Philippe Corti : « Je ne me sentais pas du tout légitime »

Philippe Corti : « Je ne me sentais pas du tout légitime »

Cortimanu-640x325La saison 5 de Mafiosa a débuté hier sur Canal+. Avec un petit nouveau au générique : Philippe Corti, à qui est revenu la lourde tâche de remplacer le défunt Frédéric Graziani dans le rôle du truand Manu Mordiconi, porte flingue du clan Paoli. Conscient d’être davantage identifié par le public comme zébulon des platines, jadis chez Ardisson ou encore aujourd’hui en clubs, le DJ corse quinquagénaire a pris sa tâche à coeur et avec humilité. Compte tenu de sa maigre expérience et des circonstances, il s’en sort vraiment avec les honneurs, parvenant à poser sa petite musique bien à lui sur un personnage joué par un autre durant 4 ans. Allez, on lui demande comment il a vécu l’expérience ?

Comment le DJ Corti se retrouve-t-il à remplacer Frédéric Graziani pour cette ultime saison ?
Philippe Corti : J’avais déjà passé le casting une fois pour un rôle dans la saison 4, celui d’Ange je crois, mais ça ne fonctionnait pas vraiment. Pierre Leccia (réalisateur de toute cette saison 5 – ndlr) m’avait dit que c’était dommage de griller une carte potentielle, on a pas insisté. Quant ils m’ont rappelé pour cette nouvelle saison, ils ne m’ont pas dit tout de suite que c’était pour le rôle de Manu. J’ai fait un premier essai face caméra, Pierre a été convaincu tout de suite. Puis j’ai passé un essai avec Eric Fraticelli (interprète de Tony, éternel complice de Manu – ndlr) et avec Hélène Fillières. Canal + a hésité à cause de mon image, toujours liée à Ardisson, le blind test etc….

On peut les comprendre : vous n’aviez pratiquement pas d’expérience de comédien professionnel…
J’avais déjà fait des panouilles comme dans Alice Nevers. Mais là, il fallait rentrer dans la peau d’un vrai personnage. Et ce fut d’autant plus difficile que je ne me sentais pas du tout légitime pour prendre la succession de Frédéric Graziani. J’étais très gêné. Ma première scène est celle du mariage qui ouvre le premier épisode, tournée à Bastia sur la plage de la Marana. C’est la première scène que j’aie tourné et avant la prise, j’ai été mal toute la journée. Il y avait du public, les figurants et parmi eux des fans de la série qui aimaient beaucoup Fred, donc je me sentais attendu au tournant. Les gens me connaissent en plus, je fais encore souvent des nuits en Corse, j’y tiens une boite. Mais à un moment, Pierre m’a dit : « Ecoute Philippe : les gens de Canal t’ont choisi , la productrice et moi meme t’avons proposé à Canal, tout le monde est d’accord : Manu c’est toi. Donc maintenant, tu y vas ». Je sais par le casting que beaucoup de mecs se sont plaints que le rôle me revienne, et je le comprends.

Reprendre le rôle d’un acteur qui l’a tenu durant 4 saisons, pas simple non plus par rapport aux autres membres de l’équipe…
Il m’a fallu surtout apprendre à travailler avec Eric. Patrick Blossier (le chef opérateur de la série – ndlr) ne voulait pas que le rôle de Manu soit repris, il était très ami avec Fred Graziani. Le premier jour, il était très distant avec moi. Et puis quelques jours plus tard, il est venu me dire : « je vais te dire franchement : je ne voulais pas que tu reprennes ce rôle parce que Fred était mon ami. Mais ce que tu fais c’est bien, tu honores sa mémoire et je suis très content que la production t’ait choisi ». Ca m’a libéré.

Les deux premiers épisodes de cette saison 5 prennent vraiment leur temps pour installer les enjeux de vengeance entre Sandra et le duo Manu/Tony. Et après ?
Ca monte en puissance. Le début part sur une normalisation des relations entre Sandra et Manu mais l’évolution est vraiment dark et violente, avec aussi d’énormes moments de tendresse. Le final sera vraiment un final d’opéra, il y aura des morts.

« Je n’ai pas aimé les deux premières saisons »

Quelle a été votre méthode pour jouer Manu, sans singer votre défunt prédécesseur ?
Eric et Pierre m’ont dit : « voilà comment est Manu, c’est un enfant violent, mais attachant, son idole c’est Tony. Tout ce que tony lui dit de faire, il le fera par amitié ». Après, ils m’ont laissé carte blanche mais à aucun moment je n’ai essayé d’imiter Fred. J’ai joué Manu en me disant : « je joue un gentil qui est barge ». Apres les choses se sont faites naturellement. Il était hors de question que je fasse un copié collé de Manu. Je me suis servi de mon expérience dans la voyoucratie. J’en ai côtoyé des centaines de voyous ! Et meme encore aujourd’hui. J’ai rencontré des gens comme Francis le belge ou Jacky Humbert, je pourrais en faire un livre, tiens…. 

