#Interview Twin Peaks par Frank Suzanne

#Interview Twin Peaks par Frank Suzanne

Frank Suzanne, éditorialiste web/Community Manager chez TCM Cinéma et ex-membre de la rédaction de DVDClassik nous raconte sa découverte de Twin Peaks, à une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Magnéto Diane…

(Toutes les illustrations sont issues de la relecture photographique de Twin Peaks par Sébastien Gerber)

Twin Peaks

©Sebastien Gerber

« La découverte de Twin Peaks fut pour moi aussi brumeuse et chaotique que la série. Et je vous parle là d’un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître, car il faut d’abord rappeler comment la série fut diffusée en France aux origines. Déjà, le lieu : La Cinq. Pas vraiment le paradis du cinéma d’auteur, encore moins celui du respect des séries, qui de toute façon n’était pas encore considérées comme un objet sérieux ; un grand n’importe quoi où Tonnerre mécanique côtoyait Hill Street Blues. Ensuite, le rythme de diffusion : deux épisodes le lundi soir au début, puis le vendredi soir, un peu quand ça rentre dans la grille.

Les plus jeunes ne vont pas me croire, mais c’était un temps où Internet n’était encore qu’une poignée de serveurs de labos reliés et où le terme « replay » n’existait pas. Autrement dit, si vous n’étiez pas devant votre télé à l’heure dite et si le magnétoscope familial – Kevin, je t’expliquerai plus tard – était réservé, vous manquiez la série. Problème pour le jeune cinéphile fan de Blue Velvet que j’étais : mes lundis soir étaient bloqués par les répétitions du club théâtre, et personne au lycée n’enregistrait la série. Ils la regardaient, oui, en parlaient volontiers, mais PER-SONNE n’enregistrait. Ou alors oubliait quand on leur confiait une VHS. Bref, il y a prescription.

C’est donc par hasard que j’ai vu les premières images de Twin Peaks en rentrant un vendredi soir. À l’époque, le zapping sur les six chaînes – Kevin, arrête de rire – était rapide. Et là, quelque chose qui ne ressemble à rien d’autre vu à la télévision. Des tons chauds, orangés, une ambiance pesante, étouffante, un rythme anormal. Sans même jeter un œil au programme, je sais ce que je suis en train de regarder. Je ne connais aucun personnage, je ne comprends rien, mais ça n’a aucune importance. Une porte vient de s’ouvrir.

La découverte de la série dans son intégralité sera longue. D’abord, le pilote complété d’une vraie fausse fin, trompeuse mais fascinante. Puis l’intégrale en VHS… dans une qualité qui n’avait rien à envoyer à la déplorable diffusion sur La Cinq. Et je ne parle même pas de la VF chaotique, avec ses changements de voix et ses traductions erronées. En fait, il sera difficile d’appréhender la vraie force de la sortie avant sa sortie en DVD, et plus encore en Blu-ray. Mais qu’importe : le souvenir originel de Twin Peaks, c’est celui de cette rencontre hasardeuse au cœur de la nuit, comme si Bob s’était introduit dans ma chambre. Un ami m’avait reproché un jour d’écouter la BO de Lost Highway en pleine journée, il n’avait pas tort. Comme toutes les créations de David Lynch, Twin Peaks est une créature de la nuit. »

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