Into the Breach: une prière vers les mechs

Into the Breach: une prière vers les mechs

Note de l'auteur

2018 sera pour beaucoup l’année des seconds jeux pour le milieu indépendant. Après Celeste, nouveau jeu du créateur de Towerfall, c’est au tour de Subset Games de livrer leur deuxième fournée, quatre ans après Faster Than Light (FTL pour les vrais). Into the Breach, c’est son nom, et malgré ses atours de petit jeu sympathique comme un téléfilm du dimanche après-midi, se révèle tellement brillant qu’on le glisse volontiers dans la case prime time.

Opel Vek -tra

C’est la catastrophe. Les Veks, des insectoïdes géants monstrueux, ont envahi la Terre. Pour y remédier, une organisation employant des Mechs, gros robots tout droit sortis de Pacific Rim, les envoie dans le passé pour éradiquer la menace alien et préserver toute l’humanité. Cette astuce scénaristique est au centre de toute la structure du jeu et ainsi justifie la dimension rogue-like, mais je garde ça pour plus tard. Pour l’heure, voyons ce que le jeu propose : un damier de 8 par 8, soit 64 cases comme sur un jeu d’échecs. Le parallèle est loin d’être anodin. Chaque unité, amie, ennemie, bâtiment ou encore piège, occupe une case, pas une de plus. Votre squad compte trois méchas, chacun ayant ses propres caractéristiques d’attaque, de déplacement et de points de vie. Votre équipe de choc devra donc enchaîner les combats sur quatre îles aux propriétés différentes, pacifier la zone et défendre la race humaine contre cet envahisseur adepte de mandibules. C’est là que se présente la singularité d’Into the Breach : le but du jeu n’est pas d’éradiquer la menace alien, mais bien de protéger la population durant cinq tours, pas un de plus.

C’est là que votre âme guerrière en prend un coup, prétextant qu’un bon alien est un alien mort, selon l’adage. Mais Into the Breach n’en démord pas et s’articule autour de plusieurs phases de jeu. On place d’abord ces trois unités, généralement de façon à bloquer les éventuels déplacements des adversaires terrestres. Les aliens se déplacent à leur tour et dévoilent alors leur plan d’attaque. Le jeu vous montre alors quels bâtiments ou unité vont être attaqués, sur quelle zone et combien de dégâts cela occasionnera. Pas de justificatif aléatoire ou de coups critiques, les informations que vous avez sont des faits, pas des probabilités. C’est au tour du joueur de réagir en conséquence, en déplaçant ses unités et en attaquant l’adversaire. Sauf que Into the Breach n’est pas un jeu de stratégie ordinaire, et la majorité des attaques permet de déplacer les unités, alliées ou ennemies, d’une case à une autre. Un bourre-pif métallique dans la face d’une abeille géante l’enverra valdinguer une case plus loin, rabotant sa barre de vie de deux points au passage. Un coup de mortier au milieu d’une case déplacera toutes les unités autour de la zone frappée. Un principe bête comme chou, mais qui implique bon nombre de subtilités et de petits plaisirs assez jouissifs.

C’est cette mobilité offerte par Subset Games qui permettra au jeu de s’établir comme l’un des jeux tactiques les plus riches du marché, puisqu’elle est couplée à une logique de tour par tour et de cohérence infaillible. Un scarabée géant dans l’eau est un scarabée mort, il ne faudra pas hésiter à pousser le bougre dans l’océan juste à côté. Une sauterelle mutante s’apprête à ravager un immeuble rempli d’innocents ?  Déclenchez un bon coup de lance-flammes sur la forêt en dessous de lui pour l’envoyer ad patres lorsque le feu l’achèvera au prochain tour. Mieux encore, déplacez subtilement un ennemi un peu trop zélé sur la ligne de tir d’un de ses camarades pour le voir disparaître sous les tirs de son pote et par la même occasion, bloquer l’attaque qui allait anéantir votre tour de la Corporation. Les unités peuvent tirer en cloche, au corps à corps ou à distance, le placement parfait est presque toujours indispensable et sera décisif pour la victoire. Dès que vous enclenchez la fin de votre tour, les Veks restants lanceront leur attaque prévue, de préférence dans le vide ou sur leurs potes, après vos petits remaniements de position. Et rien ne vous empêche de bloquer les attaques avec vos propres unités, au prix d’un ou deux points de vie, que vous récupérez de toute façon entre chaque combat.

