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« La danse des étoiles » : voyage transcendantal au cœur de soi

« La danse des étoiles » : voyage transcendantal au cœur de soi

Note de l'auteur

51003L’histoire : La danse est le langage humain le mieux partagé. Imaginez alors ce que cela donnerait totalement libérée de la pesanteur. Charles est un caméraman qui travaille dans une école de ballet. Il suit alors Shara, une danseuse aux formes atypiques, trop grande, trop de formes, qui décide de créer une façon de se mouvoir en liberté, là-haut, sur la lune. Puis, un jour, de drôle d’êtres, menaçants, entrent dans notre système solaire.

Mon avis : Roman de 1977, La danse des étoiles reste encore aujourd’hui un livre atypique, avant-gardiste et magique. A travers le regard de Charles Armstead, c’est tout un monde qui se dévoile. Celui d’un homme aigri, ici sur terre, meurtri par les hommes mais pas sans espoir, qui se transforme au contact de l’art. C’est une lettre d’amour à la danse sous toute ses formes, et à l’être humain, quand se dernier montre qu’il existe encore des choses belles.

C’est un livre qui dit que l’art n’est pas inutile.

Ici, pas de grosses armes, d’aliens suceurs de moëlle, de bagarres sur fond de musique techno avec des explosions en tout genre. Non, place à l’intime, à ce que les voyages peuvent changer en l’homme. Roman en deux parties, la première est axées sur Shara, la deuxième sur une compagnie de danse. D’un duo, on passe à une danse à plusieurs. Charles change, petit à petit, et le lecteur est transporté dans son regard, il change avec lui. Une danse, comme un chant d’espoir.

Spider et Jeanne Robinson

Spider et Jeanne Robinson

Roman écrit à quatre mains, par Spider Robinson et sa femme, Jeanne, danseuse et chorégraphe, on sent encore un peu l’influence de la hard science, avec de (très courts) passages explicatifs, scientifique. C’est surtout l’ingéniosité des auteurs dont le lecteur se rappelerons en fermant ce livre, capables d’inventer un art entier, des moyens de déplacements et finalement de nous faire voir mouvements et chorégraphies dans un univers sans haut ni bas, de nous faire ressentire la peur du vide et de son apprentissage, sans que jamais nous ne quittions notre siège. C’est un livre qui n’oublie pas le côté pionnier de la littérature SF, en ce que ce qui est inconnu est à découvrir et à inventer. Et ce qui est étranger, est forcément différent. Mais pas obligatoirement mauvais.

Charles Armstead est lui-même parfois drôle, parfois seul, triste à en pleurer. C’est un « chic type ». Dans ses yeux, la terre semble seule, sale. Le monde est gris, mais illuminée par une série de personnages secondaires attachants, parfois carticaturaux certes. bémol peut-être sur les « méchants » humains, dont la psychologie reste parfois peu fouillée, donnant à certains passages un côté parfois trop manichéen.

Enfin, un livre plein d’optimisme, atypique et intimiste, que tout le monde devrait avoir dans sa bibliothèque. Ce n’est pas un livre bouleversant, un livre-choc. Mais un voyage. Pour Charles, comme pour le lecteur.

La couverture délicieusement kitsch de la suite de La Danse des étoiles, jamais publiée en France.

La couverture délicieusement kitsch de la suite de La Danse des étoiles, jamais publiée en France.

Si vous aimez : les livres doux, les éclats éphémères qui restent en mémoire et change le panorama. Quelque chose qui redéfinit en partie le roman de science-fiction, tout en ayant déjà plus de trente ans.

Autour du livre : La danse des étoiles a reçu à sa sortie les prix Nebula, Locus et Hugo. Il s’agit du premier volant d’une trilogie, mais il se suffit largement aussi en lui-même. La suite n’a d’ailleurs jamais (encore) été publiée en français (mais vraiment, ça ne gêne en rien).

Extrait : « Les larmes sont gênantes en chute libre – elles ne vont nulle part, elles forment comme des lentilles de contact sphériques ui se dilatent absurdement et dans lesquelles le monde nage. Je progressai à la force des bras sur la surface de la sphère intérieur en direction de l’emplacement de caméra sur lequel je travaillais, et Shara pénétra dans la sphère pour commencer à répéter.

Je priai tout en installant mon matériel, faisant serpenter des câbles parmi les étrésillons et les reliant à des terminaux flottants. Pour la première fois depuis des années je priai, je priai pour que Shara y arrive. Pour que nous y arrivions tous les deux.

Les douze jours qui suivirent furent les plus rudes de mon existence. Shara travaillait aussi dur que moi. Elle passait la moitié de ses journées à répéter au studio, l’autre moitié à faire des exercices sous deux gravités un quart (le maximum autorisé par le docteur Panzella) et la troisième moitié dans le lit de Carrington, essayant de le satisfaire assez pour qu’il lui permette de repousser le délai. Peut-être dormait-elle pendant les quelques heures restantes. Je sais seulement qu’elle n’avait jamais l’air fatigué, ne perdait jamais son maintien ni sa résolution. Obstinément, de mauvais gré, son corps perdit de sa maladresse, acquit de la grâce même dans un environnement où la grâce demande une concentration énorme. Comme un enfant apprend à marcher, Shara apprit à voler. »

Sortie : février 2015, aux éditions ActuSF, 368 pages, 18 euros.

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