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La Folle journée de Ferris Bueller : un chef-d’oeuvre en Blu-ray

La Folle journée de Ferris Bueller : un chef-d’oeuvre en Blu-ray

Salut les aminches, Plissken au rapport.J’ai acheté cette semaine (à la Fnac des Champs-Elysées, pour info) le Blu-ray de La Folle Journée de Ferris Bueller, de John Hugues, sorti ce mois de mai chez Paramount. J’avais déjà le DVD édité en 2000 et qui, côté bonus, ne contenait qu’un commentaire audio (génial et criblé d’infos) de John Hugues. La sortie du Blu-ray, avec une flopée de suppléments inédits en France (mais hélas sans le comm’ de Hugues) me permet de rendre hommage à ce merveilleux film qui a profondément marqué mes années lycée et m’accompagne encore aujourd’hui dans ma vie d’adulte… oui bon ok, d’adulescent! Alors, voilà…. HOMMAGE !

L’histoire :

Fils d’un couple aisé de la banlieue de Chicago, Ferris Bueller est un adolescent épicurien et frondeur qui, par un radieux après midi de printemps, fait l’école buissonière avec sa petite amie Sloane et son meilleur pote Cameron. Une sortie en ville mûrement planifiée que va tenter de mettre à mal par tous les moyens l’irascible proviseur Ed Rooney, ennemi juré de Ferris.

Pour mieux feindre la maladie, rien de tel qu’un bon synthé

Je n’ai pas vu Ferris Bueller à sa sortie en salles (dans nos contrées, il est sorti le 17 décembre 1986). Le mensuel Starfix, ma bible, avait bien hurlé au chef-d’oeuvre mais, pour je ne sais quelle obscure raison, j’étais passé à côté de ce qui me semblait être une teenage comedy de plus à l’époque. Je n’ai découvert le film que lors de sa diffusion sur Canal +, au début de l’année 1989, celle de mon bac. Ce fut un coup de foudre.

Avec Le père noël est une ordure, Top Secret et les deux premiers Monty Python, je n’avais jamais autant ri devant un film. Mais à la différence des quatre classiques en question, Ferris Bueller, sous ses dehors de feel good movie typiquement eighties, avait ajouté à l’humour une petite pincée d’émotion qui, aujourd’hui encore, fait mouche à chaque nouvelle vision.

Avec ma bande de l’époque, Ferris Bueller est instantanément entré dans le cercle des incontournables de nos soirées vidéo arrosées. Les répliques du film étaient (et sont toujours) une pépinière de private jokes que nous nous échangions avec une pointe de crânerie devant « les autres », ceux qui ne l’avaient pas vu (et ils étaient nombreux dans notre lycée). J’adore La Folle Journée de Ferris Bueller non seulement parce qu’il s’agit d’une immense comédie, mais aussi parce qu’elle est à la base de précieux souvenirs de fous rires avec des amis de toujours. Un film culte ? Affirmatif.

Troisième film important pour l’acteur Matthew Broderick après War Games et Ladyhawke, La Folle Journée de Ferris Bueller marque un tournant fulgurant dans sa carrière, un sommet de popularité qu’il n’atteindra jamais plus par la suite. Même si Broderick continuera de briller à l’écran dans Torch song trilogy, Glory, Disjoncté ou L’Arriviste (où il jouait, ironie du sort, un prof de lycée pathétique), …Ferris Bueller restera le rôle de sa vie. Et en même temps une malédiction pour l’artiste, qui jamais n’a réussi à s’extraire de l’image d’ado facétieux que lui colla le film. Il faut dire que ce dernier, bon succès au box office américain de 1986 (70 millions de dollars de recettes en dollars de l’époque, un beau pactole pour un budget d’à peine six millions…), a marqué au fil des ans et des diffusions télé toute une génération d’ados.

Marque de fabrique du film : Ferris s’adresse au spectateur.

La Folle journée de Ferris Bueller est une version positive du plus sombre Breakfast Club, signé un an plus tôt par John Hugues. Là où, dans Breakfast…, le réalisateur dépiautait les angoisses et frustrations de cinq lycéens coincés ensemble en retenue, il se détend avec Ferris Bueller en orchestrant la « simple » éclate, le temps d’une journée ensoleillée, de trois élèves partis en vadrouille à Chicago tandis que leurs congénères s’emmerdent à mourir en classe. Plus léger en apparence que Breakfast club, Ferris Bueller n’en recèle pas moins de quelques sous-jacences plus tourmentées.

