La Führer de vivre (Wolfenstein: The Old Blood)

La Führer de vivre (Wolfenstein: The Old Blood)

Note de l'auteur

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16681789686_9ebf4671f9_bIl y a tout juste un an, Bethesda nous gratifiait d’un plutôt chouette reboot de Castle Wolfenstein développé par MachineGames, Wolfenstein The New Order. Le jeu vous mettait dans la peau du fidèle BJ Blazkowicz, soldat américain qui se retrouve dans le coma pendant la seconde Guerre Mondiale après l’attaque d’un château nazi et la perte d’un de ses équipiers. Suite à ça, « Blazco » se réveille dans un asile en 1960 : les nazis ont gagné la guerre et ont finalement envahi le monde. On devait donc rejoindre la résistance pour botter le cul de ces allemands et rendre au monde ses couleurs d’antan. Mélange de narration poussée (influencé par Half-Life 2) et de plaisir bourrin digne des vieux FPS, New Order avait su tirer son épingle du jeu grâce à une réalisation technique plutôt chouette, un gameplay mélangeant infiltration et action assez réussi et un gros délire utopiste qui passait par une relecture du mythe nazi à la sauce mechas, avec tout ce que ça comporte de trips musicaux où plusieurs tubes célèbres sont repris à la sauce SS (écouter House of the Rising Sun version bavaroise est du pain béni pour les oreilles). Le jeu avait toutefois pas mal de maladresses, notamment dans son approche narrative qui mélangeait des moments dramatiques étonnants avec un gameplay complètement crétin où on pouvait gagner de la vie en mangeant des croquettes pour chien tout en éradiquant du nazi à la pelle. The Old Blood reprend finalement toute la structure de son aîné, à travers un add-on racontant ce qui se passe juste avant le début de l’aventure originale.

L’histoire se passe donc quelques temps avant la fameuse attaque qui fera atterrir BJ dans l’asile. On se retrouve en pleine mission secrète accompagné d’un équipier (qui ne servira à rien, même en terme d’enjeux dramatiques) afin d’infiltrer le fameux château Wolfenstein. Évidemment, la discrétion sera de courte durée puisque BJ se fera vite capturer et doit s’enfuir en explosant le maximum de nazis au passage. Petite précision : Old Blood est un stand-alone, il n’y a donc pas besoin du jeu original pour y jouer. Le gameplay est toujours aussi simple : reprenant les bases des vieux FPS, votre personnage pourra récupérer toutes les armes tombées des ennemis morts, et un peu partout de la vie et de l’armure, qui pourront même être surchargées. Les compétences que l’on pouvait débloquer en remplissant certains défis (dégommer 20 mecs discrètement par exemple) sont toujours là, mais bizarrement, elles sont plus longues à récupérer et aussi moins efficaces. On possède la compétence akimbo dès le début (possibilité d’utiliser deux flingues à la fois, utilisable sur toutes les armes) et la plupart des autres compétences ne sont pas vraiment utiles par rapport aux situations proposées. Le jeu propose huit chapitres, eux-même regroupés dans deux parties bien distinctes. Je spoile légèrement, mais après avoir quitté le château au bout du quatrième chapitre, le reste du jeu prendra place dans un petit village allemand. Les ambiances sont charmantes, la réalisation toujours aussi chouette sans être transcendante. Du point de vue technique, Old Blood continue le chemin tout tracé par son aîné. Malheureusement, c’est sur la structure du jeu que le bât blesse violemment.

