On a lu… La différence invisible de Julie Dachez et Mademoiselle Caroline

On a lu… La différence invisible de Julie Dachez et Mademoiselle Caroline

Note de l'auteur

Pour la rentrée, voilà un album tout en rondeur, tout en douceur, qui traite de la différence, d’autant plus dure qu’elle est difficile à déceler. Car ce n’est pas parce qu’on n’est pas comme les autres que l’on est « anormal ».

DIFFERENCE INVISIBLE (LA) - C1C4.inddL’histoire : Marguerite pourrait être une jeune fille bien dans ses baskets. Elle a ses petites manies, les connaît. Mais pourtant, ce sont avec les interactions sociales qu’elle a le plus de mal. Elle ne comprend pas en quoi elle est différente, mais elle le sent. Un jour, le diagnostic est enfin posé. Marguerite est atteinte du syndrome d’Asperger.

Mon avis : Si le nom de Julie Dachez vous dit quelque chose, c’est que vous la connaissez peut-être sous le surnom de Superpépette, « l’autiste qui non seulement parle, mais en plus a des choses à vous dire », dont voici la chaîne YouTube. Sa première vidéo date d’il y a deux ans et a, à l’heure actuelle, plus de 85 000 vues. La youtubeuse, bloggeuse, utilise les réseaux sociaux pour expliquer ce qu’est l’autisme, comment on vit avec… Et aujourd’hui, la voilà scénariste de cette BD, qui se veut pédagogique mais aussi un récit. L’héroïne s’y nomme en effet Marguerite, pas Julie.

Alors, oui, c’est réussi, car tout le point de vue donné est celui de cette dernière, et on imagine bien que les situations vécues l’ont été de première main. Ou c’est tellement bien imagé, que le lecteur peut s’identifier aussi bien à la personne neurotypique (ceux qui sont dans la « norme ») qu’à Marguerite. On s’attache d’autant plus au personnage que les textes sont courts et les arrière-plans épurés, au profit de l’usage des couleurs déclinées par la dessinatrice, Mademoiselle Caroline. Ces dernières sont particulièrement importantes et donnent une idée de l’univers dans lequel évolue l’autiste « Asperger ». La première moitié, alors que le diagnostic n’est pas posé, est un monde sombre, de nuances de gris, basculant au rouge. Puis, petit à petit, l’entrée du jaune puis de toutes les couleurs, une fois que Marguerite sait ce qu’elle a. Et surtout, que oui, elle a le droit d’être différente, le droit de respecter ses limites, de ne pas aller en soirée ou de supporter du bruit.

difference-invisible_2Certes, pour ceux qui connaissent déjà cette « différence invisible », l’album n’apportera qu’un témoignage. Mais la BD permet de faire passer le message différemment, elle apporte un élément de jeu, de distraction qui rend plus réceptif. Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, une préface et une postface entrent plus dans les détails, ainsi que l’offre d’une bibliographie détaillée. Une bonne BD en somme, à mettre dans les mains de petits et grands, pour savoir ce qu’est l’autisme et apprendre à respecter les différences des autres, avoir le droit de ne pas entrer dans la norme (et pourquoi pas, à mettre dans les CDI des collèges et lycées, ce ne serait pas mal).

Si vous aimez : le ronronnement des chats, ou le bruit de la pluie sur les toits.

En accompagnement : Un verre d’eau claire teintée de sirop de menthe.

Extrait : « Vous vous interrogez sûrement sur le fait que Marguerite ne partage pas son lit avec Florian… En fait, elle ne peut pas : elle est tellement sensible aux bruits, aux mouvements, aux odeurs, qu’en étant dans le même lit que quelqu’un d’autre, elle se réveille toutes les deux secondes (quand elle arrive à s’endormir…).
Elle met quotidiennement un masque anti-lumière et des boules Quiès.
Pas sexy, mais efficace.

Sortie : le 31 août 2016, éditions Delcourt/Mirage, 199 pages, 22,95 euros.

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