Vous les fréquentez toujours, les voyous ?
Bah en bossant la nuit, difficile de pas les voir ! Les voyous sont fascinés par les acteurs et réciproquement, les uns se servent des autres. Les boites de nuit servent à ca. Y a deux voyous de la mafia corse qui ont traîné un peu sur le tournage, parce qu’ils adorent la série (ahem… ndlr). Les Corses aiment la série depuis la saison 3. Beaucoup d’intrigues ont été, depuis cette saison, bien plus rattachées à ce qui se passe vraiment en Corse. L’intrigue concernant les ferries est très juste. L’argent des ferries a toujours servi à financer les mouvements nationalistes et l’argent que l’Etat donne à la collectivité territoriale a été en partie reversé à des… oeuvres caritatives on va dire….

Au générique, vous êtes crédité en tant que Philippe Cortichiatto. C’est aussi pour faire oublier le DJ Corti ?
Non rien à voir. Je l’ai fait parce qu’entre 2010 et 2012, j’ai perdu mon père, ma mère et ma soeur. Ce nom, c’était une façon de leur rendre hommage aussi. J’ai toujours voulu être comédien vous savez, j’ai fait une année de conservatoire à Montpellier puis des études plus ou moins arrosées, et j’ai dévié vers la musique pour gagner ma vie mais l’envie de comédie est toujours restée au fond de moi.

Engager Philippe Corti au générique, ça participe aussi du processus d’intégration de la production dans l’écosystème local ?
Haha, oui peut-être. L’intelligence de Canal est d’avoir su profiter des jeunes corses sortis des face pour les intégrer à des postes d’assistants réal ou techniques. Certains ont été titularisés. Ca a arrondi les angles… Une série sur la mafia en Corse c’est très compliqué comme vous pouvez l’imaginer… Personnellement je n’ai pas aimé les deux premières saisons, mais dés que la série a été tournée vraiment en Corse, avec plus d’acteurs corses, je trouve qu’elle a trouvé une véritable identité. Les deux premières, en tout cas quand on est natif de l’île, c’était difficile d’y croire. 
Ce que je reproche aux films de voyous français, c’est qu’on a l’impression qu’ils ne vont jamais au bout des choses. Ce que j’aime chez les américains, c’est qu’on y croit jusqu’au cinquième couteau. J’ai l’impression que c’est une qualité de la saison 5 de Mafiosa.

Après cette aventure, vous avez envie de creuser cette voie de la comédie ?
Mafiosa est ma première véritable aventure, j’ai croqué dedans à pleine dents et me suis régalé. Je l’ai pris comme un cadeau. J’adorerais que ce rôle m’emmène vers une autre carrière. Et j’ai repris le même agent que Fred… On verra.

 

Tournée entre le 3 juin et le 30 août en Casinca et sur le Cap Corse, cette 5e et ultime saison de Mafiosa débute par la libération de Sandra Paoli (Hélène Fillières), incarcérée pour le meurtre de son frère Jean-Michel mais libérée faute de preuve. Dehors, Eric et Manu (Eric Fraticelli et Philippe Corti), fidèles de Jean-Michel, n’ont qu’une idée en tête : abattre celle dont ils sont persuadé de la culpabilité dans la mort de leur boss. Mais une dernière affaire, la prise de la juteuse société de transports maritimes détenue par Livia Taveri (Linda Hardy), pousse les belligérants à une alliance de raison…. L’auteur de ces lignes n’a plus regardé Mafiosa depuis sa première saison. Mais, étrangement et en dépit de leur excessive linéarité, j’ai pris du plaisir à en découvrir les deux premiers épisodes. Lents, sans réelle surprise ni force narrative particulièrement électrisante, ils n’en restent pas moins fort bien exécutés, élégamment mis en scène et interprétés avec justesse. La froideur androgyne d’Hélène Fillières glace plus que jamais et l’on apprécie la partie de jeux de dupes qui se met progressivement en place entre différentes factions dont le seul objectif semble être de s’entretuer sur le cadavre de Jean-Michel Paoli. Lors de la journée de présentation de cette nouvelle saison à la presse, voici quelques semaines, l’ombre de Frédéric Graziani planait lourdement dans la salle. Extrêmement ému, Eric Fraticelli (interprète de Tony), binôme de Graziani pendant 4 saisons, ne put s’empêcher de retenir quelques discrètes larmes sur scène, lors du speech de circonstance des responsables de la chaîne et de la production, juste avant la projection. A ceux qui ont vu l’intégralité de cette saison 5 : j’espère que les promesses de final opératique ne sont pas de vaines fariboles de promo !

Mafiosa saison 5, actuellement sur Canal+. Réalisation :  Pierre Leccia. Ecriture : Pierre Leccia et Aurélie Teisseire. Production : Image et Cie.

 

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