La Ligue des gentlemen extraordinaires, d’Alan Moore et Kevin O’Neill

La Ligue des gentlemen extraordinaires, d’Alan Moore et Kevin O’Neill

Note de l'auteur

Voilà l’expression typique du génie d’Alan Moore, qui brasse les personnages-clés du patrimoine culturel et les fait s’entrechoquer dans son cyclotron mental. Et comme Watchmen avec Dave Gibbons et From Hell avec Eddie Campbell notamment, il est ici servi comme un roi par le dessin de Kevin O’Neill.

L’histoire : L’agent secret britannique Campion Bond place Mina Murray à la tête d’une équipe de choc, composée du capitaine Nemo, de l’aventurier Allan Quatermain, du Dr Jekyll et de l’Homme invisible. Objectif : défendre le pays de Sa Gracieuse Majesté contre les terribles menaces qui planent sur lui.

Mon avis : Brillantissime, comme souvent chez Alan Moore. La Ligue des gentlemen extraordinaires est d’une érudition époustouflante, regorgeant de clins d’œil, de petits détails évoquant des œuvres du passé, d’éléments éparpillés à côté desquels on peut parfaitement passer (et, en toute honnêteté, c’est probablement le cas pour beaucoup d’entre eux). Pas de souci, car Moore tient fermement les rênes de son récit.

L’époque victorienne est rendue dans toute sa magie et toute sa grisaille, ses promesses et ses dangers, ses aventures rocambolesques et son obscénité absolue. Adoptant un rythme parfaitement feuilletonnesque, Moore déploie son récit comme un éventail aux mille couleurs, aux sons les plus divers, mêlant fantastique et science-fiction, aventure et horreur, violence brute et raffinement extrême.

Le dessinateur Kevin O’Neill n’est pas en reste. Voyez comme il revisite le double personnage du Dr Jekyll et de Mr Hyde. D’un côté, un homme faible, malade ; de l’autre, une bête féroce, surhumaine, un géant monstrueux. Et pourtant, même ceci n’est pas aussi simple. Car il fut une époque où Jekyll était une force de la nature, et Hyde un gringalet. Mais voilà, les choses changent, et parfois la créature vampirise son créateur…

Voyez aussi dans quelles circonstances ils font la connaissance de Hawley Griffin, alias l’Homme invisible : un cocktail parfait de magie scientifique et de graveleux total – l’épisode jette une lumière neuve sur le concept d’immaculée conception. Tout est à l’avenant, Moore et O’Neill alternant les pleines pages étouffantes et les enchaînements de cases endiablés, s’amusant à perdre le lecteur en le noyant de références, et à le récupérer in extremis par une pirouette hors du commun.

Ajoutez à cela des récits complémentaires, cette fois publiés sous une forme de roman-feuilleton illustré par O’Neill, et qui prolongent à merveille la narration principale – un peu comme les histoires de pirates Tales of the Black Freighter dans Watchmen, mais utilisant ici les personnages mêmes du livre, Allan Quatermain notamment. On a même droit à des pages de jeux et d’informations diverses, ainsi qu’à un passage en martien non sous-titré…

Cette « intégrale » compile les deux premiers volumes de la Ligue, donc hors The Black Dossier, les volumes Century et la trilogie Nemo. Indispensable, que l’on soit fan de Moore ou non. En revanche, vous pouvez oublier l’adaptation au cinéma, avec Sean Connery dans le rôle d’Allan Quatermain. Pauvre Sean ! Il n’avait pas besoin de ça… tout comme Alan Moore, qui a toujours craché son venin (et avec quelle raison !) sur les adaptations cinématographiques de ses textes.

Si vous aimez : La Brigade chimérique, de Serge Lehman et Fabrice Colin, sorte de pendant/réponse française à la Ligue de Moore et O’Neill. Les deux se complètent à merveille.

En accompagnement : La BO de Young Sherlock Holmes (Le Mystère de la pyramide en VF), film racontant la jeunesse (et la première affaire d’envergure) de Sherlock Holmes durant l’époque victorienne, sorti en 1985.

La Ligue des gentlemen extraordinaires
Écrit par Alan Moore
Dessiné par Kevin O’Neill
Édité par Panini Comics

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