JAMES BOND CONTRE DAVID MIKANOWSKI

JAMES BOND CONTRE DAVID MIKANOWSKI

AMI TERRIEN GEEK ET CHIC…. PLISSKEN HERE… David Mikanowski est fou. On le prie d’écrire des posts pas plus longs qu’un feuillet et il vous pond un Tolstoï. On lui commande une critique mesurée du dernier 007 et il se la joue Godzilla au Japon. On lui demande pourquoi tant de haine contre Quantum of Solace et il crie « Banzai ! » sabre au clair avant de fendre la foule hébétée sur les Champs Elysées. Mikanowski est fou certes, mais brillant : je n’ai pu me résoudre à tailler dans son hilarante et très informative chronique. Je ne partage pas totalement son avis, loin de là d’ailleurs et vous pourrez le vérifier sur ma propre critique de Quantum of Solace postée cré cré bientôt sur CultureCie. D’ici là, dévorez cette missive « dans ta face » mais allez quand même voir QOS… si tout le monde écoutait David Mikanowski, comment ils feraient, les Broccoli, pour rembourser leurs 230 plaques englouties dans le bouzin ? C’est la crise quoi, flûte, alors, hop, filez voir Daniel Craig pulvériser du malfrat et contribuez à la prospérité de l’entreprise Bond Inc. David mon petit, c’est à toi, attends, j’enlève ta muselière… voiiiiilà… AIIIE ! Saleté, il m’a mordu…

QUANTUM OF SOLACE : QUAND 007 EN PREND POUR SON MATRICULE. Par David Mikanowski (ouaf !)

Lundi 20 octobre, 9h30, sur les Champs-Élysées. Votre serviteur et le fils (spirituel) du borgne Snake Plissken (John, venu spécialement de la quatrième planète du système solaire) se rendent, le cœur battant, à l’unique avant-première réservée à la presse du dernier James Bond. Après une fouille au corps et quelques attouchements du service d’ordre (avec toucher rectal pour les équipes de Ciné Live et Studio Magazine), on accède enfin à la grande salle prestige de l’UGC Normandie, parés pour un boost d’adrénaline…

La projection démarre avec une demi-heure de retard, du fait de la parano du distributeur qui voit en chaque journaliste un pirate potentiel (appareils photo, téléphones et ordinateurs portables sont confisqués à l’entrée du cinéma, équipé pour l’occasion de portiques de sécurité dignes d’un aéroport). Rien de mieux pour se plonger dans le monde du contre-espionnage que ce barnum à la Big Brother. Un cirque qui fait peut-être partie du plan média de Sony.

Première déception : Quantum of Solace – qui n’a de commun avec Ian Fleming que le titre de l’une de ses nouvelles – ne dure que 1h47. Ce qui en fait le Bond le plus court depuis Goldfinger en… 1964 !

Mais chut, la lumière s’éteint. Et le plaisir des retrouvailles avec Bond est à son comble.

FILM DE TRANSITION

Quantum…, qui s’inscrit directement dans la suite de Casino Royale, démarre exactement là où se terminait l’épisode précédent. Une première dans l’histoire de la saga. On s’excusera donc d’avance de faire comme si tout le monde avait vu le film (sinon comment étayer des arguments sans révéler certains points de l’histoire ?). Si vous redoutez les spoilers, merci donc de ne pas lire ce qui suit…

La poursuite automobile qui ouvre le film est nerveuse et percutante. A bord d’une Aston Martin, 007 se fait courser par des vilains en Alfa Romeo le long d’une corniche. Daniel Craig, habillé par le célèbre couturier Tom Ford, conduit sa caisse comme une Batmobile. Les bagnoles se crashent violemment contre des 15 tonnes et tombent d’une falaise. Whaaaaa ! Le décor est bien planté pour une belle histoire d’espion vengeur.
Un sinistre coup de gong ramène le spectateur cul dans son fauteuil. C’est juste le générique d’une rare laideur qui nous annonce que ça ne va pas être de la tarte. Ceux toujours très kitsch de la série créés par Maurice Binder avaient au moins du charme. Celui-ci est d’un mauvais goût absolu et d’une pauvreté graphique invraisemblable. La chanson de Jack White* et de la diva R’n’B Alicia Keys, Another Way to Die, fait heureusement passer la pilule. Même si, au départ, Amy Whinehouse et Duffy étaient fortement pressenties pour interpréter la chanson vedette du film.

La meilleure scène d’action de ce Bond – mais aussi la plus spectaculaire – est placée juste après ce générique. Notre agent secret se lance à la poursuite d’un tueur sur les toits de Sienne, puis traverse l’arène du Palio, où se déroule chaque année une célèbre course de chevaux. L’affrontement se conclu dans une tour florentine en rénovation. Passant au travers d’une vitre en image de synthèse, Bond rebondit sur un échafaudage avant de se balancer dans le vide le long d’une corde !