wolfenstein-the-old-blood-topLà où New Order réussissait (à de rares exceptions près) à rythmer son aventure de manière efficace, en mélangeant les moments d’infiltration avec l’action sans pour autant obliger le joueur à choisir telle ou telle méthode, Old Blood propose une aventure en dents de scie. Et ça commence dès le début, en s’échappant de la prison. Pendant une bonne trentaine de minutes, le jeu nous force à la jouer infiltration en nous mettant en position de faiblesse (aucune arme mis à part l’espèce de couteau-tuyau) pour recréer un schéma d’attaque sur des robots-nazis à l’infini. En gros, il faut arriver derrière eux sans se faire voir, désactiver le générateur, foncer sur le bonhomme et l’éclater à coups de tuyaux dans le thorax. Et il faut reproduire cela une bonne quinzaine de fois ! Volonté de rallonger la sauce en étirant une mécanique de gameplay inintéressante ? Fort possible. Toujours est-il que commencer l’aventure comme ça est loin d’être enthousiasmant. Et malheureusement, le jeu se permet de refaire l’erreur à plusieurs reprises, comme dans la seconde partie de l’add-on où, par une mystérieuse et étrange malédiction, les nazis se retrouvent transformés en zombies (sérieux, encore des zombies ??). Au lieu de proposer un gameplay basé sur des grosses vagues d’ennemis et d’en profiter pour balancer du fun avec de la chair à canon, Old Blood fait des zombies des créatures aussi résistantes à trouer que des ennemis normaux, tout en leur donnant la possibilité de sprinter sur vous sans comprendre pourquoi. Et alors que MachineGames avait déjà fait l’erreur dans son premier jeu, voici qu’il réitère dans cet add-on le passage presque toujours foireux des FPS AAA : les phases en véhicules. BJ pourra grimper dans une sorte de robot géant pour écraser à cœur joie les zombies. Je ne sais pas à qui ce genre de phases peut plaire, mais c’est horriblement lent, chiant et à contre-sens total de ce que le jeu doit proposer en terme de fun et dynamisme.

wolfenstein-the-old-blood-screenshot-02_1080.0Je serais mauvaise foi si je disais que le jeu est totalement mauvais. Au contraire, j’y ai pris du plaisir sur pas mal de passages, lorsque le jeu laisse tomber ses tentatives de variété pour se concentrer sur ce qu’il fait de mieux : de l’élagage de nazis et du shoot nerveux et fendard. J’ai toujours un souci avec ces saletés de grenades qui sont absolument inefficaces, mais le reste marche diablement bien, il faut le reconnaître. Le level design est souvent propice aux contournements, même si les chemins possibles sont souvent ultra-balisés (à coups de grimpettes sur les murs). Et MachineGames continue aussi dans son approche du game design narratif où on vit vraiment les aventures du héros plutôt que d’être spectateur comme dans bon nombre de productions. Que ce soit le passage en téléphérique, la traversée d’un pont à coups de lance-grenades ou l’exploration de catacombes glauques à souhait, l’atmosphère des niveaux et le plaisir simple du jeu font que Old Blood n’est pas tout foiré, bien heureusement. C’est la force de leur inspiration d’Half-Life 2 : avoir compris qu’un jeu à tendance narrative se raconte aussi par les actions du joueur et la volonté de ne pas découper les niveaux avec un début et une fin mais bien de poursuivre une progression intelligente en ayant la sensation de vivre une vraie aventure. Certes, ce n’est pas du niveau d’Half-Life 2 en terme de maîtrise, mais les intentions sont là et fonctionnent dans l’ensemble. Il faut ajouter quelques nouveautés rigolotes comme le lance-grenades bien efficace et toujours cette propension à planquer des secrets un peu partout. Et si vous êtes friands des productions Bethesda, faites attention aux nombreux Easter eggs présents dans le jeu avec des références à Quake, Skyrim ou encore Fallout.

Wolfenstein: The Old Blood n’est pas un mauvais jeu, mais bizarrement, il ne réussit pas à reproduire la petite surprise qu’était The New Order, la faute à des passages bien bien lourds et totalement incompréhensibles, dans l’espoir probable de rallonger la sauce sur la durée de vie (que j’estime à 4-5 heures). Il faut aussi ajouter des missions annexes qui vous transposent dans des niveaux identiques à ceux des tout premiers Wolfenstein, avec le gameplay qui va avec. Là où New Order ne proposait qu’un seul et court niveau pour rendre un petit hommage rigolo, force est de constater que le jeu original a bien vieilli et que la longueur absurde de ces nouveaux niveaux et la musique irritable au possible m’ont convaincu de n’en faire qu’un seul sur les huit proposés. Fort heureusement, le reste du jeu propose un gameplay dynamique et fun, qui réussit dans ses meilleurs moments à mélanger une jolie réalisation technique avec une narration au diapason, même si le décalage entre le sérieux de certaines scènes et la barbarie gratuite des phases de jeu est toujours aussi étrange et bizarre.

Wolfenstein: The Old Blood
Développé par MachineGames
Edité par Bethesda
Prix: 20 euros

 

 

 


Wolfenstein : Old Blood – Trailer de lancement par play3-live

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