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« Je n’ai aucun regret ! » (interview de Cecily von Ziegesar, auteure des romans Gossip Girl)

« Je n’ai aucun regret ! » (interview de Cecily von Ziegesar, auteure des romans Gossip Girl)

Mais que devient Cecily von Ziegesar ? L’auteure des romans Gossip Girl qui ont inspiré la série de CW tente péniblement sa reconversion depuis ses adieux récents à la série littéraire qui a fait sa gloire. En attendant de trouver l’idée qui la remettra sur les rails, elle a bien voulu confier les dessous, y compris financiers, de sa collaboration avec l’agence Alloy Entertainment, propriétaire de la franchise Gossip Girl mais aussi de toute une kyrielle de concepts à succès pour la télé US. Le dernier en date étant 666 Park Avenue, succès littéraire vite récupéré par ABC pour cette rentrée 2012. Vous voulez mieux comprendre comment fonctionne Alloy ? Ecoutez Cecily !

C’est le 30 septembre que 666 Park Avenue crachera ses premiers relents de soufre sur ABC. Outre qu’on a très hâte de voir si le concept génialement opportuniste de cette série fantastico-bling bling tiendra la route, 666 PA attire aussi l’attention en tant que nouvelle série adaptée d’une création d’Alloy Entertainment. Basée à New York, cette agence spécialisée dans le « book packaging » (la fourniture clé en main de concepts littéraires pensés pour une déclinaison télé, web, produits dérivés, etc…) nous a déjà gratifié de Gossip Girl, Le Journal d’un vampire, Pretty Little liars ou encore The Lying Game. Véritable « usine à hits », Alloy s’applique depuis des années à humer l’air du temps, trouver la bonne idée et la confier à un auteur maison chargé de pondre une série littéraire ultra calibrée, dont les chaînes de télé vont s’arracher les droits. Surfant avant-hier sur la mode de la « chick lit’ », hier sur la tendance vampirique et aujourd’hui sur le fantastique horrifique avec 666 Park Avenue, Alloy Entertainment gagne à presque tous les coups. Et ses auteurs dans tout ça ?

Pour répondre à la question, on a retrouvé la trace de la new yorkaise Cecily von Ziegesar, tête pensante des livres Gossip Girl, pour un échange à cœur ouvert sur la « méthode Alloy ». Initialement prévue pour une publication dans GQ, cette interview atterrit finalement sur le blog faute de place et ce n’est pas plus mal : le support web nous permet de laisser le Q/R dans son intégralité sans avoir à le raboter pour rentrer dans les cases du print. Interviewée par téléphone, Cecily von Ziegesar nous raconte donc de l’intérieur et sans langue de bois la genèse de Gossip Girl, les conditions de travail chez Alloy et les avantages/inconvénients de ce système où l’auteur n’est qu’un rouage parmi d’autres. Édifiant témoignage !

 

Qu’est ce qui vous a poussé, en tant qu’auteur, à travailler pour un book packager comme Alloy Entertainment ?
Cecily von Ziegesar : Je les ai rejoint en tant qu’assistante correctrice à partir de 1998. Je supervisais les pools d’auteurs qui travaillaient sur les séries littéraires comme Thoroughbred et Sweet Valley High (signées respectivement des pseudos Joanna Campbell et Francine Pascal), destinées aux filles de 8 à 12 ans. Je donnais la trame générale des livres et les pools écrivaient. Chaque pool était constitué de quatre auteurs, qui se relayaient pour produire un petit livre par mois, l’objectif étant d’en faire 12 chaque année. Gros travail de recorrection, à cause de la quantité de livres à pondre c’était souvent très imparfait ! Sinon pourquoi Alloy…. je ne sais pas, mon rêve était d’écrire un livre, mais j’avais un loyer à payer, pas de réseau dans l’édition ni confiance en moi. Et j’étais butée : pas question que mes parents me viennent en aide. Il me fallait un job tout simplement ! Mais je n’ai aucun regret.

Etes-vous à proprement parler la créatrice des romans Gossip Girl ?
Pas exactement. Ce n’est pas moi qui ait trouvé le titre, et je n’étais même pas au brainstorming au cours duquel l’idée du concept a été trouvée. C’était début 2000, l’un de nous avait lu un article dans le New York Times parlant d’un scandale lié à un blog tenu par une lycéenne. On était au début du phénomène de “cyber bullying” (en français : harcèlement par internet) et, chez Alloy, quelqu’un a trouvé que ca ferait une super idée de série littéraire. Sur la seule base du titre Gossip Girl et d’un pitch, l’un des responsables d’édition, Josh Bank, a demandé à un ami graphiste de réaliser une illustration un peu bizarre à base d’ombres de marionnettes, envoyée par courriel aux éditeurs. Personne n’a rien rien compris à ce truc et du coup Leslie Morgenstein (pdg d’Alloy Entertainment – ndlr) m’a demandé de reprendre le concept. J’aimais le titre mais pas le pitch, qui se passait au départ dans une banlieue quelconque. J’ai tout transposé à Manhattan, où j’ai grandi, et créé les personnages de Serena, Blair, Dan etc…, bref tout l’univers de la série. C’était la première fois qu’on me demandait de créer quelque chose de nouveau, j’étais tres excitée. J’ai écrit le résumé des événements du premier livre, ainsi que la présentation du blog de Gossip Girl.

