L’Image Capturée dans CSI (Les Experts)

L’Image Capturée dans CSI (Les Experts)

Dans le cadre de notre dossier La Série par l’Image, nous avons choisi de traiter quelques séries parce qu’elles offrent une fonction particulière à un type d’image. Aujourd’hui, c’est CSI (Les Experts) qui inaugure cette suite d’articles avec l’image capturée.

CSI cherche à nous montrer un monde où la science veillerait sur nous. Pas dans un sens de protection ou de prévention mais dans celui où tout crime sera puni. La série ne démontre aucun penchant sécuritaire, elle imagine un monde où l’on tente de rétablir l’ordre et la balance, de rééquilibrer la justice face à l’injustice. Bien sûr, CSI entend figurer une représentation du monde proche de la réalité. Un monde vigie, qui s’observe en permanence et abhorre les angles morts. Il existe un jeu de pouvoir entre le discours compensateur de la série et sa représentation très interventionniste dans le domaine de la sécurité intrusive. De cette ambivalence va naître une utilisation théorique de l’image vidéo et du cliché. La capture de la réalité met en lumière notre vulnérabilité et la traîtrise de notre entourage matériel.

©CBS

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Surface Réfléchissante

C’est une récurrence des séries post attentats du 11 septembre : la multiplication des caméras de surveillance, capables de vous surveiller à votre insu. Aujourd’hui, les smartphones ont augmenté le pouvoir de couverture, un événement entraîne le réflexe pavlovien de dégainer son appareil pour filmer la scène. Nos corps, nos actions sont soumis en permanence à un vol d’image. Cette soudaine profusion a révélé un besoin de se sentir à l’abri, caché des fixations cyclopéennes de l’objectif. CSI a poussé l’exercice plus loin. Puisque nous sommes harcelés d’images, la série a décidé de saturer son univers d’écrans. Un écran est un objet sur lequel est projetée une image, ce qui fait de notre monde une sorte de salle de cinéma kaléidoscopique où est diffusée une représentation fracturée de nos existences.

L’image est une preuve et dans CSI, les preuves ne mentent pas. Seulement dans son principe de vulgariser la réalité, de la (dis)simuler, le cliché n’est plus seulement la capture lisse d’un instant mais un assemblage de multiples images désordonnées. La photographie s’effeuille, entre les mains des experts, comme une poupée russe. On décortique la preuve afin de révéler la vérité, souvent par ricochet, cherchant le reflet incriminant, l’angle impossible. Se découvre une soudaine profondeur de champs, une notion d’espace qui entend modifier la perception des dimensions. Le travail des scientifiques devient archéologique, enlevant des couches successives afin de débusquer l’information. CSI (et d’autres séries avec elle) reprend l’idée des analyses photographique de Blade Runner (ESPER), où l’on pouvait presque circuler virtuellement à l’intérieur du cliché. Il y a falsification de la réalité puisque l’image atteint une dimension impossible mais cette distorsion souligne la représentation de la science selon CSI.

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Hyper Zoom

CSI est la célébration de l’infiniment petit. Une série sous microscope qui cherche à grossir le trait d’une science un peu terne. Il y a comme une amplification de la réalité, une démarche qui cherche à dilater les frontières du possible aussi bien pour faciliter l’évolution du récit que pour éprouver l’authenticité d’une science rigoriste. De ce phénomène qui entend donner une dimension macroscopique au microscopique, nous pouvons observer deux manifestations distinctes : une photographie ou une vidéo, de hautes ou basses résolutions est capable de fournir jusqu’à la plus petite information, de faire naître le net dans une bouillie de pixels ; la reconstitution du corps humain lors des autopsies afin d’observer la trajectoire d’une balle, l’angle de pénétration d’une lame ou l’inflammation d’une gorge…

C’est devenu un tic aujourd’hui. La moindre caméra de surveillance est capable de relever une plaque d’immatriculation, même quand l’image est d’une qualité déplorable. En un coup de baguette magique, l’image devient limpide et délivre son information. Il y a une sensation paradoxale, celle de montrer une dimension hyperréaliste (au sens d’excessif ou supérieur) tout en (ab)usant d’une suspension d’incrédulité. Mais c’est finalement l’idée génératrice de CSI que d’offrir un hyper zoom, de révéler l’infime, qu’il se trouve dans un cliché ou dans le corps humain. C’est partir à la découverte d’un submonde caché dans les interstices d’une image ou du derme et recréé artificiellement grâce aux effets spéciaux. CSI simule, stimule la réalité en produisant des images irréelles pour mieux souligner leur caractère authentique.

Enfin, il y a également l’idée de stopper le temps comme pour circonscrire l’action ; la suspendre afin de la dénoncer ; l’expliquer pour enfin appliquer la justice et donc l’équilibre. La caméra, l’extrait vidéo, le cliché deviennent des armes politiques par cette façon de justifier leur importance. Si CSI n’a jamais prétendu être une série politique, par sa nature redondante, à exploiter, chaque semaine, une nouvelle enquête, elle peint un tableau général, dresse un constat, au même titre que Law & Order pouvait le faire. Seulement, CSI tient une partie d’un discours parfois ambigu, dans l’exploitation de son image, sans mot dire.

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