La scène est formidable, elle a un rythme inouï qui rappelle le meilleur du cinéma de Hong-Kong. Elle s’inspire surtout du style visuel d’une série concurrente – celle de la trilogie Jason Bourne – dont elle emprunte tous les tics de mise en scène (caméra portée, montage heurté). Profitez-en. C’est la dernière fois qu’une séquence d’action d’une telle ampleur martèlera l’écran pendant 90 minutes.

UN BOND EN AVANT ?

Car après cet appetizer, on rentre de plein pied dans l’intrigue du film. Et les problèmes apparaissent…

Il faut savoir que l’un des principaux scénaristes du film, Paul Haggis**, s’est totalement désolidarisé du projet, en se mettant en grève après un sérieux clash avec la production. Quand le tournage débute, un tiers du script n’est toujours pas écrit, alors que la date de sortie, elle, est déjà fixée par le distributeur. Ca se ressent beaucoup pendant la vision du film, tant ce pauvre Daniel Craig semble largué au fil du récit, naviguant à vue et passant d’un pays à l’autre sans aucune espèce de logique.

D’habitude, 007 accomplit la mission qu’on lui assigne, alors que cet épisode est construit autour de la vengeance personnelle de Bond (comme dans Permis de tuer, tiens). Notre agent cherche en effet à régler ses comptes avec l’organisation criminelle qui a provoqué la mort de Vesper Lynd, sa maîtresse traîtresse noyée dans les ruines d’un palais vénitien à la fin de Casino Royale.

Très bien. Mais alors pourquoi ce 22ème volet déconne-t-il autant ?

TERMINATOR BOND

Craig est irréprochable. Le comédien britannique se donne à 100 % et assure dans un rôle très physique. On peut néanmoins tiquer sur l’évolution de son personnage. Dans Casino Royale, le Bond blond passait par tous les stades émotionnels (amour, souffrance, haine). Ici, il n’est plus qu’une machine à tuer qui, tel un bulldozer, détruit tout sur son passage, arrachant les poignées de porte à pleine main avec une facilité déconcertante.

On pourrait le croire invincible, s’il ne saignait pas à un moment donné du film. La grande force du précédent opus était d’humaniser Bond. Celui-ci le fait passer pour un Terminator en smoking. Difficile de s’attacher à un androïde…

Pire : ce 007 n’a pas une once d’humour. Il ne décroche la mâchoire que pour lancer quelques vannes bien senties à ses adversaires (elles sont écrites par une armée de punchliners). Mais ces répliques, trop mécaniques, manquent vraiment de naturel. Décoince James…

Le plus drôle, c’est peut-être cette manie qu’ont les producteurs de transformer Bond en homme-sandwich. Publicité vivante pour des voitures de sport, des marques de champagne, des montres de luxe et autres produits bling-bling… Vous me direz qu’il n’y a rien de nouveau dans cette démarche. Sauf que le placement de produit représente ici 63 millions d’euros ! Soit 35 % du budget du film (estimé à 230 millions de dollars, record absolu pour un James Bond). On subit donc ici, jusqu’à l’indigestion, des pubs subliminales pour Ford, Coca Zéro (devenu OO !), la bière Heineken, Sony Ericsson, Swatch et consorts. My name is “product placement” ?

RESTONS CALMES

Les autres personnages du film n’ont pas plus bénéficié d’un traitement de faveur. A commencer par le méchant en chef, Dominic Green, joué de manière grotesque par l’avorton Mathieu Amalric (il s’est inspiré du regard de Nicolas Sarkozy pour son personnage). Acteur fétiche du pénible Arnaud Depleschin, Amalric n’est vraiment pas à sa place dans l’univers bondien. Le félon fait les gros yeux mais provoque davantage le rire que la crainte.

A l’image de son homme de main à moumoute, un homo qui finira rétamé dans un escalier après un méchant croche-patte de Gemma Arterton, Miss potiche 2008. Voulant mettre la main sur les ressources naturelles mondiales, l’éco-terroriste Green spécule sur le réchauffement de la planète et parie sur des réserves d’eau de source. Mais on s’en fout…

Pour jouer un vilain français, Amalric aurait dû demander conseil au suave Michael Lonsdale sur le tournage de Munich de Steven Spielberg (où Daniel Craig trimballait aussi sa carcasse). Le Hugo Drax de Moonraker se serait fait un plaisir de lui expliquer comment se comporter en authentique salaud mégalomaniaque.

