John Hughes : il était l’un des nôtres

John Hughes : il était l’un des nôtres

Salut les aminches, Plissken here… J’avais débuté la rédaction de ce post quelques jours après la mort de John Hughes puis… mes galères de déménagement et de connexion, suivies d’une panne créative l’ont laissé inachevé… Jusqu’à ce soir, où j’ai repris le texte pour enfin en venir à bout. J’allais quand même pas laisser partir le papa de Ferris Bueller sans lui dire un dernier au revoir, même à la bourre ! Y a quelqu’un pour me contredire ? Anyone, anyone… ?

John Hughes : il était l’un des nôtres.

J’ai mis du temps à dégainer ce petit billet parce qu’à l’approche de la quarantaine, on a toujours du mal à écrire sur la mort de son adolescence. Et la disparition de John Hughes, après celle de Michael Jackson, sonne certainement un peu plus le glas de mes années de jeune freluquet. Oui je sais, à 37 ans, il serait temps de lâcher prise. Pas si simple…

J’ai également traîné à rédiger ce post parce que je ne voulais surtout pas bâcler mon tout petit message d’adieu au « Steven Spielberg de la comédie ado« , comme l’avait surnommé dans les années 80 l’ancien patron de la Paramount, Ned Tannen. Alors j’ai pris mon temps.

The Breakfast Club (1985)

Je lis que Hughes est parti terrassé par un infarctus à Manhattan, à 59 ans, et je n’arrive pas à le croire. Cette nouvelle me colle un blues monstrueux. A découvrir sur le web les réactions sincèrement bouleversées de plusieurs internautes et journalistes de ma génération, je reçois un écho réconfortant à mon désarroi. Soulagement. Je ne suis pas seul à vivre cette disparition précoce comme un choc. Pardon d’avance de resservir le poncif du vieux nostalgeo mais les films de John Hughes, au moins quatre d’entre eux (il n’en a réalisé lui-même que huit !), m’ont touché et accompagné jusque dans ma vie d’adulte au même titre qu’autant d’amis chers et complices de toujours.

Comme je le rappelais dans un post précédent consacré à La Folle Journée de Ferris Bueller, j’attribue aux oeuvres réalisées et/ou produites par Hughes non seulement une très grande valeur cinématographique mais en plus un pouvoir sensoriel instantané. Un déclencheur de souvenirs imprescriptibles.

Les images et la bande originale de Breakfast Club, puissamment portées par le « Don’t you forget about me » des Simple Minds, me renvoient directement à mon année de 3e. Mes premières claques amoureuses, ma timidité insurmontable avec les filles, l’envie d’être comme certains minets du bahut toujours mieux habillés et plus cools, mes premiers émerveillements de cinéphile, les heures de colle, le top 50 sur Canal +, mes soirées passées à dévorer Strange et Starfix, les fous rires en cours de récré et à la cantine avec les copains…

Seize bougies pour Sam/Sixteen Candles (1984)

Sixteen candles (Seize bougies pour Sam en VF) et Pretty in Pink (ce dernier fut écrit/produit par Hughes et réalisé par Howard Deutch) me rappellent à quel point j’étais amoureux de Molly Ringwald, introuvable idéal de copine dysfonctionnelle au charme foudroyant.

La Folle Journée de Ferris Bueller me renvoie en un claquement de doigt à mon année de Terminale et aux innombrables soirées passées avec ma bande de potes à nous injecter ce classique à hautes doses, ivres de rire et d’insouciance (et de beaucoup de Tequila !)…

Dans les années 80, Hughes fut donc à juste titre considéré comme le roi de la teenage comedy. Un trône a priori douteux, si par ce genre l’on entend la kyrielle de purges demeurées, démago et marketées qui l’ont illustré, depuis la série des Porky jusqu’aux American Pie en passant par les sucreries disneyiennes pop featuring Hannah Montana ou les Jonas brothers. La particularité des meilleurs films de John Hughes résidaient dans le fait qu’ils regardaient leur public, les ados, droit dans les yeux et non pas de haut.

Seize bougies pour Sam, Breakfast Club et La Folle Journée de Ferris Bueller, ses trois joyaux, nous tendaient un miroir à peine déformé de nos propres émotions de collégiens/lycéens. Dans ces films, on ne baisait pas des tartes fourrées, on n’éjaculait pas dans un verre de bière offert à ses copines, on ne se roulait pas dans la merde et le vomis parce que, quelque part dans leur triste bureau de Burbank, une poignée de producteurs beaufs et leurs exécutants avaient décidé que tel devait être le menu d’une comédie ado normalement constituée. Les « teenage movies » de John Hughes étaient ceux d’un gentleman qui n’avait pas besoin de la vulgarité pour toucher nos coeurs et nos tripes.

John Hughes avait la trentaine bien tapée au moment de nous pondre ses petites perles générationnelles. Mais il restait un ado jusqu’à la moelle. « Il a une mémoire incroyable – visuelle, audio, émotionnelle – de ses propres années lycée » déclarait à son sujet dans Time Magazine l’acteur James Spader, à l’époque de Rose bonbon/Pretty in Pink (écrit et produit par Hughes) .

