La dure vie des super héros dans les jeux vidéo

La dure vie des super héros dans les jeux vidéo

banner_article_03

Pour célébrer la sortie de Avengers: Age of Ultron, la rédac Games du Dailymars sort sa cape et son Pad pour vous faire une revue non exhaustive des jeux de Super Héros.

Les adaptations reprenant les Univers Marvel ou DC dans les jeux vidéo, il faut se l’avouer,  n’ont jamais été mémorables à de rares exceptions près comme Batman, « qui a nib en super pouvoir » mais dont  la trilogie Batman de Warner Bros Entertainment a su transposer fidèlement l’univers et l’esprit du Comics, et les franchises LEGO intégrant les super héros dans un style et un univers très original et simplifié. Cette difficulté à transposer un univers d’un média à l’autre est assez paradoxale venant d’univers extrêmement développés, avec un public conquis que ce soit par les comics ou les adaptations ciné (pas toujours réussies elles non plus). Souvent accusés (à raison?) de n’être qu’un support supplémentaire de merchandising pour une licence en vogue visant les jeunes joueurs, les jeux vidéo de Super héros ont du mal à séduire une communauté de joueurs avertis désormais exigeante et rompue à des genres différents de jeux (MMO, beat’em all, open world) dont l’originalité et la qualité du gameplay correspondent à leurs attentes.

Culture Comics vs Culture Vidéo ludique.

ME0000576635_2Allant directement à la facilité en adaptant les films sur le média vidéoludique, l’âme du super héros se perd dans des jeux insipides dont le scénario est connu d’avance (pour ceux qui ont vu le film) et où la marge du joueur est limitée à l’acquisition de nouveaux costumes, de compétences de combats ou de gadgets à l’instar d’une Lara Croft ou tout héro commun de jeux vidéo. Force est de constater que, les super héros sont surclassés par des héros qui n’ont pas de super pouvoirs ou qui les acquièrent aux fils des niveaux ou via des bonus/items trouvés sur leurs chemins. On peut y voir une des raisons majeures pour laquelle les joueurs s’identifient plus facilement aux héros communs et mortels qu’à un Super héro increvable et maladroit. En effet, s’il est difficile de concevoir un Spiderman chutant d’un gratte ciel et perdant ses derniers points de vie au contact du bitume New-Yorkais, c’est certainement moins vrai pour l’héroïne de Mirror Edge plus proche de nous physiquement. C’est un paradoxe culturel, habitués que nous sommes à voir nos Super héros se sortir des plus mauvaises postures avec quelques contusions, et être finalement vainqueur d’un affrontement épique, le doute sur la finalité des combats n’existe pas dans nos esprits. Alors qu’un combat final entre Link et Ganondorf, ou même simplement d’avancer dans Dark Souls II, est certainement plus stressant et épique et nous apporte notre dose d’adrénaline tant recherchée à l’acquisition du jeu.

Ultimate-Spiderman--la-mortC’est cette excitation qui est exempte des jeux de super héros, parce qu’un super héros ne meurt pas (ou exceptionnellement ce qui provoque un cataclysme chez les Fans) et inconsciemment on ne pose aucun affect sur un personnage naturellement résistant aux plus dures épreuves. Depuis Pac-Man, le premier objectif d’un joueur est de ne pas mourir pour avancer dans les niveaux et se développer, et la mort d’un Héro (Snake… Snake… Nooooon !!!) nous affecte directement. Et même si celui ci dispose de super améliorations (ex Mégaman…), l’intégralité des niveaux n’a qu’un seul but, vous faire chuter et afficher Game Over. Ce rapport à la mortalité est donc essentiel pour le joueur et symbolise l’affrontement perpétuel entre le joueur et le jeu, même si les héros régénèrent leurs PV à coups de potions ou naturellement (sic). La philosophie du jeu de Super Héros est différente, vous incarnez un Super Héros et donc vous êtes invincible (ou presque) et l’intégralité des niveaux ne sert qu’à démontrer l’étendue de vos pouvoirs et de vos améliorations.

