, ces détails prennent une grande importance dans le dernier chapitre. C’était un numéro d’équilibriste, mais Raphaël réussit à la fin à fermer toutes les pistes d’histoire. C’est sidérant de voir comment nous sommes retombés sur nos pieds. Je n’aurai jamais imaginé la fin de mon personnage ainsi. D’ailleurs, on essayait toujours de se piéger avec Raphaël.
Frédéric Weil est donc devenu un dieu lointain et dès qu’il y avait des questions, type : « A quoi ressemble l’argent ?», c’est lui qui répondait.
Nous avons en fait écrit côte à côte, en nous faisant écho.

Nicolas Fructus tavaillant sur la carte de Jadis. (crédit : Nicolas Fructus)

Nicolas Fructus tavaillant sur la carte de Jadis. (crédit : Nicolas Fructus)

D.M. : Vous avez décidé de financer cet ouvrage via un crowdfunding, sur Ulule. Pourquoi ?

R.A.J.: Ce n’était pas du tout l’idée de départ, c’est venu en cours de route. C’est avant tout une problématique d’édition. Le livre devait sortir chez Mnemos, dans la collection Ourobores. Mais, au fur et à mesure de l’écriture, nous avions face à nous des illustrations, des dessins de Nicolas Fructus de plus en plus incroyables. Nous avons eu envie de faire de Jadis un « beau livre ». Le souci, c’est que faire un ouvrage avec un papier épais, une reliure toilée, un coffret, sans crowdfunding, le prix de vente devient prohibitif. Le risque financier est trop important, et le prix d’achat est alors de 50 ou 60 euros. C’était impossible. Avec le crowdfunding, nous rencontrons notre public, le financement permet de proposer une édition bien plus belle et de rencontrer encore plus de public !
De plus, Mnemos est associé aux maisons d’édition ActuSF et Moutons électriques. Cette dernière a réalisé un crowdfunding pour lancer son Panorama illustré de la fantasy et du merveilleux qui a été un vrai succès, idem pour ActuSF et leur monographie sur Philip K. Dick.

D.M. : Mais n’est-ce pas le rôle d’une maison d’édition de lancer des livres ?

unnamed3R.A.J. : Le crowdfunding pour un roman classique me mettrait hors de moi. Ce n’est effectivement pas le rôle de l’auteur de faire des crowdfunding et de se passer de la maison d’édition. L’éditeur doit prendre le risque du lancement d’un ouvrage.
Mais là, nous sommes dans un cas particulier. C’est un livre univers, et ça a du sens alors. Sinon, le livre aurait eu une édition type grosse Bande Dessinée, sans aucun charme.

D.M. : Le crowdfunding est un vrai succès, Jadis est financé à plus de 345% et aura le droit à sa reliure en toile et même un coffret. Vous vous attendiez à une telle réussite ?

R.A.J. : Oui et non. Parmi les quatre auteurs, il est vrai que Charlotte Bousquet et Mathieu Gaborit sont relativement connus et suivis. Ils ont des lecteurs attachés à leur univers. Idem pour Frédéric Weil, Nephilim a quand même marqué tout une génération de rôlistes. Mais nous ne nous attendions pas à une réponse de cette ampleur. Le Panorama de la fantasy et du merveilleux ou Philip K. Dick, Simulacres et illusions étaient des ouvrages de référence mais là, nous étions dans un ouvrage de fiction, avec un pitch assez compliqué. C’était un risque. Mais maintenant, c’est un vrai bonheur.

D.M. : Jadis va paraître en novembre 2015. Y a-t-il déjà d’autres projets pour la ville infinie ?

R.A.J. : Qui sait ? Il y a déjà un travail de base d’un univers imaginaire. Frédéric Weil a bâti un univers incroyable, et il en a d’ailleurs encore plein en stocks. Cet univers avec ses règles de la magie, son économie peut très bien se décliner en jeu de rôle, jeu vidéo… Nous n’avons exploré qu’un tout petit bout de Jadis, c’est un monde d’une grande richesse, encore plus vaste !
couv

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