Kickstarter : Momumental, un Civilization sur un plateau

Kickstarter : Momumental, un Civilization sur un plateau

Monumental, le plus gros projet de l’éditeur Funforge à ce jour, est actuellement en cours de campagne Kickstarter. Nous avons été invités à tester le prototype de ce jeu de civilisation sur plateau surprenant, et vous donnons les éléments afin que vous puissiez savoir si ce projet peut vous intéresser !

Note de la rédaction : Nous venons d’apprendre, alors même que l’article paraissait, l’annulation du projet Kickstarter par l’éditeur (à une heure près). D’après nos premières informations, ce n’est qu’un report que l’éditeur a souhaité faire afin de relancer la campagne avec des éléments (tests, présentation vidéo d’un prototype plus abouti, etc.) dont l’absence a inquiété les possibles backers, d’où un résultat mitigé de la campagne de financement. Nous restons en contact avec Funforge et vous tiendrons informés de l’évolution du projet. En attendant, nous laissons cet article en ligne pour consultation.

 

Les jeux de Civilisation, kezako ?

Les jeux de Civilisation sont des jeux qui placent le ou les joueurs à la tête d’un peuple que vous allez développer à travers une époque donnée. Selon le contexte, il pourra s’agir de l’antiquité à l’époque moderne (comme c’est le cas de Civilization, LE jeu de civilisation informatique également adapté en jeu de plateau) ou du début de l’exploration spatiale à la domination galactique comme c’est le cas de jeux comme Master of Orion sur ordinateur ou Eclipse en jeu de plateau.

Ces jeux vous mettent en général aux commandes d’un important nombre de leviers ou facettes de votre civilisation : l’économie, la science, le militaire, le type de gouvernement, la culture, voire même la religion. Ils combinent également en général un aspect gestion des différents aspects de votre civilisation et un aspect tactique reposant sur la conquête et la domination militaire, voire la diplomatie avec vos voisins et parfois (mais pas toujours) amis.

Ces jeux sont par essence des jeux riches et par conséquent souvent longs, voire très longs. Les jeux de plateau les plus rapides affichent en général des parties de 2 heures, souvent 3, au minimum (à part des exceptions comme 8 minutes pour un Empire dont les parties durent – il n’y a pas de piège – à peine plus de 8 minutes ; et si c’est trop court, il y a une « version longue » : 18 minutes pour un Empire). Sur ordinateur, c’est encore bien plus long avec des parties s’étalant généralement sur une, voire des, dizaine(s) d’heures de jeu.

Mais avec Monumental, Funforge a fait le choix de proposer un jeu de civilisation dont les parties durent en moyenne 1 heure à 1 heure 30. On parvient en général à ce résultat en limitant le contexte historique ou le nombre de leviers entre les mains des joueurs, sauf que là, non pas du tout… Le jeu se déroule du démarrage de votre civilisation dans l’antiquité à l’époque moderne, et vous contrôlez l’aspect économique, culturel, militaire et scientifique de votre civilisation. De plus, oubliez les livrets de règles de 20 pages (ceux qui ont joué à Res Publica me comprendront), celui de Monumental fait 4 pages, car les règles du jeu sont simples, même si les possibilités elles sont très nombreuses.

Cela fonctionne parce que l’éditeur a construit son jeu d’une façon surprenante, en optant pour une mécanique hybride mélangeant des mécanismes de jeu de plateau et de jeu vidéo, un héritage des fondateurs de Funforge déjà clairement affiché dans l’adaptation sur tablette de leur jeu star, Tokaïdo.

 

Une mécanique à deux niveaux

Alors comment ça fonctionne ? En fait, le jeu se base sur deux mécaniques centrales  : le plateau central, où les joueurs déploient leurs armées afin d’étendre leur empire, et la capitale de chacun, qui en fait la mécanique centrale du jeu. C’est en effet là que le joueur produit ses ressources et surtout développe sa civilisation. Alors que le plateau sert essentiellement aux phases de conquête et aux déploiements des armées d’une civilisation, la capitale définit absolument tout le reste : sa puissance de production, le niveau de son développement scientifique, sa capacité de déploiement militaire, sa richesse et même son évolution culturelle.

Cette capitale est représentée par un carré de 9 cartes, qui représentent autant de bâtiments dans la cité. À chaque tour, le joueur choisit d’activer une ligne et une colonne (donc 5 des 9 cases) et récupère les ressources générées par ces cartes. Selon leur orientation, les bâtiments produiront différents types de ressources ainsi que des effets, et ils seront bien sûr de plus en plus efficaces alors qu’on avance dans le temps. Ces cartes de bâtiments, ainsi que cartes de savoirs qu’ont leur adjoint pour les améliorer, proviennent de votre deck de cartes dans lequel vous piochez à chaque tour les cartes qui remplacent les bâtiments activés qui sont ensuite défaussés. Et ne vous y trompez pas, c’est bien ce deck qui représente l’avancée de votre civilisation.