Profondément marqué par ses souvenirs d’adolescence (mais qui ne l’est pas ?), Hugues a de nouveau pioché, comme pour Sixteen Candles (Seize bougies pour Sam en VF) et Breakfast Club, dans ses souvenirs personnels pour composer les personnages et les situations de La Folle Journée de Ferris Bueller. Dans Ferris Bueller, la fin de l’année, donc du lycée, approche pour Ferris, Sloane et Cameron. La peur de la vie adulte et ses nombreuses promesses de désenchantement affleurent durant tout le film, notamment via le personnage de Cameron : un loser hypocondriaque et angoissé, futur dépressif en puissance, bridé par ses parents « qui se détestent » et auquel le spectateur s’identifie davantage qu’au winner arrogant et insouciant Ferris Bueller. Cette « folle journée », les trois fugueurs semblent la vivre comme si c’était la dernière, une ultime parenthèse de bonheur à savourer jusqu’à la dernière seconde avant de rentrer dans le rang et, comme le dit hypocritement Ferris en feignant la maladie au début du film pour tromper ses parents, « avoir de bonnes notes au bac pour réussir dans la vie ».

Sloane, Cameron et Ferris en route pour Chicago…

Mais …Ferris Bueller est avant tout une comédie immensément drôle. Qu’il s’agisse des situations, des personnages (les parents largués de Ferris, sa soeur Jeannie, le proviseur Ed et sa secrétaire Grace…) ou des dialogues, le film fait rire de bon coeur et jamais grassement. L’humour y prend des formes très diverses – cartoonesque (une leçon que retiendra plus tard la série culte Parker Lewis), absurde, verbal (les répliques sentencieuses de Ed Rooney sont à pleurer de rire)… On n’est clairement pas dans la vulgarité pipicaca des Farelly ou Judd Apatow…

La virtuosité de l’humour Buellerien passe aussi par la qualité cinq étoiles du casting, dirigé avec brio par un John Hugues qui a su extraire de tous un vertigineux potentiel comique. Matthew Broderick est hallucinant de panache, de fougue et de rouerie, Jeffrey Jones joue à la perfection intersidérale son proviseur obsessionnel et que dire des acteurs incarnant les parents largués de Ferris ? Mention spéciale, inévitable, au génial Ben Stein, alias l’inénarrable et soporifique prof d’économie dont les monocordes « Bueller ?… Bueller ?… » et « Anyone ?…. Anyone ?… » resteront gravés à jamais parmi les moments les plus drôles de l’histoire du cinéma.

Jeffrey Jones, inoubliable dans le rôle du proviseur Ed Rooney

La mise en scène

La mise en scène de John Hugues n’est pas en reste : il voulait magnifier sa ville natale de Chicago, c’est réussi ! Dans un superbe cinémascope 2.35, les plans aériens des gratte ciels (au son du trépidant « Beat City » des Flowerpot men) sont toujours aussi somptueux. Expérience ludique permanente, Ferris Bueller se permet des audaces formelles rares en 1986 : le héros s’adresse aux spectateurs ; des bruitages étranges, gags sonores et clins d’oeils musicaux accompagnent souvent l’image (au hasard : l’envolée au ralenti de la Ferrari piquée par les garagistes au son de Star Wars) ; la comédie musicale s’invite subtilement via l’extraordinaire scène de la parade finale dans les rue de Chicago où Ferris pique le micro pour un playback jubilatoire de Danke Schoen puis d’un mémorable Twist and Shout. Une séquence littéralement aphrodisiaque, en état de grâce et qui ne vous donne qu’une envie : sauter dans l’écran pour danser et chanter parmi la foule.

On rit donc beaucoup dans Ferris Bueller. Mais un instant, l’émotion surgit sans prévenir, lors de la visite d’un musée par Ferris et ses deux amis. Au son d’un joli morceau instrumental (« Please, please, please, let me get what I want » de The Dream academy), Hugues montre le couple Ferris/Sloane en pleine pause romantique, tandis que Cameron, seul, reste pétrifié devant la beauté d’un tableau de Seurat dans lequel la caméra plonge jusqu’à la texture. L’alternance des plans entre le visage de Cameron et le tableau, couplé à la musique, nous fait partager littéralement les sensations du jeune homme et sa mélancolie. Les larmes ne sont pas loin.

L’humour reprend ses droits pour la dernière ligne droite (et un autre morceau de bravoure dans un film qui les accumule) : une mémorable course contre la montre de Ferris, cavalant à travers son quartier, pour regagner son lit avant l’arrivée de ses parents. Là encore, Hugues multiplie les idées de mise en scène ludiques : la caméra suit en plan séquence Broderick traversant maisons et jardins, tel un feu follet, mettant à profit les obstacles sur sa route comme dans un jeu vidéo. Le montage alterné nous montre en parallèle les voitures de maman Bueller et papa Bueller (complètement à la masse et drôlissime) converger chacune vers le domicile familial que Ferris doit regagner coûte que coûte.

