Japan Expo 2015 : Interview de Tsukasa Saimura & Kôzô Takahashi

Japan Expo 2015 : Interview de Tsukasa Saimura & Kôzô Takahashi

FullSizeRender (1)Venus présenter leur nouveau titre, Crueler Than Dead, Tsukasa Saimura et Kôzô Takahashi se sont prêtés au jeu des questions/réponses, lors de la dernière Japan Expo. Accompagnés par deux autres médias, nous avons parlé de leur passion commune pour les zombies et grand bien nous en a pris. Allez-y, c’est sans danger !

 

Comment vous est venue l’idée de faire un manga sur les zombies, alors que le genre horrifique au Japon, est plus axé sur les esprits et les fantômes ?

Tsukasa Saimura : Quand j’avais 8 ans, j’ai vu un film de zombies, ça a été ma première rencontre avec cet univers et ça m’a fasciné. C’était Le Jour des morts-vivants de George A. Romero.

Kôzô Takahashi : Au Japon, on considère le zombie comme un monstre classique, au même titre que les yôkai (créatures du folklore japonais) et les fantômes. Ça fait maintenant complètement partie de notre culture.

 

Est-ce en lien avec le come-back du genre dans les comics et les séries américaines ? Vous ont-ils inspiré ou influencé ?

KT : Pour ma part, oui. Les comics m’ont inspiré mais plus largement la culture autour du zombie. De The Walking Dead aux films de Romero en passant par le jeu Biohazard, tout m’influence.

TS : Moi, c’est un peu pareil. On échange d’ailleurs souvent sur ce qu’on a vu ou lu dans le genre. Mon film préféré reste, bien évidemment La Nuit des morts-vivants de Romero.

 

Alors, j’ai remarqué que vos zombies sont plus proches de ceux de 28 Jours Plus Tard, que de ceux de Romero. Ils sont véloces et agressifs. Pourquoi un tel parti pris ?

TS : Je trouve que les zombies lents ne sont pas assez effrayants (il rigole). Du coup, je les ai rendus plus rapide et hargneux car je voulais qu’ils soient plus terrifiants que ceux de Romero.

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Je voudrais revenir sur le personnage principal, Maki, qui est une femme forte mais porteuse du virus. Comment en êtes-vous venu à son élaboration ?

TS : C’est un thème qui va pas mal être développé dans le second tome : je pense que les femmes sont très fortes. Elles sont sources de vie et assurent la pérennisation de la race humaine. Le second tome verra la naissance d’une nouvelle ère pour la race humaine, qui est issue de cette « évolution » passant par le zombie. Il s’agit ici, d’un virus que l’on peut guérir mais après la guérison, on demeure différents…

 

Il est intéressant de voir que dès les premières pages, il y a à la fois le côté apocalypse/fin du monde et l’espoir d’un renouveau, avec l’antidote. D’où vous est venu cette idée ?

TS : Je voulais voir comment mon personnage pouvait survivre à cette apocalypse zombie, ayant elle-même été infectée par le virus, puis guérie.

 

Mr Takahashi, en termes de dessin et de graphisme pur, votre trait m’a beaucoup fait penser à celui de Katsuhiro Ôtomo. Je voulais savoir s’il est, pour vous, une source d’inspiration et plus généralement d’où viennent vos influences graphiques ?

KT : (Il rigole) Tout le monde me dit ça, donc je pense que je dois être vraiment influencé par lui. A côté de ça, je suis inspiré par plein de mangakas et d’illustrateurs et parfois même par des publicités dans le métro. Dès que je vois quelque chose d’intéressant dans la vie quotidienne, je m’efforce de m’en souvenir pour me constituer une sorte de stock visuel et mémoriel, sachant que je n’utiliserai pas tout ce que j’ai emmagasiné.

 

Double-page-Crueler-than-dead-glenat-zombie-kozo-takahashi-tsukasa-saimura-interview-japan-expo-manga.Tv_Crueler Than Dead ne compte que deux tomes. Est-ce pour ne pas vous perdre dans l’histoire que vous avez choisi de faire une série très courte ?

TS : Tout à fait ! Je n’aime pas étiré les titres à l’infini, sans aucune raison particulière, comme c’est trop souvent le cas. Moi, je préfère partir sur quelque chose de carré et concis. De plus, je suis un grand fan de cinéma et la moyenne d’un film est autour de 120 minutes. Pour moi, l’équivalent sur papier, de 2h de temps, c’est à peu près deux tomes.

 

Un petit mot sur la censure très (trop) encadrée au Japon. Votre titre est visuellement assez trash, comment avez-vous réussi à la contourner ?

TS : Il y a 6 ans, quand j’ai fait le tour des éditeurs pour présenter ce titre, je me suis heurté à beaucoup de refus puisqu’on m’a répondu que c’était impubliable dans un magazine, en l’état. Aujourd’hui, la censure est encore plus sévère qu’à l’époque. Je travaille sur d’autres titres du même genre et dès que le trash devient trop graphique et représentatif, on me demande souvent de calmer le jeu et de trouver des astuces pour que ce ne soit pas visuellement trop gore.

 

Mr Takahashi, d’une part, comment travaillez-vous sur cet aspect gore? D’autre part, comment avez-vous ré-imaginé ce nouveau Tokyo post-apocalyptique ?

KT : Tout d’abord, concernant le gore, sur mon bureau, j’ai un miroir et j’utilise mon propre visage, ma propre image que j’arrange à la sauce zombie. Concernant, Tokyo, j’aime beaucoup celui représenté dans Akira mais je tente de m’en éloigner afin de ne pas le recopier. Du coup, de manière générale, je me base sur des photos, des prises de vue réelles ou alors, je me rends carrément sur place pour faire des croquis ou prendre des photos moi-même. Dans le manga, il s’est passé un an depuis la contamination, donc je tente d’imaginer et de représenter un Tokyo après un an de délabrement dû à cette contamination.

Merci à vous.

 

Le « On a lu… » concernant le premier tome de Crueler Than Dead, aux éditions Glénat, c’est par ici.

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