Un autre point de divergence entre comics et jeux vidéo concerne le scénario et la double identité du super héro. Rarement exploitée dans les jeux vidéo pour donner du corps à l’intrigue, la vie parallèle du super héro est le fondement même de l’attachement aux personnages dans les Comics. Que serait le comics Spiderman sans Peter Parker, Daredevil sans Matt Murdock, Iron man sans Tony Stark.  C’est un bonheur dans Batman Arkham City de commencer le jeu en incarnant Bruce Wayne incarcéré face au Pingouin,  à l’inverse c’est un désespoir que de jouer Peter Parker (ou du moins son appareil photo) dans Ultimate Spiderman. Dans les jeux vidéo, le héro se suffit à lui même pour créer son background, ses part d’ombre, ses forces et faiblesses. C’est un réel plaisir de découvrir le héro au fil du jeu et généralement cela sert d’intrigue principale au scénario, comme dans Bioshock. Assassin Creed est d’ailleurs une licence qui a su exploiter intelligemment la relation entre ses deux héros, les deux histoires avançant parallèlement mais avec des répercussions l’une sur l’autre pour finalement se compléter et donner une envergure rarement atteinte dans un scénario de jeu vidéo. De plus,  c’est une des raisons principale de l’achat des suites d’une licence : découvrir les évolution de son personnages, le voir vieillir, apprendre ce qui s’est passé entre le premier opus et les suivants. Il est intéressant de noter que cette problématique n’affecte pas les adaptations de mangas en jeu vidéo. Que ce soit Naruto ou Dragon Ball, on retrouve en général ce que l’on vient chercher à savoir des combats épiques, ou un mode histoire reprenant fidèlement les points d’intérêts du Mangas mais sans les jouer, ce qui d’une certaine manière évite d’être déçu.

Le scénario et le personnage sont donc essentiel à l’attachement à une licence de jeu vidéo et c’est la volonté des éditeurs de faire vivre leurs personnages (et leurs licences) afin de lier un joueur à un héros et de vendre ainsi un maximum de jeu. On peut même voir dans le découpage des jeux Telltales la volonté de coller au format comics ou séries pour stimuler cet attachement et développer d’épisodes en épisodes le héros (Life is Strange), comme à travers de grandes sagas comme Metal Gear Solid ou Splinter cell. A l’inverse, dans les jeux de Super héros, tout est déjà connu en grande partie. La part de découverte est minime et tout est figé dans le temps. On comprend dès lors mieux que de jeunes joueurs trouvent dans ces jeux un intérêt, n’ayant pas assimilés du fait de leur âge le background de l’univers. Mais c’est certainement moins vrai pour les joueurs plus âgés.

Quand à la violence et le sang, omniprésente dans la majorité des sorties de jeux AAA, autant dire que les jeux de super Héros se cantonne à des PEG 10 ou rated Teen, à l’exception de Deadpool qui a su conserver tout le charme du comics, mais qui est désormais introuvable en magasin. Même en s’associant avec Netherrealm Studios, le figting game DC Infinite : gods among us ne s’autorise pas à déverser ces hectolitres d’hémoglobine qui fond le charme d’un Mortal Kombat.  Bloqué par les chartes morales des licences et sur une cible marketing jeune, les jeux de super héros ont donc bien du mal à rivaliser avec les éditeurs de jeux vidéo qui usent et abusent du gore  pour répondre à l’attente des joueurs.

