La chair est triste, hélas (Sex Education S2 / Netflix)

La chair est triste, hélas (Sex Education S2 / Netflix)

Note de l'auteur

Derrière son costume a priori attachant de “série transgressive explorant avec humour la sexualité des ados”, Sex Education cache une série sentimentale assez banale. Une de plus. Pas complètement désagréable, pas transcendante non plus.

Otis et Eric (c) Sam Taylor/Netflix

Après une première saison plutôt plaisante, centrée sur le business à deux d’Otis (Asa Butterfield) et Maeve (Emma Mackey), la seconde envoyant au premier, pour des « consultations privées », les lycéens qui rencontraient des problèmes d’ordre sexuel. Cette deuxième saison le confirme : les ados font face à une variété de soucis sexuels assez considérable. Entre homosexualité refusée, rapports cachés « parce que le garçon n’est pas assez populaire », nécessité de plaquer un oreiller sur le visage du jeune homme parce que la fille n’aime pas son visage pendant l’orgasme, vaginisme et fétichisme.

C’est à la fois la force – par la variété des situations – et l’une des faiblesses de Sex Education. Ce rythme « un problème par épisode » tourne vite en rond, évoquant le « Monster of the Week » de séries comme X-Files, ou les débuts d’innombrables séries US qui déclinent une même structure, genre Six Feet Under ou House. Un gimmick qui se transforme rapidement en tic, à chacun de voir s’il l’aime, le supporte ou s’en irrite.

La saison 2 de Sex Education rencontre surtout rapidement des problèmes de rythme. La présence régulière et prolongée de la mère d’Otis (la toujours formidable Gillian Anderson) en tant que conseillère sexuelle plus ou moins officieuse du lycée, maintient à peu près la ligne de flottaison. Mais même elle ne peut enrayer la lenteur générale, le confortable ennui qui nous imprègne au fil du temps.

Jean Milburn, mère d’Otis (c) Sam Taylor/Netflix

Au-delà, le défaut absolument rédhibitoire de Sex Education dans sa deuxième saison est, derrière une proposition certes séduisante, sa profonde banalité. Enlevez les oripeaux de la « série transgressive et humoristique explorant la sexualité des adolescents » – et dans la deuxième saison, ils commencent à disparaître d’eux-mêmes – et vous obtenez une « série sentimentale de lycée » comme on en voit depuis des décennies.

Otis aime Maeve en secret mais ne peut le lui avouer car il pense qu’elle est « hors de portée ». Maeve aime Otis en secret mais, lorsqu’elle en prend conscience et qu’elle se décide à s’ouvrir à lui, trop tard : il sort avec Ola. Otis et Ola vivent une petite vie de couple peinarde, jusqu’à ce que Maeve se dévoile à Otis. Le garçon est troublé – conflit de loyautés – mais tente d’adopter le « bon » comportement. Résultat : Ola le largue pour une fille. Lors d’une soirée bien arrosée, Otis se saoule (forcément), se ridiculise devant tout le monde (bien sûr) et s’humilie publiquement devant les deux filles lui tournent le dos (évidemment).

Les poncifs s’accumulent. Les comportements clichés, les situations préenregistrées, les pseudo-retournements de situation qu’on voit venir avec quatre épisodes d’avance. Le pire est sans doute la fête chez Otis, où l’alcool coule à flot. Les scénaristes semblent penser que ce genre de scène est un incontournable des séries d’ados. C’est surtout excessivement long et assez pénible à regarder. Un autre passage, la « rando » d’Otis et Eric dans la forêt avec le père du premier, offre une métaphore de l’ensemble : ça avance sans carte, ça se perd, ça tourne en rond, ça revient au point de départ en mauvais état.

Adam (Connor Swindells) traîne son regard de chien battu de la superette jusqu’à la fenêtre d’Eric (Ncuti Gatwa), seul personnage, par sa fantaisie et sa profondeur (sans parler de ses hésitations) – avec celui de Gillian Anderson – à vraiment sortir du lot. Les autres s’engluent dans une étrange uniformité. Une absence de densité, d’intensité. De personnalité.

Quelques moments de folie relèvent un peu la sauce, telle la comédie musicale revisitant Romeo et Juliette de Shakespeare, avec une musique et des costumes ultra-sexualisés et complètement kitsch. Et même là, on se dit que l’outrance du propos est un piètre remède à la tiédeur générale. Et l’on se dit que, quand on compte sur ce genre d’excès – ou sur la multiplication de scènes de masturbation avec Otis en début de saison – pour épicer un propos d’une fadeur écrasante, c’est qu’on a perdu en chemin tout ce qui faisait – ou aurait pu faire – la saveur particulière d’une telle série.

Sex Education (Netflix) saison 2 en 8 épisodes
diffusés le 17 janvier 2020
Série créée par Laurie Nunn
Épisodes écrits par Laurie Nunn, Sophie Goodhart, Laura Neal, Laura Hunter, Freddy Syborn
et réalisés par Ben Taylor et Kate Herron
Avec Asa Butterfield, Emma Mackey, Ncuti Gatwa, Gillian Anderson, Patricia Allison, Connor Swindells, Kedar Williams-Stirling, etc.

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