Kraken : Londres, sorcellerie et fin du monde

Kraken : Londres, sorcellerie et fin du monde

Note de l'auteur

On le sait depuis un moment, Londres, c’est quand même une ville un peu spéciale. Alors apprendre la présence de fantômes, sorciers, fanatiques et sectes en tout genre, n’est pas vraiment surprenant. Mais un peu quand même…

Wheke, un architeutis dux, à la galerie de l'évolution de Paris.

Wheke, un architeuthis dux, à la galerie de l’évolution de Paris.

L’histoire : Billy Harrow a cette particularité d’être le spécialiste des céphalopodes au Musée d’histoire naturelle de Londres. Il est même celui qui a mis en boite un spécimen extraordinaire : un calmar géant, Architeuthis dux. Mais un jour, ce dernier disparaît. Comme ça, pouf. Et le voilà plongé dans un Londres dont il ne doutait même pas l’existence : une secte adulant le Kraken, une mer possédant une ambassade, un homme coincé dans un tatouage, sans oublier une branche de la police qui aime faire appel à des fantômes…

Mon avis : Depuis Neverwhere de Neil Gaiman, on est au courant que Londres est bien plus qu’il n’y apparaît au premier coup d’œil. Dans les mystères de Londres, ses sous-sols, ses quartiers prétendument abandonnés, on peut trouver bien plus que l’aventure. On peut voir nos croyances ébranlées, croiser un père et son fils qui sont en réalité des monstres (oui, oui, la simple évocation de Goss et Subby suffira à vous donner des sueurs froides), et même les classiques (type, la jeune flic un peu insolente) sont détournés.

China Miévile

China Miéville

Le livre suit un seul personnage, Billy Harrow, qui est un peu comme nous. Ce monde, il ne le connaît pas. Il se méfie un peu de tout, même des flics. Et puis, il va les croiser. Ces hommes-radios, un fan de Star Trek, un téléporteur, l’esprit des Krakens, des collectionneurs de fin du monde et quoi d’autre ? Personne ne sait vraiment, et pour cela, il faudrait peut-être lire dans les entrailles mêmes de la ville.

China Miéville nous propose un récit, qui s’approche de l’urban fantasy, tout en offrant un côté horrifique et cruel dans ce conte. On y parle de croyance, et rien n’est absurde. Les bas-fonds de Londres n’ont pas tant changé depuis la période de Jack l’Éventreur. Un rien sordide, avec des apparitions ex nihilo souvent surprenantes, mais sans pourtant perdre son lecteur. Miéville invente une mythologie, et on se laisse y prendre. Et on a bizarrement envie de partir visiter Londres, voir de nos yeux quelle est la réalité de cette ville.

Autour du livre : Kraken a reçu le prix Locus du meilleur roman de fantasy 2011. Par ailleurs, la théorie développée dans cette ouvrage sur la téléportation dans Star Trek est exactement la même que celle présentée dans Ce livre est plein d’araignées de David Wong.

Si vous aimez : Lovecraft, pour ses tentacules. Londres, car il s’y passe souvent des choses étranges. Avec une petite note de Cardiff, version Torchwood.

london-england-1Extrait : « Goss jurait gentiment, comme on insulte des fouineurs curieux. Billy entendait une radio. Un cercle de gens attendait. Des silhouettes en Perfecto, en jean sombre, bottées, gantées. Certaines vêtues de tee-shirts de groupes de musique, et toutes coiffées de casques de moto. Ils étaient armés de pistolets, de couteaux, de méchants gourdins à gros clous de dessin animé. La radio jouait du classique – grésillant, brouillé. Il y avait un homme nu, accroupi à quatre pattes, aux lèvres qui s’agitaient. Avec des cadrans enfoncés dans le corps, au-dessus de chaque téton. Il ne saignait pas, mais les cadrans protubéraient clairement sur sa peau. Le son de la radio provenait de sa bouche ouverte. Sa bouche bougeait en produisant la musique – ainsi que des interférences, spectres d’autres stations.
Sur une estrade de brique, il y avait un homme, torse nu, un vieux punk décharné coiffé d’une iroquoise, assis les mains entre les cuisses sur un tabouret. Un bandant lui dissimulait la bouche. Ses orbites étaient enfoncées au point qu’il paraissait dément. Il inhalait bruyamment, le tissu du foulard se gonflait et se creusait alternativement. Il transpirait malgré le froid. »

Sortie : 8 octobre 2015, 768 pages, éditions Pocket, 9,80 euros.

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