Des mechs bien huilés

C’est lorsque les ennemis sont nombreux que la situation devient complexe. Les Veks apparaissant sur des points de respawn aléatoire, il convient de s’en débarrasser rapidement pour ne pas être submergé, quitte à boucher le respawn pour empêcher un ennemi d’apparaître. Il faut constamment prévoir le déplacement des unités que vous attaquez, pour les empêcher de détruire les bâtiments, ce qui ferait baisser la Grid Defense et signerait la fin de la partie. Pour pallier à ce jeu d’échecs constant, Into the Breach offre une lisibilité exemplaire. Le titre indique constamment là où les Veks vont attaquer et les points de vie restants. Votre mécha verra même une simulation de l’attaque prévue avant de l’enclencher, évitant les bourdes énormes comme une crevette de l’espace venant percuter un immeuble après une charge de votre unité de corps à corps. Chaque déplacement peut être annulé tant qu’une attaque n’est pas effectuée, et le jeu autorise même l’annulation d’un tour une fois par combat, si jamais votre plan minutieusement préparé se transforme en charnier cauchemardesque.

Car oui, le jeu est loin d’être facile, même en Normal, et les premiers runs seront probablement jalonnés d’échecs avant de maîtriser la stratégie du jeu. Si jamais les points de Grid tombent à zéro, l’humanité perd et vos Mechs encore en état de se battre retournent dans le passé avec la possibilité de sauver un des trois pilotes, pour peu que le mécha ne se fasse pas détruire durant le run. Un mécha détruit en combat revient au suivant, mais piloté par une IA, l’empêchant de gagner de l’XP et de la puissance. En revanche, chaque Mech peut installer des Reactor, des modules d’énergie pour activer des améliorations sur vos armes équipées. L’installation de ce Reactor est définitive sur le Mech choisi, mais peut être activée ou désactivée sur le slot de votre choix, entre chaque combat, histoire de vous adapter quand vous voulez. Cela peut servir à augmenter l’attaque de votre arme, vos déplacements ou encore activer des propriétés particulières inhérentes au pilote de l’unité, comme par exemple la possibilité de commencer le combat n’importe où sur la map, occasionnant des dégâts sur les ennemis adjacents.

Chaque île pacifiée sera aussi l’occasion d’aller en magasin pour dépenser votre Reputation, des étoiles gagnées en remplissant les objectifs spéciaux dans les combats, comme protéger un train ou un bâtiment particulier, bloquer les points de spawn des ennemis un certain nombre de fois, ou perdre le moins de vies possible. Cette Reputation servira à acheter des armes ou outils bien plus balèzes, des Reactor et même restaurer votre Grid Defense si celle-ci a été sévèrement touchée. Les armes débloquées sont multiples, et passent d’un lance-flammes à un arc électrique surpuissant, un téléporteur interchangeant votre place avec celle d’un ennemi ou même bombardement de fumigène utilisable une fois par combat, mais annulant les attaques des unités de la zone touchée.

Suicide Squad

C’est l’autre point fort d’Into the Breach. Un run en Facile prend deux heures, peut-être quatre en Normal. Mais le jeu donne l’occasion de débloquer de nouveau Squads, blindés de Mechs totalement inédits et une autre manière de jouer. On teste, on appréhende, et après avoir ragé sur l’incapacité de vos nouvelles unités à réagir promptement, on change sa tactique, on fait jouer sa créativité et ça marche. Into the Breach se transforme alors en un titre d’une générosité hallucinante, laissant au joueur le soin de faire évoluer sa tactique sur un échiquier aux contraintes bienvenues. Le squad de base aux dégâts bruts laisse la place aux Flames Behemots et leur propension à tout faire cramer dans d’immenses feux de joie pour laisser crépiter les Veks à petit feu et combattre sur le long terme, tandis que les Blitzkriegs jouent sur la défense totale et la désorganisation de l’ennemi à l’aide de rochers et de grappin pour attirer l’ennemi vers soi. Et quand on découvre la possibilité de mixer n’importe quelle unité pour faire son Squad perso, on jubile à l’idée d’envoyer sa petite team all-stars sur le terrain pour botter les fesses de ces tas d’insectes géants.

Into the Breach est une petite merveille de gameplay, un jeu d’aspect certes vieillot, mais résolument charmant, pour qui aime le pixel dans toute sa splendeur. Si vous regrettez l’abandon de la licence Advance Wars ou autre petite pépite tactique aux proportions intimistes, Into the Breach est là pour vous tenir en haleine. Cette lutte entre Mechs et Veks est d’une mécanique parfaitement huilée, qui a le mérite de laisser l’aléatoire de FTL aux oubliettes (et qui pouvait frustrer) pour se concentrer sur le skill du joueur à anticiper les attaques ennemies. Une vraie partie d’échecs, avec une approche non pas d’élimination, mais de mobilité. Il faut bouger pour gagner, et renverser la vapeur en utilisant le terrain contre l’adversaire. Précis, clair et impeccable, d’un raffinement inégalable, Into the Breach ravira les tacticiens en herbe qui y trouveront l’un des must-have de ce début d’année.

Into the Breach

Développeur : Subset Games
Plates-formes : PC/MAC OS/LINUX
Prix : 15 euros

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