La James Bond girl Olga Kurylenko relève un peu le niveau. Cette bombe ukrainienne, devenue depuis la compagne du réalisateur Marc Forster (ben voyons – NDJP), accompagne ici le hitman originel dans ses aventures. Ayant baisé avec le méchant, Bond n’y touchera pas, effleurant seulement ses lèvres lors d’un timide baiser final. Camille – c’est le nom de son personnage – est une femme au passé tragique. Toute sa famille a été tuée sous ses yeux quand elle était enfant (elle le répète deux fois pour ceux qui somnolent au fond de la salle).

Kurylenko est en tout cas plus intéressante que Gemma Arterton, l’autre Bond girl, qui termine nue sur le lit qu’elle a partagée la veille avec Bond et surtout noyée dans du pétrole, à l’image de Shirley Eaton, le cadavre plaqué or de Goldfinger ©. Le phallus mortel de 007 (deux cercles et une tige, hum…) a encore frappé.

Sinon, tout le monde tire la gueule dans cet épisode. De M la momie (Judi Dench) qui habite dans un HLM tout pourri de la banlieue londonienne (à croire que le M16 la paie au lance-pierre) à Felix Leiter (Jeffrey Wright), célèbre agent de la CIA et ami de Bond, qui n’a rien à faire que bouder dans son coin.

La palme de la tête de lard revenant à Giancarlo Giannini qui retrouve le rôle qu’il tenait dans Casino Royale. Celui de Mathis, l’indicateur qui rencarde Bond (et le public largué) lorsque le scénar devient vraiment trop imbuvable. Pour le remercier, notre agent de sa très gracieuse Majesté s’en sert comme bouclier vivant pour contrer les balles de deux flics boliviens ripous. Mathis termine dans une benne à ordure, agonisant la bave aux lèvres et ânonnant des conneries du genre : “Pour pardonner aux autres, il faut que tu te pardonnes à toi-même, James… Glups !” ou bien “Les morts se moquent d’être vengés”. Merci Carlo, ciao bello !

Bien avant cette bérézina, on avait pourtant assisté à une scène impressionnante à l’Opéra de Bregenz en Autriche. Un amphithéâtre de 7000 spectateurs où Bond s’énerve contre des portes flingues à oreillettes. Là, il se passe vraiment quelque chose, des frissons remontent de la mémoire cinéphile (on pense au final de L’homme qui en savait trop ou à celui du Parrain 3). En une scène, le film se glace.

Mais ce coup de sang ne dure que quelques minutes, après quoi le bal repart comme si rien n’était et Daniel Craig sirote à nouveau son dry martini avec l’air absent (il s’en tape, il a signé encore pour trois films). N’empêche qu’on y a cru. Cette cassure quasi-expérimentale sauve de justesse le film.

Pour le reste, les scènes d’action tombent systématiquement tous les quarts d’heure, mais on ne s’implique jamais émotionnellement. Ou si peu. Prenez le moment où Bond et Camille tombent en chute libre depuis un DC-3. Après avoir assisté à l’une des poursuites en avion les plus soporifiques de l’histoire du cinéma, on est à peine surpris quand le couple atterrit, pile, dans le cratère où Green a établi son barrage.

(ATTENTION : NE PAS LIRE LES QUATRE LIGNES SUIVANTES SI VOUS NE SOUHAITEZ PAS CONNAITRE LA FIN DU FILM – NDJP)

A la fin, Bond s’infiltre dans le repaire du méchant et fait tout sauter (zzzzzzz…). Au milieu des flammes de l’enfer, Craig affronte Amalric qu’il laissera crever en plein désert. Avec tout de même un jerrican de pétrole pour abreuver sa soif (il n’a pas supporté de voir Gemma Arterton transformée en flaque de goudron sur son pieu).

(FIN DES SPOILERS)

La grande question, c’est de savoir si ce nanar surproduit va dépasser les 594 millions de dollars de recettes mondiales générées par Casino Royale ? Lors du générique de fin, un panneau nous indique que Bond reviendra. On n’est pas trop pressé de revoir sa gueule (bon ça suffit David, tu nous l’as bien viandé le Bond, je te remets la muselière – NDJP).

Quantum of Solace, de Marc Forster
Avec : Daniel Craig, Olga Kurylenko, Mathieu Amalric, Judi Dench, Giancarlo Giannini, Gemma Aterton, Jeffrey Wright.
Durée : 1h47. Sortie nationale : le 31 octobre 2008.

* Pour ceux qui auraient passé ces onze dernières années en expédition spéléo, il s’agit du leader du groupe de rock The White Stripes.

** Paul Haggis a signé le scénario de Million Dollar Baby et Casino Royale. Il a aussi réalisé Collision et Dans la vallée d’Elah.

Merci Diamond Dave, c’était du Grand Mika ! La prochaine fois, on t’envoie chroniquer High School Musical 3, parait que la musique adoucit les moeurs…

Coming Next (mais demain, hein) : Dr No et Strike, pas en reste de leur coté…

End of transmission (pas trop tôt, vindieu !)
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