Et Zorro est arrivéééé…sans se presser éhééééé…

ME0000620593_2Si il y a bien un élément commun à tous les jeux de super Héros, c’est le manque de créativité inhérent au genre de jeu vidéo dans lequel ils évoluent. Oui les Super Héros ont toujours un train de retard quand il s’agit de jeux vidéo, et bien souvent on peut les comparer à de simples plagiats de titres AAA qui ont su imposer un nouveau gameplay ou développer une technologie pour servir un nouveau genre de jeu. Ainsi les annèes 80, marquèrent l’arrivée des premiers jeux Marvel, notamment sur Atari 2600 avec Spiderman qui devait grimper en haut d’un immeuble pour affronter le Gobelin vert (ça me rappelle quelque chose),  ou des plates forme 2D de type Castelvania ou Ghost’n Goblins. Soyons honnête, c’est dans ces années là que ces jeux s’en sont pas mal sortis. L’intérêt principal du jeu étant basé sur l’adresse et la difficulté, le héro importait peu et au contraire il était assez agréable d’incarner les X-Men et d’autres personnages de licence.

1099016818Mais avec l’arrivée des consoles 16 puis 32 bits, et le développement général de l’industrie du jeu, le fossé entre les joueurs et leurs attentes et les licences s’est profondément creusé. Car il faut bien l’avouer, l’objectif d’un jeu de Super héros était principalement de tout casser ou de casser du super vilain, le tout avec un scénario simple et dans l’environnement technologique de l’époque, pour faire comme les autres jeux. Le copier/coller d’une licence sur un genre de jeu a eu une influence relativement néfaste sur les jeux de Super héros. En effet, pourquoi préférer une copie à l’original ? A ce petit jeu, on peut dire que D.C. s’en est mieux sorti que Marvel notamment avec (et encore) Batman et son univers. Le beat’em all l a donc vu passer quasiment toutes les licences sans laisser de traces notables dans les esprits. Et quand les Fighting games de type Tekken ou Street fighter II (1994) sortaient à foison, Marvel nous lancait un X-Men : children of the Atom en 2D cartoonesque piquant les yeux. Que dire sur ces deux jeux, si ce n’est que l’abondance de Combos n’est pas synonyme de qualité, sauf si on apprécie de voir son écran rempli d’effets spectaculaires en tous genres à chaque coup donné.
infinitecrisis-hendrixgdcpresspack002Plus récemment, l’arrivée des Open world et GTA a permis à the Incredible Hulk de tout casser grandeur nature ou à The Amazing Spiderman de se balancer d’immeuble en immeuble (seul intérêt notoire du jeu). Mais le comble, c’est quand même de sortir en 2015 un MMORPG , Marvel Heroes 2015,  graphiquement contestable et au gameplay peu novateur, et ce, 11 ans après World of Warcraft et City of Heroes. Ou de flirter avec les puzzle games comme Marvel Puzzle Quest.  Là encore, DC semble avoir trouvé le bon compromis entre licence et Jeu vidéo, en développant un Moba avec Infinite crisis qui permet enfin au joueur d’incarner un super héros et de gérer ses combats et pouvoirs face à d’autres joueurs, développant ainsi un réel challenge et une synergie d’équipe de super héros, proche de ce que l’on peut lire ou voir dans les comics.

Ce manque d’identité propre capable de sublimer le genre est préjudiciable au jeu de Super héros, et est en relation directe avec le système d’exploitation des licences par les ayants droits.  Il est plus simple ou moins risqué financièrement de négocier avec un éditeur en vogue les droits d’exploitation d’une licence et de contrôler le contenu. On peut y voir une des raisons des échecs relatifs de Marvel dans le jeu vidéo alors que Warner Bros détenant les droits D.C. à les moyens techniques de développer une synergie entre jeux vidéos et films. D’ailleurs alors que Avengers:  Age of Ultron sort ce mercredi, il semblerait que Marvel ait retenu la leçon, compte tenu des critiques peu élogieuses pour les dernières adaptations (Captain America et Thor). Que peut on alors espérer pour nos super héros ? Peut-être que les ayants droits donnent enfin carte blanche à un éditeurs pour développer un jeu original, sans charte morale, bref un jeu mature pouvant être en adéquation avec son public qui à grandi avec les Super Héros et attend autre chose qu’un Rated Teen.

5556883111

Partager