Comme tout au long du film, le choix du morceau pour illustrer la séquence (l’instrumental ska « March of the swivelheads » du groupe The Beat) s’avère succulent, parfaitement adapté à la dinguerie et la frénésie de la scène. Il faut saluer plus généralement le choix judicieux par John Hugues des titres entendus dans le film, pointus et plutôt anglais underground plutôt que du gros son américain. Une touche de plus à l’actif de l’atypisme de ce film décidément brillant.

Enfin, la séquence post générique de fin, où Ferris, plus méprisant que jamais, nous demande de déguerpir parce que le film est fini était aussi à l’époque, si je ne m’abuse, du jamais vu au cinéma…. ou alors rarissime.

Le film a bien quelques défauts de cuirasse ici et là, mais franchement mineurs au regard du reste.

 

Ferris Bueller embrase un défilé : une scène filmée en plein milieu d’une vraie parade à Chicago

Les suppléments du Blu-ray, tournés en 2005 (figuraient-ils donc déjà sur une édition américaine antérieure ? Je n’en sais rien), regorgent d’anecdotes dont certaines étaient déjà présentes via le commentaire audio de Hugues sur le DVD sorti en 2000.

On a l’immense plaisir d’y retrouver presque tous les comédiens – exceptée la délicieuse Mia Sara – revenir sur leur rôle. Et la vision de ces bonus met en relief une autre qualité du film : le soin que John Hugues apportait à ses seconds rôles. Ainsi, à côté de Matthew Broderick (putain Matt, comment t’as gonflé depuis 86 !), Alan Ruck et Jeffrey Jones, viennent également témoigner Edie McClurg (alias Grace, l’assistante de Rooney), Cindy Pickett et Lyman Ward

(les parents de Ferris, qui se sont marié dans la vraie vie après le tournage !), Jonathan Schmock (alias le maître d’hôtel hautain du restaurant Chez Quis) et même Richard Edson, alias le garagiste filou qui emprunte la Ferrari de Cameron avec son collègue pour une virée express. Et même aussi Kristy Swanson (alias la blonde Simone qui explique au prof d’éco pourquoi selon elle Ferris est absent) y va de son anecdote !

Leurs témoignages, ainsi que ceux des deux directrices de casting, au fil des deux suppléments sur le casting et le tournage vous régaleront de mille infos sur les coulisses de la production. On apprend entre autres que le rôle de Ferris Bueller faillit échoir à John Cusack, que celui de Cameron fut refusé par Anthony Michael Hall puis Emilio Estevez ou encore qu’Alan Ruck et Matthew Broderick se connaissaient bien pour avoir joué ensemble Biloxi Blues à Broadway…

Cerise sur le gâteau : l’hilarant supplément « Le monde selon Ben Stein » où l’interprète du prof d’économie explique comment, vingt ans après Ferris Bueller…, on continue à lui donner du « Bueller ?… Bueller…? » partout où les gens le reconnaissent. Et il adore ça le bougre ! Ce véritable économiste de formation, ancien auteur des discours de Nixon et Ford, ex collaborateur du Wall Street Journal et du New York Times nous explique que son fameux monologue, dans le film, sur la Grande Dépression fut entièrement improvisé le jour du tournage, comme si il faisait un véritable cours ! Et que des années plus tard, Kurt Cobain croisé dans un ascenseur lui sortira « Bueller, Bueller… », tout comme George W Bush lors d’une réception à la Maison Blanche !! « Je me suis autant amusé en tournant cette unique scène qu’en écrivant le discours de fin de mandat de Richard Nixon ! » conclut, hilare, ce drôle de bonhomme qui s’amuse toujours autant de la situation. Un supplément indispensable pour les fans du film.

 

Au final, La Folle journée… s’avère une oeuvre majeure du cinéma, précieuse dans le coeur de geeks pour la richesse de ses références à leur culture. Et un film qui, 23 ans après sa sortie, n’a quasiment pas pris une ride. Une sitcom éphémère et inédite en France (« Ferris Bueller« , avec Jennifer Aniston dans le rôle de Jeannie Bueller !) et un projet de suite jamais abouti n’eurent heureusement pas l’occasion d’en ternir la mémoire.

La Folle journée de Ferris Bueller, de John Hugues (1986) Avec : Matthew Broderick, Alan Ruck, Jennifer Grey, Jeffrey Jones… (Paramount)

Un après-midi au musée… la parenthèse émouvante du film

La scène mémorable du cameo de Charlie Sheen.

Ben Stein, alias le prof d’éco… « Anyone ?… »

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DVD français « La Folle journée de Ferris Bueller »

End of transmission…
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