Jordskott : mi-sylvaine, mi-urbaine, et totalement frénétique (On en parle à Monte Carlo)

Jordskott : mi-sylvaine, mi-urbaine, et totalement frénétique (On en parle à Monte Carlo)

Note de l'auteur

Dans les forêts suédoises, une petite fille disparaît. Sept ans plus tard, sa mère, qui n’a jamais cru à la thèse d’un simple accident, revient dans les environs pour gérer l’héritage de son père, mort brutalement. C’est à ce moment que disparaît un petit garçon dans la même forêt, et qu’apparaît une jeune fille qui semble étrangement connectée aux bois.

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Boum. C’est comme ça que la série commence, et se poursuit : par une série de choc. Une jeune femme court dans la ville, hard rock dans ses écouteurs. Cette même femme, Eva Thrörnblad (Moa Gammel) heurte sa voiture, plusieurs fois. Et ces obstacles, qui sont aussi métaphoriques, sont surtout prétextes à une collision : elle se heurte à un mur certes, mais aussi à l’incompréhension de son propre passé, à l’amabilité des voisins si appuyée qu’elle en devient inquiétante, et ainsi de suite. Évidemment, cette ambiance de ville à la fois calme et dangereuse, ouverte mais hermétique n’est pas sans rappeler la ville de Twin Peaks ; la référence semble d’autant plus évidente qu’ici aussi, une usine traite le bois…

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 Si Jordskott fonctionne si bien, c’est parce qu’elle renouvelle deux genres en les confrontant d’une nouvelle manière. En effet, Jordskott reprend les ingrédients clé de ce que l’on appelle désormais le « nordique noir », tout en y ajoutant plusieurs jalons fantastiques, liés de manière intrinsèque à la mythologie scandinave. C’est donc deux imaginaires qui sont constamment mobilisés, et qui, en fusionnant, génèrent un résultat totalement explosif. La disparition d’un enfant, un meurtre inexpliqué, l’héritage d’un père pour le moins encombrant, des personnages secondaires qui jouent le rôle d’indice. Tout est là pour une bonne série policière glacée comme le nord sait si bien les faire. Mais la menace forestière est là, et grandit : disparitions, apparitions fantomatiques, nature menaçant et légendes.

imagesJordskott est donc une série en forme de forêt : sombre, effrayante d’abord, et surtout pleine d’embûches comme de refuges, propice à toutes les élucubrations de l’imagination et porteuse d’une symbolique très riche. Elle est surtout imprégnée des sautes d’humeur d’Eva Thörnblad (qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler Carrie Mathison dans Homeland), et en devient ainsi délirante, à force d’oscillation entre ville et forêt, mystère et rationalité, prosaïsme et démence, réalisme contemporain et mythologies intemporelles.

Le créateur, Henrik Björn, en riait dans sa présentation : de grands rebondissements sont attendus dans le troisième épisode. Étant donné la densité des deux premiers, on ne peut que s’en réjouir, et attendre patiemment une acquisition sur une chaîne francophone (ou apprendre le suédois, juste pour le plaisir).

Créé et réalisé par  Henrik Björn
Ecrit par  Henrik Björn, Alexander Kantsjö, Fredrik T. Olsson, Denis Magnusson
Avec Moa Gammel, Göran Ragnerstam, Ville Virtanen, Peter Andersson

                                                            

 

 

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