En effet, si tout le monde commence avec un deck de 15 cartes quasi identiques (à part un bâtiment et un savoir qui sont uniques à chaque civilisation), c’est son évolution qui traduira les progrès et l’orientation que vous donnerez à votre civilisation. Ainsi, si vous acquérez essentiellement des ouvrages militaires, il y a de fortes chances que votre civilisation brille davantage dans les conquêtes que par son développement culturel !

Vos bâtiments produisent 5 types de ressources, les 3 premières devant être utilisées à ce tour tandis que les 2 autres peuvent être cumulées d’un tour à l’autre :

  • La production permet de construire des bâtiments ainsi que des Merveilles
  • La science permet d’acquérir des cartes de savoirs
  • Le militaire permet de déployer et déplacer ses armées
  • La culture permet de mettre en place des politiques culturelles
  • L’or est utilisé à la place de n’importe laquelle des trois premières ressources (ah bon, l’argent ne remplace pas la culture ?)

Votre capitale va donc être le cœur de votre civilisation, comme c’était le cas de Rome ou Babylone, centres vitaux des grands empires. Et pour étendre cet empire, vous déploierez vos armées sur le plateau central où vont essentiellement se dérouler les combats et conquêtes. Les régions où sont situées les capitales des joueurs sont aux coins de ces plateaux et sont inattaquables (il est donc tout à fait possible de jouer une civilisation autarcique et tournée vers la paix, la science et la culture sans problème ou crainte d’invasion, ce qui est assez rare !).

Quant aux autres cases, elles sont en début de partie occupées par des tribus barbares qu’il vous faudra vaincre (ce qui sera plus ou moins simple selon leur force et le type de terrain) pour vous emparer de leur territoire et des ressources qu’ils possèdent. Il sera également possible d’attaquer, plus tard dans la partie, les territoires tenus par d’autres joueurs en battant leur armée, ceci essentiellement dans le but de gagner des points et l’objectif de domination militaire, car il n’y aura pas de ressources à gagner (tout a déjà été pillé et envoyé à la capitale !).

 

Une mécanique simple, mais pas simpliste !

Le jeu se déroule sur 3 époques (4 en comptant l’époque antique dont sort votre civilisation) : l’époque classique, médiévale et moderne. Chaque époque est plus courte que la précédente (15, 12 et 8 cartes) et propose des cartes de plus en plus intéressantes en termes de développement. On regrette donc un peu d’avoir à peine le temps d’exploiter les cartes de l’époque moderne, puisque l’épuisement du deck de développement constitué par l’empilement de ces 35 cartes marque la fin de la partie.

À tout moment, 6 de ces cartes sont disponibles pour être développées par les joueurs, parmi lesquelles des Merveilles du monde, sorte de bâtiments aux possibilités énormes, mais plus difficiles à acquérir. À la fin du tour d’un joueur, on remplace les cartes utilisées, et si le joueur n’en a utilisé aucune, on défausse tout de même une de ces cartes. On comprend ainsi que la partie peut aller très vite, surtout si les joueurs se concentrent sur le développement !

En fin de partie, les joueurs calculent les points acquis en fonction de leurs conquêtes, savoirs, développements culturels et Merveilles construites. Le meilleur joueur dans chacune de ces catégories reçoit également un bonus de dominance. Eh oui, on ne marque pas de points pour les bâtiments classiques qui n’auront donc été qu’un moyen pour vous hisser vers le sommet de votre civilisation.

Un élément très important de Monumental est l’aspect combinatoire qui se met vite en place lors de l’activation de votre cité. En effet, de nombreuses cartes ont des effets et déclencheurs qui permettent de créer des réactions en chaîne qui démultiplie l’efficacité de votre action.

Il faudra donc bien réfléchir à ces enchaînements et bien optimiser les synergies entre vos cartes et en particulier entre celles de votre cité et celles de vos politiques culturelles qui donnent de nouvelles possibilités (comme réactiver un bâtiment, les échanger de place, etc.). C’est pourquoi l’activation presque mécanique des premiers tours devient au fur et à mesure de la partie beaucoup plus tactique alors qu’on progresse dans le jeu !

On se rend donc vite compte que la mécanique simple du jeu n’a rien de simpliste et que le jeu possède une réelle courbe d’apprentissage pour optimiser les possibilités de votre cité, sachant que les optiques de développement sont nombreuses et qu’il faudra savoir choisir et s’adapter en fonction des développements disponibles lorsque vient votre tour.

