Il était une fois Josh Schwartz

Il était une fois Josh Schwartz

Joshua « Josh » Ian Schwartz

Il a beau être jeune (36 ans), en août, cela fera dix ans qu’il produit des séries pour les networks américains. Alors que The Carrie Diaries vient d’arriver sur The CW, que Cult doit bientôt débarquer, retour sur le parcours d’un gros bosseur qui est aussi un chef de bande.

En 2003, il lançait The OC. En 2007, c’était Gossip Girl et Chuck. En 2011, son nom était associé à Hart of Dixie. Cet hiver, il refait coup double avec The Carrie Diaries (un teen show qui revisite la jeunesse de Carrie Bradshaw, héroïne de Sex & The City) et Cult (intriguant exercice liant des crimes à une série à succès). Une décennie et déjà six séries au compteur : les statistiques pourraient laisser croire que Josh Schwartz est une sorte de Midas de la série populaire (celui qui change tout ce qu’il touche en or ; pas celui qui change le pot d’échappement) mais c’est un petit peu plus compliqué que ça.

Aussi vrai que l’on peut faire dire n’importe quoi à une paire de chiffres, ce serait en effet une belle erreur de ranger l’ex-gamin de Providence (Rhode Island) dans la case « enfant prodigue de la série branchouille ». En fait, l’homme est à l’image des fictions qu’il produit. Plus surprenant qu’il n’y paraît.

Hart of Dixie, avec Rachel Bilson (une de ses actrices fétiches).

« Tout a déjà été fait, mais pas par vous » assure une célèbre formule dans le milieu du cinéma. Cet adage, Schwartz se l’est complètement approprié dans ses multiples créations télé. Qu’on les apprécie ou non, The OC et Gossip Girl ne sont pas que des teen show à tendance soap ; Chuck est tout sauf une simple série d’espions et Hart of Dixie n’est pas qu’une chronique médicale en milieu rural. A chaque fois, sous des dehors très classiques, ses fictions ont toujours au moins un personnage, une situation ou une histoire qui se détache de l’ensemble pour donner du coffre au projet.

La raison : le garçon est devenu le champion des séries concepts/séries carrefour. Des productions qui jouent beaucoup avec des codes bien connus pour mieux les exploiter, les combiner et les détourner. Quitte à se retrouver confronté plus ou moins vite à un phénomène d’usure prématuré. A chaque fois.

Fondamentalement, Schwartz aime le jeu. Et ça depuis qu’il est tout petit. Fils de parents inventeurs chez Hasbro, il a passé son enfance -de manière assez symbolique- alors que ces derniers participaient au développement des gammes de jouets Mon Petit Poney et Transformers. « J’ai eu une enfance très heureuse : j’avais plein de jouets ! », confiait-il en 2005 au Guardian.

A 19 ans, il rejoint l’Université of Southern California. S’il tente pendant un court moment l’aventure du stand up (juste assez longtemps pour se rendre compte que ce n’est pas fait pour lui), c’est devant un clavier qu’il trouve de quoi exploiter sa créativité.

En deuxième année de fac, il écrit le script de Providence. Le scénario raconte en partie sa dernière année de lycée, et c’est avec cette histoire qu’il remporte un premier prix : le Nicholson Award. Enfin presque. « J’ai reçu un coup de fil me disant que j’avais gagné, que le prix de 5000 dollars était pour moi, raconte l’intéressé à Lumino Magazine. Peu de temps après, genre le lendemain, on me rappelait pour me dire « Vous devriez être en troisième année, pas en deuxième ». Et ils sont revenus sur leur décision : j’étais vraiment dégoûté ».

Chuck, série diffusée de 2007 à 2012 par NBC.

Aussi anecdotique soit-elle, cette histoire donne une idée assez précise de qui est Schwartz : un gamin doué, inventif, mais qui va régulièrement proposer des idées non retenues par les diffuseurs.

Pour s’imposer, le scénariste va donc se battre. Grâce à des contacts des membres de sa fraternité universitaire, il parvient à vendre son premier script à des producteurs à Hollywood mais le projet ne verra jamais le jour. Pas plus que ses deux premiers projets télé, Brookfield (2000) – une série centrée sur les élèves friqués d’une école en Nouvelle-Angleterre, avec Amy Smart (Scrubs) et Eric Balfour (Six Feet Under) dans le pilote – et Wall to Wall Records (2001) – l’histoire d’un groupe de jeunes qui travaillent dans un magasin de musique – qui ne seront jamais diffusés à l’antenne. A 25 ans, son nom revient déjà deux fois aux oreilles des patrons de network. La troisième sera la bonne.

