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La Brêle et l’Hébété (Critique de La Belle et La Bête de Christophe Gans)

La Brêle et l’Hébété (Critique de La Belle et La Bête de Christophe Gans)

Note de l'auteur

Pour une fois, la bande-annonce ne nous a pas trompé. Le film de Christophe Gans est son parfait reflet. Si vous l’avez aimé, vous en aurez pour votre argent. Si elle vous inspirait de nombreuses réserves, elles seront confirmées…

Christophe Gans est vénéré dans la rédaction du Daily Mars. Notre Rédacteur en Chef a fait couler une statue de bronze à son effigie à l’entrée de nos bureaux (620, 8th Avenue) et, tous les matins, nous posons de l’encens et diverses offrandes à celui qui, tel un messie, a guidé notre cinéphilie grâce au magazine Starfix (Christophe Lemaire, François Cognard, etc , ont aussi leurs statues…nos bureaux sont immenses). Cependant son passage de l’autre côté du miroir, à la réalisation, ne fait pas franchement l’unanimité. Si l’intention est toujours saluée, le résultat est souvent décevant et cela arrache notre petit cœur de fanboy. La Belle et La Bête ne fera, hélas, que confirmer ce sentiment.

Et puisqu’on me le demande, je vous le dis bien haut, ils jouent mââleu.

Et c’est là le point le plus rédhibitoire du film de Gans. Les acteurs et actrices sont incroyablement mauvais avec un jeu digne d’une parodie des grandes heures de la Comédie-Française prout-prout pompeuse. Léa Seydoux en fait des caisses tandis qu’Audrey Lamy nous ressert son rôle de bécasse hystérique des shortcoms de M6. Le casting masculin ne fait pas mieux, semblant tout droit sorti d’un épisode de Thierry La Fronde. « Mes amis, mes compagnons, allons bouter les Anglois, ah, ah,ah ! » Et Dédé Dussollier dans tout ça ? Il est au service minimum (remplaçant au pied levé l’acteur belge Gérard Depardieu, on l’excusera dans notre grande magnanimité). Seul Vincent Cassel s’en tire (c’est dire…) mais il passe les trois quarts du film déguisé en Roi Lion ci-dji-aillisé moche. Zéro pointé, donc, pour la direction d’acteurs (tiens, ça me rappelle Le Pacte des Loups), on en rirait presque si cela ne venait gâcher le film et toute tentative de mise en place d’enjeux scénaristiques, dans une histoire dont l’on connaît déjà les grandes lignes. L’ennui guette.

De l’ambition, le film ne manque pas comme dirait Maître Yoda s’il devait en parler plutôt que de se geler les noix sur Dagobah. Cricri est peut être nul pour mener ses acteurs mais à la mise en scène, ce n’est pas un manchot. Il nous offre nombre de plans saisissants qui ravissent la rétine, faisant hommage à ses illustres prédécesseurs ; la photo (dans le château), les costumes (exception faite du manteau en poil d’ours polaire de la Bête) et les décors du château sont particulièrement soignés, un bon point, ouf.

Cependant quelques « détails » tels les matte paintings et rendus trahissent un budget limité pour une telle ambition visuelle (oui, on a abandonné le scénario, à ce stade de cette critique). Les scènes extérieures (sur fond vert) sonnent terriblement faux, évoquant tour à tour Le Chaperon Rouge de Catherine Hardwicke sur les scènes en forêt enneigée, Le Monde Fantastique d’Oz de Sam Raimi (aux couleurs volontairement criardes mais c’était fait exprès) pour le domaine du château de la Bête, et Jack le chasseur de géants de Bryan Singer…difficile de lutter contre le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro ou le monde des Hobbits et la Weta de Peter Jackson, si ce n’est avec les « chiots pottés » dont on se demande l’utilité dans le film… à part pour les jeunes enfants qui seront certainement les seuls à apprécier ce film.

Clou du spectacle (qui ferme le cercueil), la musique est proprement insupportable par moments et le générique (bouquet ?) final nous offre une chanson de fin Star Academy-esque varietoche : « Sauras-tu m’aimer ? »…Euh, non…. mais alors pas du tout.

Louable dans son intention, La Belle et la Bête de Christophe Gans déçoit. L’adaptation du conte a quelques qualités visuelles mais pèche dans de nombreux domaines dont le jeu d’acteur, plombant ce qui aurait (enfin) pu être un film de genre français réussi.

La Belle et La Bête  de Christophe Gans, avec Vincent Cassel, Léa Seydoux, avec la participation de André Dussollier, Eduardo Noriega, Myriam Charleins, Audrey Lamy, Sara Giraudeau, Jonathan Demurger, Nicolas Gob, Louka Meliava et Yvonne Catterfeld.

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