Heracles, ses armées et les cartes de la Grèce antique

 

Points forts, points faibles

Monumental est un jeu pour 2 à 4 joueurs. Funforge a toutefois mis dans la boîte de base 5 civilisations (les Grecs, les Égyptiens, les Vikings, les Chinois et les Japonais). De plus, 4 autres sont déjà proposées en option dans le Kickstarter (les Mongols, les Aztèques, les Atlantes et les Amazones) et de nombreuses autres pourraient suivre si le jeu est un succès. Chaque civilisation offre réellement un style de jeu différent, car si le deck de départ est quasi identique, les capacités du leader et les politiques culturelles sont des marqueurs de différentiation importants. Ce nombre de civilisations donne une grande variété de gameplay à un jeu qui offre déjà de très nombreuses optiques de développement, qui font que même les parties avec une même civilisation peuvent être très différentes. Monumental offre donc une très forte rejouabilité. Et un livret de scénario est également inclus pour apporter encore d’autres possibilités de jeu.

De plus, le jeu est vraiment superbe avec ces cartes magnifiquement illustrées, son plateau de jeu coloré et les figurines très travaillées représentant les armées, le leader et la capitale de chaque joueur. L’éditeur a voulu profiter de ce Kickstarter pour offrir un jeu « monumental » avec un matériel qu’il serait difficile économiquement d’inclure dans une édition standard, et ça se sent. Le matériel est vraiment sympathique et si le financement est un succès, il pourrait se révéler encore plus intéressant avec les goals annoncés pour chaque palier atteint. C’est un vrai beau travail d’édition qui a vraiment transcendé le projet original de Matthew Dunstan.

Alors des défauts, des points faibles ? Oui, même s’ils sont avant tout subjectifs. D’abord, je trouve dommage que le jeu ne permette pas de jouer à plus de 4 joueurs. Beaucoup de jeux de civilisation le permettent, et je trouve que ce sont des jeux qui s’y prêtent parfaitement. Je suis de ceux qui aiment jouer à 5 ou 6 (ou plus) autour d’une table. Le seul défaut est qu’on s’engage alors souvent dans de très longues parties pendant lesquelles attendre son tour peut être une gageure. Du coup, la promesse d’un jeu de civilisation rapide n’en aurait été que plus attrayante s’il avait pu se jouer à plus de 4, et mon regret n’en est que plus grand !

Le second défaut est pour moi, comme je le disais plus haut, de la rapidité de l’époque moderne, et donc du peu de temps pendant lequel on peut exploiter les excellentes cartes de cette période. Un tour ou deux de plus seraient pour moi bienvenus (et me voilà donc à me plaindre d’un jeu trop court après avoir vanté la rapidité de ses parties, oui, je ne suis jamais à un paradoxe prêt !). Mais peut-être que les scénarios – dont je ne connais pas le contenu – permettront de mieux exploiter cette époque, ce serait là une excellente idée !

Enfin, il y a l’aspect économique. Le premier pledge du projet est à 95 euros. Attention, je ne dis pas que ce prix n’est pas justifié ! Il l’est sans doute au vu du matériel contenu dans la boîte. Néanmoins, ce prix met sans le moindre doute le jeu hors de la portée de nombreuses bourses. Ce n’est bien sûr pas l’apanage de ce seul Monumental. Le financement participatif est justement ce qui permet aux éditeurs de proposer des projets aussi beaux qu’onéreux.

Le contenu de la boîte du Kickstarter

Conclusion

Monumental est un projet possédant un véritable potentiel, avec une mécanique unique, cette promesse intéressante de jouer à un jeu de civilisation en à peine plus d’une heure, et une rejouabilité simplement exceptionnelle.

De plus, le jeu constitue un vrai socle sur lequel il est possible de construire une offre élargissant encore ses possibilités de gameplay (avec des parties à plus de 4 joueurs ?) si le succès économique est au rendez-vous. On comprend donc que Funforge ait choisi de tenter le pari d’une campagne Kickstarter et je dois reconnaître que l’éditeur a fait un très beau travail pour donner à ce projet une véritable envergure.

Il faut maintenant souhaiter que le succès soit au rendez-vous pour ce projet. Il n’est pas toujours évident pour les jeux français ambitieux de trouver leur public sur Kickstarter, alors qu’il n’est pas rare dans le même temps de voir des projets américains, souvent beaucoup moins intéressant en termes ludiques, récolter des sommes démentielles (et non, je n’aime pas l’Ameritrash…). C’est tout le mal qu’on souhaite à ce Monumental qui montre que les « petits » éditeurs français ont encore beaucoup à offrir dans un secteur qui devient, hélas, de plus en plus concentré entre les mains d’énormes acteurs.

La page du projet Kickstarter est ici ! avec une traduction française sur le site de l’éditeur

Les règles du jeu (en français) sont à découvrir ici

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