En 2003, à 26 ans, il devient le plus jeune showrunner de l’histoire des network américains lorsque The OC est développé par la Fox. Mais là encore, rien n’est gagné : les dirigeants de la chaîne sont plus que dubitatifs à l’idée de confier les clefs d’une série en prime time à un garçon qui n’a aucune expérience en la matière. La donne change lorsque Bob DeLaurentis rejoint le navire : ex-producteur de la série Alfred Hitchcock Presents, ce dernier est suffisamment expérimenté pour rassurer tous les costumes-cravate de la Fox.

Gossip Girl, diffusée de 2007 à 2013 Sur la CW.

Avec DeLaurentis, Schwartz supervise chaque épisode de The OC mais il en écrit aussi un sacré paquet en saison 1. Le gars est tellement déterminé à montrer de quoi il est capable qu’il n’est pas loin de se cramer. « La leçon pour moi, c’était qu’il fallait que j’écrive moins, confiait-il à la bande de The A.V. Club en 2008.Et j’ai écrit de moins en moins avec le temps… Pour moi, la clef, c’est que si vous n’êtes pas en train d’écrire, vous devez faire en sorte de donner une vision claire de ce que votre show doit être. Et surtout vous devez vous entourer d’une équipe de gens vraiment capables de donner vie à tout ça ».

Dans la famille des showrunners, Schwartz se pose assez rapidement dans la logique d’un Dick Wolf. Aujourd’hui, il n’écrit pratiquement plus (1) : il n’a signé aucun script de Hart of Dixie et n’a pas non plus participé à l’écriture des premiers épisodes de The Carrie Diaries. Et puisque Cult est confiée à Rockne S. O’Bannon (Farscape), il y a de fortes chances que ce soit ici aussi la même chose.

Stéphanie Savage.

Pour assurer la coordination de ses travaux, il s’est entouré d’une bande de fidèles :

Stéphanie Savage : son bras droit. Scénariste canadienne née en 1969, elle travaille avec Schwartz depuis les débuts de The OC. Cocréatrice de Fake Empire Productions, la boîte du showrunner, elle a développé Gossip Girl avec lui et occupe un poste de producteur exécutif sur Hart of Dixie, The Carrie Diaries et Cult.

Chris Fedak

Chris Fedak : « Le roi Fedak » comme on le  surnommait à l’époque où Schwartz et lui étudiaient à USC. C’est lui qui est venu voir le créateur de The OC avec un projet de série mixant The Office et Alias, qui deviendra Chuck. Et c’est Schwartz qui a apporté la touche « comédie romantique » qui caractérise la série. En octobre, Deadline avait annoncé que tous les deux pourraient retravailler ensemble, sur l’adaptation de Midnighters, une saga écrite par Scott Westerfeld (mais on a peu de nouvelles depuis).

Leila Gerstein

Leïla Gerstein : scénariste sur The OC et Gossip Girl, elle a appris son métier de showrunner en franchissant de multiples paliers dans ces deux séries avant de proposer le projet de Hart of Dixie à Fake Empire.

Alexandra Patsavas.

Alexandra Patsavas : la papesse de la BO qui déchire. Chargée de la supervision musicale des séries de Schwartz depuis The OC (elle bosse aussi pour Shonda Rhimes), c’est elle qui donne à ces productions une tonalité très moderne et efficace. Elle connaît très bien le showrunner, ses goûts et sa façon d’écrire : c’est ce qui fait que leur collaboration est particulièrement réussie.

Des noms auxquels on peut ajouter ceux de l’actrice Rachel Bilson (vue dans The OC, Chuck et Hart of Dixie), du réalisateur McG (qui a signé les pilotes de The OC et Chuck) et du producteur Len Goldstein (Hart of Dixie, The Carrie Diaries)

Avec sa petite troupe, Schwartz multiplie les propositions. Encore et toujours. Alphabet City (2004), Athens (2004),  Valley Girls (projet de spin off de Gossip Girl, en 2009),  Ghost Angeles (2011), Georgetown (2011)… son nom est associé à toute une brouette de projets et de pilotes qui n’ont pas vu le jour. Mais le garçon ne lâche jamais. A l’image du projet de Cult, proposé à la WB puis à la CW avant d’arriver à l’antenne cet hiver.

La suite ? Elle passera forcément par des écrans. Qu’ils soient petit (avec des séries, mais pourquoi également des webséries : il en a produit une en 2004, Rockville, CA) ou grand. L’automne dernier, son premier film, Fun Size, est sorti aux Etats-Unis. Une histoire d’ados, avec une love story en toile de fond. Mais il ne fait aucun doute qu’il a déjà plein d’autres idées en tête.

(1) : L’automne dernier, il a tout de même cosigné le dernier season premiere de Gossip Girl.

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