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la découverte de la peur, épisode 10 : Lovecraft et Mayhem, De Mysteriis Dom Sathanas

la découverte de la peur, épisode 10 : Lovecraft et Mayhem, De Mysteriis Dom Sathanas

Mayhem_demysteriisdomsathanasMayhem – De Mysteriis Dom Sathanas

par Guillaume Nicolas

La peur est un sentiment rare en musique. Il y a bien quelques bandes originales de film qui pourront rappeler des images terrifiantes ou créer une ambiance propice aux phobies diverses. Mais une chanson ou un album, capable d’envoyer son auditeur dans des territoires angoissants, sans tomber dans les clichés, se compte sur un boulier. De Mysteriis Dom Sathanas fait parti des élus. Un disque important dans l’histoire du Black Metal. A juste titre tant il s’est imposé comme une pierre angulaire.

Son crade, mal produit, répétitif, les griefs peuvent être nombreux. Ces mêmes écueils qui apportent au disque son aura, sa force, sa capacité à provoquer un effroi peu commun. L’histoire du Black Metal commence avec la violence, la haine. Une musique malade au pouvoir aussi bien attirant que répulsif. Créer de l’inconfort, inciter les pulsions, une musique primitive qui se perçoit autant qu’elle se vit. Et Mayhem, avec De Mysteriis Dom Sathanas atteint une sorte d’imperfection suprême. Une musique rouleau compresseur, la déflagration d’une batterie inhumaine (Hellhammer) et le chant possédé de Attila Csihar. C’est lui l’agent de la peur. Lui qui éructe, loin des exclamations gutturales habituelles, psalmodie son cantique païen. Venu des tripes, jusqu’à vous caresser l’échine, il créé ce décalage qui rend ce disque si parfait. La musique violente, implacable, rapide et le chant lent, comme au ralenti. Cette association provoque une dissension chez l’auditeur.

Dans un autre genre, il n’y a que Diamanda Gallas (et son Defixiones, Will & Testament) qui pourrait rivaliser avec cet album. La peur est un sentiment rare en musique. C’est peut-être pour cette raison que son accomplissement se vit avec autant de force.

H. P. Lovecraft

par Gilles Da Costa

H.P.-Lovecraft-copy1992. A l’age de 12 ans, assoiffé d’histoires macabres et d’effets spéciaux sanguinolents, j’ai déjà loué une grande partie du rayon horreur de mon vidéoclub de quartier et mon imaginaire est peuplé de monstres grimaçants, de ghouls difformes et autres apparitions lugubres. J’ai bourlingué. Toutes ces figures traditionnelles de l’horreur sont pour moi familières, presque rassurantes et à quelques exceptions près (satanés Pinhead et leatherface !) elles m’effraient aussi peu qu’un épisode de Scooby Doo. Bien naïvement, je m’estime tout simplement insensible à l’épouvante. Pauvre fou.

Tout ceci change brutalement un jour de décembre, lorsque je commence la lecture de L’Affaire Charles Dexter Ward, une nouvelle relativement épaisse écrite à la fin des années 20 par un certain Howard Phillips Lovecraft.

Je découvre alors un monde véritablement inquiétant où l’horreur dégouline de chaque page, imprègne chaque détail, chaque personnage. Ici, pas de portes qui claquent ou de gimmicks de trains fantômes. La peur est insidieuse et se dissimule sous le vernis craquelé du quotidien. Patiemment, Lovecraft construit ses personnages avec soin, assemble pièce par pièce un univers cohérent pour mieux y faire surgir une terreur sourde taraudant le lecteur comme un bruit de fond lugubre de plus en plus audible.

Chez Lovecraft, rien n’est jamais clairement expliqué ou trop détaillé. Intelligemment, son écriture cryptique nous laisse le soin de combler les vides, de projeter nos propres angoisses sur la page pour mieux nous immerger dans l’effroi. Protéiformes, les récits lovecraftiens sont à la fois réalistes, précis dans leur description de la société du début du 20ème siècle, et mythologiques dans leur gout pour les divinités cosmiques et autres monstres abbérants venus de temps immémoriaux. Ainsi, au fur et à mesure de ma lecture de L’Affaire Charles Dexter Ward, je découvre l’existence de ce « bon » vieux Yog-Sothoth, une entité divine informe tirée d’un panthéon inter-dimensionnel dont je découvrirai plus tard l’importance et le rôle à la fois sous-jacent et central dans l’oeuvre de l’auteur.

A la confluence de l’horreur, du fantastique et de la science fiction, Lovecraft utilise notre peur de l’inconnu, notre incapacité à comprendre l’univers qui nous entoure. Il repense ainsi nos origines et entre-ouvre une porte sur une sorte de « hiérarchie astrale » au sein de laquelle nous ne sommes que de simples fourmis susceptibles d’être un jour écrasées par le pieds des grands anciens, ces êtres à la fois géniteurs de l’humanité et plus grands prédateurs. Une menace terrible, diffuse mais omniprésente, qui sous-tend certainement la fascination qu’exerce aujourd’hui encore cet auteur chez la plupart des artisans contemporains de l’horreur tels Clive Barker, Stephen King ou Guillermo Del Toro.

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