John Wick Parabellum : Dans ta gueule

John Wick Parabellum : Dans ta gueule

Note de l'auteur

Machine de guerre, Keanu Reeves affronte une armée de mercenaires sur deux continents. Bastons barbares et poursuites démentes : une éjaculation ininterrompue de fun et d’adrénaline.

 

 

John Wick est une des meilleures choses qui soit arrivé au cinéma d’action. Une série B revendiquée, de l’action non-stop, supérieurement chorégraphiée, avec un Keanu Reeves hiératique, sanglé dans un costard Armani, qui explose ses innombrables ennemis à coups de double salto dans la gueule, à l’arme lourde ou avec un… crayon. Cinq ans après le début de la saga, voici déjà le troisième volet, Parabellum (« Si vis pacem, para bellum », et en VF « Si tu veux la paix, prépare la guerre »). Et contrairement à la plupart des suites, Parabellum parvient à ne pas décevoir, même si on pourra discuter certains aspects du film, notamment la longueur.

 

Le scénario, prétexte à une succession de tueries, raccorde directement avec la fin du deuxième volet. John Wick a enfreint les règles de l’Hôtel Continental et se retrouve excommunié, sa tête mise à prix (14 millions de dollars) et donc une armée de tueurs aux trousses. Pas franchement original. On frise parfois l’auto-parodie et le script est bardé des références à la mythologie John Wick que l’on connaît déjà par cœur… Après un petit détour exotique au Maroc, Wick va simplement faire ce qu’il fait le mieux : serrer les mâchoires, balancer des répliques de Matrix (« Guns. Lots of guns »), casser des bras à la chaîne, faire du cheval, de la moto, défoncer, ventiler, éparpiller façon Hiroshima mon amour. C’est sûr, c’est pas du Bergman…

 

Derrière la caméra, Chad Stahelski, vétéran de la cascade qui avait doublé Keanu Reeves sur les trois Matrix et accessoirement réalisateur virtuose des deux premiers John Wick. Avec son monteur habituel, le chef décorateur Kevin Kavanaugh (The Dark Knight Rises) et surtout l’excellent directeur de la photographie Dan Lausten  (La Forme de l’eau, Le Pacte des loups), il parvient à construire un univers fantasmatique et cohérent, des dunes du Sahara aux tours de verre et d’acier de New York, dernier niveau où l’on affronte les Boss, dans une furie qui rappelle le cinéma de Hong Kong des années 80 ou les deux The Raid de Gareth Evans. La mise en scène des séquences d’action est novatrice, jouissive, d’une élégance folle et TOUJOURS lisible, grâce à des plans très longs où Keanu enchaîne parfois des dizaines de coups pendant au moins 30 secondes. Voici donc un film de 46 millions de dollars, réalisé par un cinéaste avec seulement trois films au compteur, qui met à l’amende 99% de la production actuelle et donne un sacré coup de vieux aux Mission : impossible ou à tous les films Marvel, signés par des « cinéastes » incapables de torcher correctement une séquence d’action.

 

Avec le succès des deux premiers volets, Chad Stahelski a pu engager des têtes d’affiche comme Anjelica Huston ou Halle Berry. Il se plante avec le fadouille Saïd Taghmaoui, miscasting absolu, mais fait revenir pour un petit tour de rollercoaster de mandales Ian McShane, Lance Reddick et le toujours épatant Larry Fishburne. Pour les combats, Stahelski a embauché des pointures, le revenant Mark Dacascos, qui arbore une forme olympique et une très belle boule à zed, et surtout Cecep Arif Rahmanet Yayan Ruhian (mon chouchou), deux maîtres du Pencak Silat déjà sublimés dans The Raid. Leur combat à deux contre un avec Keanu Reeves est déjà anthologique. D’ailleurs, un mot, un seul sur Keanu : impérial. Il a deux expressions, vénère et énervé, de moins en moins de répliques. C’est une machine à tuer, un Terminator qui avance encore et toujours, un héros de comics ou de manga, un fantasme de cinéma. Une icone, quoi.

Après, on pourra regretter une mise en scène un poil moins élégante que le 2, le petit ventre mou après la séquence du Maroc et une longueur au-delà du raisonnable (2h10 contre les 1h40 du premier et les 2h du second). Mais ce Parabellum est tellement frénétique et généreux que ces quelques broutilles s’envolent comme une nuée de plomb dans le crâne d’un nuisible.

Hautement recommandé.

 

 

John Wick Parabellum
Réalisé par Chad Stahelski
Avec Keanu Reeves, Ian McShane, Anjelica Huston, Halle Berry.
En salles le 22 mai 2019

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