Jack Kirby : eulogie au grand homme

Jack Kirby : eulogie au grand homme

Note de l'auteur

Capture d’écran 2015-02-06 à 20.19.01L’histoire : Comment Jacob Kurtzberg est devenu Jack Kirby ? Ce n’est pas tant l’homme qui nous intéresse dans Jack Kirby, king of comics, mais l’artiste. Jack Kirby, c’est non seulement le dessinateur de Captain America ou des quatre fantastiques, mais aussi de moult récits, perdus pour les nouveaux lecteurs de comics, pièces sacrées pour les fans et ceux qui s’intéresse aux productions d’après-guerre. Jérôme Tournadre nous a ainsi parlé de O.M.A.C et du Quatrième Monde.

Jack Kirby, pour l’expliquer, c’est tout simplement le seul homme a jamais avoir eu le droit, chaque année, à sa standing ovation à la Comic Con de Los Angeles. Et quand il est mort, sa femme fut applaudie à sa place. C’est celui qui inventa, en partie, le mouvement dans les comics. Père fondateur d’un type de récit, fantastique, qui fait écho aux inquiétudes de son temps, avec des super-héros et des dieux sur Terre. Et la guerre, notamment, qui a traumatisé l’artiste.

Mon avis : Cet ouvrage est de toute beauté. La lectrice que je suis est bien malheureuse de n’avoir pu le lire qu’en version électronique. En effet, le vrai plus de cet ouvrage est la reproduction des planches originales de Jack Kirby, avant encrage, après, colorisées… Et ainsi de donner à voir certaines oeuvres qui ne sont plus reproduites, ou auxquelles le néophyte n’a pas accès. Il présente le travail impressionnant d’un homme qui ne décrochait jamais de sa planche à dessin. Quelqu’un parti de rien – son père était un tailleur immigré – et qui s’est accroché pour pouvoir dessiner les mondes auxquels il rêvait. Mauvais négociateur, Jack Kirby ne deviendra jamais riche et luttera pour une reconnaissance qui ne viendra que tardivement. Portrait rapide de l’homme, surtout accentué sur les planches qu’il a réalisé, ce livre est avant tout une eulogie.

"Jack Kirby, King of comics". Mark Evanier/ Urban Comics.

« Jack Kirby, King of comics ». Mark Evanier/ Urban Comics.

Eulogie, car elle a été écrite par Mark Evanier. S’il a eu accès à l’intimité du dessinateur – il a été son assistant –, il manque peut-être de distance. Il y a peu d’explication sur les relations tumultueuses qu’il entretint avec Stan Lee, pas d’intime dans cette biographie où l’on sait à peine s’il a eu des enfants, des amis, une vie hors de sa planche à dessin. Eulogie aussi car Mark Evanier ne remet jamais en cause certains choix de son sujet, ne parle pas des errances de Kirby ou des erreurs qu’il aurait pu connaître. Le dessinateur, d’une grand probité, n’en avait peut être pas fait beaucoup. Mais cela donne au livre un ton trop révérencieux.

Véritable ode au self-made man, idéaliste et travailleur, Jack Kirby, King of comics se lit avec une très grande facilité, et un grand plaisir. Le conflit avec Stan Lee sur la paternité des super-héros est esquissé, mais peut-être faut-il plus se pencher sur Stan Lee, Homère du XXème siècle de Jean-Marc Lainé pour en savoir plus. Ouvrage plaisir ou beau cadeau, c’est avant tout l’hommage d’un homme à un géant. Le travail des encreurs n’est pas oublié, ce qui montre le vrai travail d’équipe nécessaire à la publication d’un comic. Est ainsi mis en avant Mike Royer, et la qualité de sa participation à l’oeuvre de Kirby.

Une oeuvre protéiforme, incroyable dans sa diversité, et pour certaines planches, d’une grande modernité, et pour quelques unes, une véritable vision lovecraftienne.

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« Jack Kirby, King of comics ». Mark Evanier/ Urban Comic

Si vous aimez : Jack Kirby, les comics, que vous soyez néophytes ou fan. Un ouvrage pour commencer à s’intéresser ou pour avoir accès à des oeuvres anciennes.

Autour du livre : L’ouvrage de Mark Evanier a reçu l’Eisner Award, l’équivalent des Oscars pour les comics, catégorie « Best Comics-Related Book » (meilleur livre ayant trait aux comics)

Extrait : « Plus dérangeant encore, Joe et Jack ont le sentiment persistant d’être spoliés des profits qu’ils sont censés recevoir sur les ventes de leurs titres, dont Captain America Comics. Goodman fait peser les frais de ses locaux sur le budget de ce dernier. Les profits s’en trouvent réduits (sur le papier) à presque rien, et il paie à Simon et Kirby leur part sur ce presque rien. En d’autres lieux, en d’autres temps, on appellerait ça « la comptabilité Hollywood ». « Martin se faisait une fortune, et il s’en vantait, se rappelle Jack. Et en même temps, il affirmait que son titre le plus vendeur ne faisait qu’un minuscule profit » .

Le moment est venu de rompre l’accord. Simon appelle Jack Liebowitz, qui dirige DC Comics, leader de l’industrie, et découvre avec joie que ce dernier connaît le tandem et les accueillerait volontiers dans sa ligne. Discrètement, de peur que Goodman n’ait vent de l’affaire et ne les mette dehors à coups de pied au train, Joe négocie le plus profitable accord de l’époque pour un auteur de bande dessinée. Stan Lee découvre le pot aux roses et doit promettre de garder le secret s’il veut en être.

Mais Goodman a vent de l’affaire. Stan niera toujours avoir dénoncé le tandem, qui ne le croira jamais. Quoi qu’il en soit, Simon et Kirby sont priés de prendre la porte. Goodman place alors un de ses frères au poste de responsable éditorial pendant quelques semaines, puis assoit Stan Lee à ce poste en espérant trouver quelqu’un de permanent. Seize ans plus tard, quand Jack reviendra, il sera embauché par le rédacteur en chef, Stan Lee. »

Sortie : le 23 janvier, éditions Urban Comics, 224 pages, 29 euros.

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