Issu d’une famille moyenne du Michigan, Hughes a passé son adolescence à Northbrook, petite ville de la banlieue nord de Chicago où il finira par tourner la plupart de ses films, dont Ferris Bueller par exemple. L’écoute du commentaire audio de Hughes dans l’édition DVD collector de Ferris Bueller apporte d’ailleurs de précieuses informations sur tous les souvenirs personnels qu’il disséminait à travers ses personnages. Il fut lui même un adolescent discret et solitaire, ostracisé aussi bien par les intellos que par les sportifs du bahut et donc souvent placé en position d’observer ce qui se passait à sa droite comme à sa gauche. On imagine qu’il a nourri pendant ces années son talent de croqueur hors pair des moeurs de son époque ; talent d’abord mis au service de la publicité puis comme auteur de chroniques pour le magazine comique « National Lampoon ».

 

La Folle journée de Ferris Bueller/Ferris Bueller’s day off (198 6)

En tant qu’ado, Hughes a donc certainement vécu mille fois la solitude ou le malaise de certains de ses personnages – je pense au dépressif Cameron (Alan Ruck) dans Ferris Bueller, au « Geek » de Seize bougies pour Sam (Anthony Michael Hall) mais aussi, dans ce même film, à Samantha et ses 16 ans gavés de spleen. Ou encore à ces cinq ados collés en retenue dans Breakfast Club, tous issus de classes sociales si éloignées mais dont les préjugés mutuels s’effriteront vite devant leurs innombrables frustrations communes. Mieux qu’aucun autre, Hughes a su ainsi greffer à l’humour désopilant de ses comédies une sensibilité et une compréhension rare de l’adolescence dans toutes ses dimensions. La colère, la mélancolie, l’angoisse, l’euphorie, l’insouciance, l’arrogance, la candeur, la fougue. La beauté d’une idylle naissante. La détresse du bon copain, amoureux sans retour de celle qui ne s’en apercevra jamais. Le besoin d’amour et d’amitié, leur importance capitale.

J’associe aux réalisations de Hughes, non seulement des souvenirs et des sensations très personnelles mais aussi de purs moments de bonheur cinéphilique. De l’extraordinairement jouissif intermède musical de Ferris Bueller aux poignantes dernières minutes d’Un ticket pour deux, qui s’abattent sur vous sans crier gare après 90 minutes de rire franc, John Hugues m’a touché. Ses héros bancals m’ont accompagné. Ses innombrables scènes cultes m’ont nourri – « Anyone, anyone ?« … Il faisait des films qui nous aidaient et nous aident toujours, dans les jours sans, à nous sentir un peu moins seuls.

 

Un ticket pour deux/Planes, trains and automobiles (1987)

Une ultime preuve, s’il en fallait une, de cette empathie du cinéaste avec son public serait la réaction bouleversante d’une fan américaine de longue date du réalisateur. Son témoignage, posté sur son blog peu après la mort de Hughes, a ému des milliers d’internautes, moi le premier. Elle s’appelle Alison Byrne et raconte comment, en pleine Breakfast Club-mania, l’ado qu’elle était alors écrivit, un soir de baby sitting, une lettre vibrante au réalisateur pour lui confier à quel point Breakfast Club avait bouleversé sa vie. Comment, furieuse de n’avoir reçu pour toute réponse qu’un formulaire d’adhésion au fan club de Hughes, elle écrivit une seconde missive gonflée de colère et de déception qui, cette fois, toucha l’intéressé qui lui répondit en personne. Alison raconte ensuite la longue relation épistolaire qui allait l’unir à cet homme qu’elle ne rencontrera jamais mais qui deviendra, au fil des échanges, son plus proche confident.

Documents visiblement authentiques à l’appui – le ton de son récit interdit toute suspicion de bidonnage – Alison révèle la profonde humanité du réalisateur qui, dans ses lettres, finissait lui aussi par tomber l’armure et se confier à son tour. Notamment sur les raisons de son retrait de la vie hollywoodienne au milieu des années 90. Et à la fin de sa poignante élégie, Alison nous redit sa propre détresse, son immense peine et ses larmes devant la perte d’un ami à distance qui a tant compté pour la femme qu’elle est aujourd’hui devenue.

Si les films de John Hughes vous ont un tant soit peu touché, je vous recommande la lecture du témoignage d’Alison (cliquez !). Serrement de gorge garanti. Avec des mots bien plus habités que les miens, et une expérience personnelle plus parlante que n’importe quelle nécro, Alison a sans doute écrit le plus bel hommage que j’aie pu lire jusqu’ici sur l’un des héros de mon adolescence. Les innombrables réactions à ce témoignage ne sont pas en reste question émotion.

Au revoir donc, monsieur Hughes. Merci infiniment pour les rires, les larmes et tant d’autres précieux souvenirs.

End of transmission.
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