Kill List : la méticulosité du meurtre d’état

Kill List : la méticulosité du meurtre d’état

Note de l'auteur

Livre policier, enquête militaire, combat contre le terrorisme. Un roman qui emmène sur les traces des assassinats téléguidés.

L’histoire : On le surnomme le Traqueur. Il combat le terrorisme au sein d’une unité dont peu de personnes connaissent l’existence. Sa cible : Le Prédicateur. Un intégriste musulman qui enjoint aux meurtres en Occident, au sein de cyber-prêches. Il est sur la Kill List : il doit mourir.

forsyth_1952147bMon avis : Dans ce livre, Frederick Forsyth nous entraîne au cœur des rouages des services secrets américains. Dès le début, ou presque, nous savons qui sont les protagonistes, leur histoire, leur rôle dans cette guerre.
Nous nous doutons plus ou moins de la fin, mais le seul but du roman est de montrer comment nous allons y arriver. Un peu à la manière d’un Alfred Hitchcock, l’attachement aux personnages en moins.

En effet, il s’agit d’un roman en grande partie procédurale. Il s’attache à montrer comment on peut remonter la piste terroriste, comment les alliances se forment, quels sont les rapports militaires entre les grandes nations. Roman de combat, il s’attache peu à la personnalité des personnages. Frederick Forsyth s’attache à ne les décrire que dans le cas où cela a un intérêt pour son histoire. À part le Traqueur et le Prédicateur, nous ne connaissons rien ou presque des autres protagonistes. Et même dans ces deux cas, leurs sentiments, leurs émotions, leurs croyances personnelles sont passées à la trappe. C’est la traque qui est mise en avant. Aucune explication n’est d’ailleurs donnée à chacune des loyautés.

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Frederick Forsyth a aussi écrit un roman nommé le Chacal, adapté en film en 1977.

C’est en même temps la force et la faiblesse de ce roman. Si l’on s’attache à découvrir les plans des uns et des autres, alors que les cadavres s’accumulent en Amérique sous l’effet du terrorisme, on ne peut s’identifier ni apprécier les personnages tant ils remplissent un rôle. Ils sont acteurs de l’histoire, marionnettes. Il y a les méchants d’un côté, les gentils de l’autre. Comment supprimer les méchants, quand on ne connaît même pas leurs noms, et juste une image sur une vidéo ?

Un livre qui décrit les choses de manière clinique, mais reste tout de même bien ficelé, avec beaucoup de détails, et très documenté. Une histoire qui pourrait avoir lieu dans notre monde réel.

Autour du livre : Frederick Forsyth est un conservateur, et ça se sent. Le roman reste à la base un ouvrage nationaliste américain. Il n’y a aucun jugement sur ce qui « doit être fait » pour lutter contre les terroristes, ni aucune remise en cause des actions des États-Unis. Il est aussi un ancien journaliste, ce qui peut expliquer sa tendance à écrire des faits, et juste des faits.

Si vous aimez : Les coucous suisses, à la mécanique bien huilée.

Extrait : « L’étudiant décédé était d’origine somalienne. Ceux qui le connaissaient déclarèrent qu’il semblait avoir changé de personnalité depuis six mois environ. L’étudiant normal, brillant et plein d’allant était devenu silencieux et refermé sur lui-même. La raison de ce changement paraissait d’ordre religieux. Il y avait deux autres étudiants musulmans sur le campus, mais on ne les avait pas vus se transformer ainsi.
Mohammed Barre avait abandonné les jeans et les parkas pour ne plus porter que de grandes djellabas. Il avait demandé qu’on lui laisse, cinq fois par jours, du temps pour dire ses prières, et on le lui avait accordé sans faire de difficulté, la tolérance étant de mise en matière de religion. Puis il s’était laissé pousser une barbe épaisse et hirsute. »

Sortie : éditions Albin Michel, 360 pages, 22 euros.

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