Jacques Higelin (1940 – 2018) – Retour Au Ciel

Jacques Higelin (1940 – 2018) – Retour Au Ciel

Jacques Higelin nous a quittés le 6 avril dernier en toute discrétion à l’âge vénérable de 77 ans. Le bonhomme s’est toujours gaussé de la mort car, comme disait Pierre Desproges, « elle ne se gêne pas, elle, pour rire de nous ». Alors Grand Jacques, c’est comment là-haut ?

Grand Jacques… On ne le surnommait pas ainsi en référence à « l’autre » Jacques, son presque compatriote Brel (maman Higelin était belge) mais à cause de sa grande taille qui lui donnait une silhouette d’échalas dégingandé, toujours dépeigné, à l’image de ses chansons : longues et ébouriffées. Il jouera d’ailleurs beaucoup de cette image pour ses pochettes de disques.

Que dire de sa vie à l’heure où l’on commence à peine à regretter sa mort ? Artiste complet, acteur avant d’être chanteur, chanteur tout en restant acteur lorsque l’on se souvient de sa présence scénique, poète un peu manouche, un peu surréaliste, anti-star définitive… Il flotte dans l’air un parfum de rancœur envers l’hommage national accordé à son exact opposé Johnny Hallyday, l’idée que la gratitude d’une nation toute entière aurait mieux été au teint jovial de l’auteur de Mona Lisa Klaxon qu’à celui de l’expatrié fiscal californien.

Il y a du vrai là-dedans sauf qu’à l’image de son Tom Bonbadilom, évadé clandestin des pages du Seigneur des anneaux, il s’en serait foutu. Tout comme de cet hommage par ailleurs, lui qui n’a jamais vraiment goûté les récompenses et les honneurs, préférant les soirées intimes à boire des coups avec ses copains pour finir debout sur la table à chanter du Charles Trenet aux nuits à l’Amnesia ou Chez Castel. Ou mieux, baguenauder sur le pavé parisien.

C’est d’ailleurs là où votre serviteur avait croisé sa route un jour. Facile de se remémorer le jour, c’était en avril 2002, lors de la grande manifestation après le premier tour des élections présidentielles. Il se promenait au milieu de la foule, un léger sourire accroché sur les lèvres, ses cheveux argentés en bataille, dans un grand manteau gris qui le faisait ressembler à un mousquetaire après une nuit d’ivresse.

Avec lui une petite fille, pas encore connue sous le nom d’Izia, que je reverrai quelques années plus tard (sept très exactement) tenir haut la main la première partie de Motörhead au Zénith de Paris. Nos regards se croisent et je lui lance un « Hey Jacques » narquois, résistant à l’envie de poursuivre par « tu viens d’te lever ou tu rentres te coucher ». Sourire, clin d’œil, pas besoin de plus. Il était de ces gens qu’on aime aimer, tout simplement.

Du coup brisons là et écoutons quelques chansons sélectionnées de manière totalement partiale par votre serviteur parce qu’après tout, un hommage ça sert à ça. Musique maestro !

Paris – New York, NY Paris (BBH 75)

En duo avec sa fille Izia et tiré du premier succès d’Higelin, l’album BBH 75, on y découvre son amour pour les musiques noires américaines, le jazz en particulier mais aussi la soul ou la funk. Complainte urbaine par excellence, ce titre (tout comme l’album qui va avec) va ouvrir la voie à un nouveau genre de chanson française, allant de Lavilliers à Hubert-Félix Thiéfaine en passant par Bashung.

La Rousse au chocolat (Alertez les bébés)

Un autre duo avec cette fois ma Jeanne Cherhal chérie, l’une de ses nombreuses filles illégitimes… La Rousse au chocolat, y’a tout, c’est doux, c’est drôle, c’est tendre, rien à jeter.

Tombé du ciel (Higelin, Tombé du ciel)

L’esprit Higelin en un titre, une poésie simple et accessible tout en flirtant avec le surréalisme joyeux… Mon premier album du Grand Jacques aussi, ça laisse des traces.

Champagne (Champagne pour tout le monde)

Ah, Champagne… Que dire ? Elle faisait déjà partie de notre playlist d’Halloween l’an passé. Tu te souviens Chaussette ? (Oui Maîîîîîîître !) Encore un OVNI de la chanson française, mais est-ce encore de la chanson ? Pardieu oui ! Et qui raconte une histoire encore… C’est autre chose que le corps de l’autre lourd comme un cheval mort dis !

Parc Montsouris (Higelin, Tombé du ciel)

Ma préférée… « Je vis pas ma vie, je la rêve », tu m’étonnes Jacques. Dédiée à son père, cette chanson raconte beaucoup sur le gars Higelin. Ça sent Paris, le pavé mouillé d’un matin ensoleillé après le passage des éboueurs, les souvenirs d’enfance… Quand on a grandi dans cette ville, chaque phrase de ce titre vous évoque un truc. « Ma coupe est pleine de nostalgie »… Nul doute que le nôtre est proche de déborder. Bonne nuit Grand Jacques.

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