L’île des morts : Zelazny, quand il était petit

L’île des morts : Zelazny, quand il était petit

Note de l'auteur

Quelques temps avant d’écrire son Cycle des princes d’Ambre, l’auteur américain Roger Zelazny s’était frotté au space opéra dans son cycle de Francis Sandow, aujourd’hui en édition intégrale aux éditions Mnémos, sous le nom de L’Île des morts.

c1-li%cc%82le-des-mort-ok-integraleL’histoire : Dans un monde où l’humanité s’est étendue dans les étoiles, et où la Terre n’est plus habitable, il existe un homme dont l’existence a traversé les siècles. Un homme qui a vu le jour sur la planète-mère. Francis Sandow, c’est son nom, est riche, un faiseur de monde et aussi l’hôte d’une divinité extraterrestre, appelée Shimbo. Or Sandow est aussi lâche, faible, caché sur sa propre planète. Mais pour sauver ses amis, ceux qu’il pensait mort, il va lui falloir sortir de sa retraite…

Mon avis : Roger Zelazny, nous vous en avons déjà parlé, il y a un moment, lors de notre dossier sur les univers parallèles. Il est en effet connu pour sa série des Neufs princes d’Ambre, une série en deux fois cinq volumes, où un homme amnésique (Corwin) retourne à la découverte de ses origines, et de son monde. Les éditions Mnémos propose avec cette Île des morts de rassembler tous les textes de space opéra de l’auteur, tournant autour du personnage de Francis Sandow, donc deux romans et quatre nouvelles, écrits avant les aventures de Corwin. Mais les thèmes se chevauchent d’une œuvre à l’autre.

Ainsi, Francis Sandow est un homme, mais aussi quelque chose d’autre, en dehors de ce monde. Point d’univers parallèles ici, mais des mondes rejoignables par vaisseaux spatiaux, et où vivent des espèces autres. Étranges. De la magie, de la psychologie. Et au cœur du récit, un héros qui se singularise par sa lâcheté, mais aussi ses questionnements sur sa nature d’être humain. Car il est le dernier homme à être né au XXe siècle.

Roger Zelazny

Roger Zelazny

Ces livres ont la fraîcheur des premiers écrits, tout en gardant une pointe de maladresse. Roger Zelazny essayent des styles différents, écrits son récit à la première personne, un autre à la troisième, suit des points de vue et développe un panthéon. Il mélange comique, drame familial, grandes épopées, traditions militaires, réflexions sur la vengeance, comme sur le tourisme. Bon, pas forcément dans la même histoire, non plus. Mais dans la galaxie offerte par l’auteur, à une époque où tout était possible, on parle surtout du fait que les hommes même dans l’espace… restent toujours des hommes. L’absence de personnages féminins s’explique par le fait que le récit a été écrit il y a 40 ans. Mais Le Sérum de la déesse bleue, le livre de l’intégral, propose néanmoins des portraits un peu plus nuancés de quelques femmes fortes. Certes, l’une d’entre elles est une déesse. Ou juste une manifestation psychologique ?

L’univers est riche, comme l’atteste les nombreuses espèces, animaux, planètes que l’auteur aime à décrire. Un petit lexique est même proposé à la fin, dictionnaire de planètes, d’aliens, ou de petites créatures plus ou moins mignonnes, plus ou moins mortelles. Cela apporte certes une jolie touche à l’ouvrage, agrémentée d’une préface de Timothée Rey.

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L’île des morts, d’Arnold Böcklin

Si vous aimez : Une époque où la mode était à la découverte interstellaire à hauteur d’homme. Ou de créatures associées.

Autour du livre : Le titre du livre provient d’un tableau éponyme d’Arnold Böcklin, représenté ci-dessus, qui a inspiré l’auteur et son alter ego, Francis Sandow.

Extrait : « J’ai fait un pas vers l’astronef…
Un boulon du blindage au sol m’a fait trébucher, et j’ai dû me retenir à une traverse pour éviter la chute. Je me suis retrouvé un genou par terre, et avant que j’aie pu me relever, un petit ours noir était là qui me léchait la figure. Je me suis redressé en lui grattant les oreilles et en lui tapotant la tête, et je l’ai éloigné d’une claque sur la croupe. Il est parti vers la forêt.
J’ai voulu me remettre en marche, mais ma manche était prise entre deux traverses à l’endroit que j’avais agrippé.
Quand je me suis dégagé, il y avait un autre oiseau sur mon épaule, et une nuée d’entre eux qui volaient vers moi depuis la forêt. Par-dessus leurs cris retentissait le son du tonnerre.
Et voilà, ça se produisait.
Je me suis élancé vers l’astronef, en butant contre un lapin vert assis sur ses pattes arrière devant le panneau d’accès, le nez plissé, les yeux myopes et roses fixés sur moi. Un grand serpent transparent et brillant comme du verre rampait vers moi sur le blindage.
J’ai oublié de baisser la tête et me suis cogné en voulant franchir le panneau. Comme je reculais, un singe blond m’a saisi la cheville en plissant ses yeux bleus à son adresse.
Je lui ai caressé la tête en me libérant. Il était plus fort que je ne le croyais.
J’ai pénétré dans l’astronef, et le panneau s’est coincé quand j’ai essayé de le refermer.
Quand j’en suis venu à bout, les perroquets rouges m’appelaient par mon nom et le serpent essayait de monter à bord.
J’ai pris un lance-rayons et l’ai actionné.
– D’accord, bon Dieu ! ai-je crié. Je m’en vais ! Au revoir ! Je reviendrai ! »

Sortie : août 2016, éditions Mnémos, 480 pages, 27 euros

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