Combien de Gossip Girl avez vous écrit réellement ?
J’ai écrit les huit premiers (sur 12 au total – ndlr), plus le prequel It had to be you et le reboot macabre Psycho Killer (sorti le 5 juillet chez Michel Lafon – ndlr). J’ai juste supervisé les suivants, qui sont écrits par une ghost writer. Mais au début, je n’étais même pas supposée écrire Gossip Girl, ca devait être encore un travail de pool ! Mais Little Brown, l’éditeur qui a acheté les droits littéraires de GG, aimait mon style et a imposé à Alloy que je sois l’unique auteur de Gossip Girl, pour garder un aspect authentique aux histoires. J’étais persuadée que j’écrirais deux livres à tout casser, je n’imaginais pas un tel phénomène.

Est ce que dés le début, Gossip Girl fut pensée pour être aussi une série télé ?
Non, Alloy ne s’était pas encore vraiment lancé là dedans, ils avaient juste envisagé que Gossip Girl débute comme un web livre. Mais quand Little Brown est devenu l’éditeur, l’option papier s’est imposée. C’est après le succès du film Quatre filles et un jean (en 2005, tiré aussi du catalogue Alloy – ndlr) que la boîte a développé le système du concept pour plusieurs médias à la fois. L’année suivante ils vendaient Gossip Girl à CW.

Et The It Girl, la série dérivée de Gossip Girl centrée sur le personnnage de Jenny, c’est vous ?
Non, c’est aussi une ghost writer. Et j’ai insisté pour que soit inscrite sur les couvertures la mention “created by Cecily Von Ziegesar”, et pas juste mon nom comme si j’avais écrit ces livres.

Ca se passe comment ces “creative meetings” chez Alloy ?
Ils se réunissent une fois par semaine, le matin, dans un bureau situé au 11e étage d’un immeuble de la 26e rue à Manhattan. Les locaux d’Alloy Entertainment sont petits mais ils sont au même étage que ceux du groupe Alloy, plus vastes. Entre bagels et café, on est une douzaine à s’échanger nos idées.

 

Quel contrat avez vous signé exactement avec Alloy pour le premier Gossip Girl ?

Le premier contrat que j’ai signé était pour deux livres. J’étais déjà salariée d’Alloy (elle est redevenue freelance après la parution du premier Gossip Girl, en 2002), c’était un contrat typique de “writer for hire” et je n’avais pas d’agent à l’époque. J’ai été payée 2000 dollars d’avance et je ne touchais aucun droit sur rien, à part une toute petite part sur les ventes des romans. Après la sortie du 2e livre, j’ai pris un agent, qui a lu mon contrat et m’a dit “c’est vraiment un contrat de merde !”. Donc on a commencé à renégocier ma part sur les livres, qui a finit par être portée à 50%… des 10% à 20% versés par Little Book à Alloy pour chaque livre vendu. Mon agent a fini par m’obtenir aussi de petits droits résiduels sur les ventes de la série télé à l’étranger. Mais l’affaire est toujours en cours de négociation et il faut éplucher beaucoup de comptes.

Et pareil pour les ventes de produits dérivés, types accessoires, sacs, t shirts… ?
Ils font ça aussi, vraiment ?! Écoutez, le copyright de Gossip Girl leur appartient et s’ils veulent garder 100% sur toute les licences tirées de Gossip Girl, ils en ont parfaitement le droit.

Regrettez vous d’avoir accepté ce système ?
Je sais que les journalistes préfèreraient m’entendre traiter les gens d’Alloy de connards, mais sincèrement je n’ai aucun ressentiment. Tous les packagers fonctionnent comme ça, il ne faut pas bosser avec eux si vous voulez davantage contrôler votre création. Je n’ai pas créé Gossip Girl toute seule, c’est venu d’une réunion de groupe et on me l’a confié ensuite. J’ai écrit les romans, mais pas la série télé. Sans Alloy, je n’aurais sans doute jamais connu ce phénomène, Gossip Girl m’a permis de me payer ma maison… je n’ai aucun regret !

Au final, que penser de ces book packagers ? C’est un mal ou bien pour la création ?
Il y a les livres littéraires et le mass market. Ma sensibilité va plutôt à la première catégorie et je me suis retrouvé dans la seconde avec Gossip Girl. Franchement, ce n’est pas le genre de livre que j’imaginais écrire un jour et puis… voilà ! Mais sans Alloy, je le répète, je n’aurais sans doute jamais eu de succès par moi-même comme auteur, je n’avais pas assez confiance en moi. Alloy m’a aidée à me faire un nom.

Ils n’ont pas beaucoup apprécié vos critiques à l’encontre de la série télé…
Oui, à un moment, ils m’ont demandé d’arrêter de critiquer publiquement le traitement de certains personnages, comme celui de Vanessa, que je trouve insipide en télé. Mais bon, je n’étais pas en colère non plus et les auteurs de la série ont fait par ailleurs d’excellents choix créatifs.

Mais vous ne travaillez plus avec Alloy…
Non c’est fini. Je n’ai plus d’éditeur et je travaille en ce moment sur un projet personnel, en free lance. En plus la tendance est au roman fantastique et franchement c’est pas du tout mon truc. Je pense que je vais la jouer profil bas et attendre le prochain cycle, haha !

 

Ci-dessous : le trailer de 666 Park Avenue, série télé créée et showrunnée par David Wilcox, d’après le roman de Gabriella Pierce paru en 2011. Lancement : le 30 septembre 2012 sur ABC.


666 Park Avenue Bande-annonce ABC VO par HollywoodInside

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