Iron Man 2 : en fer… et damnation !

Iron Man 2 : en fer… et damnation !

Les aminches, y en marre. Ha ça oui, marre alors ! Plissken est colère. Le gaulomètre le plus fort de 2010 (cf Scuds#12) s’est transformé en quart de molle à l’issue de 128 minutes d’une projection laborieuse et particulièrement frustrante. Nom d’une pute ouzbèque, ILS n’avaient pas le droit de le rater, celui là ! Et pourtant… Sans être, loin de là, une catastrophe, Iron Man 2 se révèle un gloubi-boulga plutôt indigeste, une grosse cylindrée incapable de passer la seconde après une ouverture prometteuse et malgré une tétra-chiée d’ambitions sur le papier. Putain, Jon, mais que s’est-il passé ?

Back to 2008. A la surprise générale, le premier Iron Man s’était imposé, voici deux ans, comme l’un des meilleurs films « de super héros ». Tout simplement. Antithèse du Dark Knight de Nolan sorti l’été suivant, Iron Man trouvait un ton miraculeusement juste entre cool attitude pop, déluge technologique et interprétation à hauteur d’homme de l’irrésistible et attachant Robert Downey Jr. Sans compter, à titre anecdotique, un immense cadeau à tous les métal maniacs en ouvrant le film sur l’éternel Back in black de AC/DC et en tirant le rideau sur le… Iron Man de Black Sabbath. Bref, une vraie réussite pour ce long métrage inaugural du tout nouveau studio Marvel, récompensée par un box-office stratosphérique. On piaffait d’impatience à la vision de cette suite, rêvant d’un successeur aussi brillant que le fut Spider Man 2 dans la foulée de Spider Man. Raté.

Deux mots viennent à l’esprit sur ce film lorsque les lumières de la salle se rallument : brouillon et ennui. Iron Man 2 dure autant que son prédécesseur mais semble pourtant faire une bonne demi heure de trop, tellement les tunnels de laborieux dialogues s’enchaînent entre les deux (… deux !!!) scènes d’action majeures du métrage. Plus complexe que dans Iron Man, l’intrigue du lourdingue Justin Theroux se perd dans des digressions peu palpitantes, glissant ici et là un maximum de comédie au détriment de l’action, en oubliant que le compteur tourne et le bâillement menace. Robert Downey Jr, comme toujours tout en panache, occupe tout l’espace , réduisant les autres stars à l’état de quasi figuration. Mickey Rourke ? Après une première confrontation avec Iron Man à Monte Carlo, son personnage de Whiplash passe presque tout le film enfermé dans un labo à fabriquer des armures-drones pour le grand méchant milliardaire Justin Hammer (Sam Rockwell, au cabotinage pas toujours heureux). Scarlett Johansson ? Incolore et inodore malgré ses acrobaties finales, terriblement mal filmées par un Favreau en très petite forme.

La mise en scène de l’action, déjà point faible du premier Iron Man, se montre ici encore plus foutoirisante. Pour sûr, du spectacle il y en a lorsque Whiplash et notre héros se castagnent sur un circuit de F1, ou bien lors du final où Iron Man et son pote Rodhey sont pris en en chasse par une armée de drones destructeurs. Mais on ne sent étrangement aucune dynamique dans ces scènes, aucun impact. On voit mais l’on ne ressent jamais cette sensation d’excitation intense typique d’un blockbuster dépotant digne de ce nom. La faute peut-être à des cadrages et un découpage peu inspirés mais aussi aux enjeux finalement pauvres d’un scénario perdu dans ses objectifs. Car que nous raconte exactement ce film ? Qu’en reste-t-il une fois dissipé le brouhaha de l’affrontement final ? C’est bien le problème : le synopsis multiplie les pistes, mais sans réellement parvenir à les mixer en un tout harmonieux, comme une mayonnaise qui décidément se refuse à prendre.

Après avoir révélé au monde entier sa double identité,Stark doit faire face à une triple menace: une commission sénatoriale exige qu’il restitue son armure au gouvernement pour des questions de sécurité nationale ; Ivan Vanko, alias Whiplash et ses fouets électro-magnétiques, veut venger son père, ex-collaborateur malheureux du père de Tony ; Justin Hammer, fabricant d’armes jaloux de la réussite de Stark, convoite de juteux contrats avec la Défense US en faisant fabriquer à Whiplash une armée d’armures-drônes. A ces trois dangers extérieurs, le scénario en ajoute un quatrième : Tony Stark lui-même, rongé de l’intérieur par : le combustible nocif de son bidule thoracique, l’ombre pesante de son père disparu… et une certaine propension à l’autodestruction via l’alcool.

En plus de ces quatre thèmes, l’intrigue doit faire rentrer au chausse-pied l’inévitable trame du « projet Vengeurs », la fameuse équipe de super héros dont Iron Man sera membre fondateur dans le film de Joss Whedon attendu pour 2012. Souci : plombé par une absence totale de rythme, IM2 passe d’un sujet à l’autre comme un guichetier crierait « suivant ! », tout en étirant inutilement ses innombrables bavardages par des saillies humoristiques assommantes. Certes, par rapport au premier volet, on gagne ici en complexité mais à quoi bon si c’est pour mal gérer le crescendo dramatique ?

On sent réellement Jon Favreau dépassé par la surabondance de trames et par son cahier des charges imposant l’introduction du « projet Vengeurs » dans le script. Lorsque le générique de fin se pointe, on a certes apprécié ici et là certaines répliques revolver de Stark, le roulage de « R » comique de Rourke, les clins d’oeils aux fans et les SFX toujours impeccables. Mais en sortant de la salle, une vague sensation de déprime s’abat sur vous : l’impression d’un relatif gâchis, rendez vous raté d’un réalisateur parti sur les chapeaux de roue pour finir sur des béquilles. Je prie les dieux geeks que le troisième volet, inévitable, dérouille un peu plus que cet Iron Man 2 bizarrement boîteux… même si, peut-être, le temps jouera
en sa faveur une fois accepté le principe d’un volet transitoire.

Trois arnaques à signaler qui n’arrangent pas mon jugement sur le film

  • La scène du trailer où Pepper Potts embrassait le casque de Stark avant que celui ci ne se jette dans le vide depuis un avion cargo ? Trappée !
  • La B.O « entièrement signée AC/DC » vendue à grand renfort de marketing depuis des mois ? Deux pauvres morceaux qui se battent en duel (certes deux chef-d’oeuvre mais bon…) !
  • Une séquence post-générique « geekasm » comme à la fin du premier Iron Man ? Y en a pas ! (du moins pas à la projection de presse, donc sait-on jamais…). Voilà, tiens je vais me remater le Blu-ray de la Horde sauvage. Toi au moins Sam, tu ne m’as jamais déçu !

EDIT : Vous êtes nombreux à me dire ce soir que la dite séquence post-générique existe bien dans les projections salles. Niqués, les journaleux ! Et sinon, vaut-elle le coup ?

Iron Man 2, de Jon Favreau (Paramount). Durée : 128 minutes. En salles depuis le 28 avril 2010.

End of transmission
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