La Perfection du crime : un thriller single malt

La Perfection du crime : un thriller single malt

Note de l'auteur

Il y a du Thomas Harris dans ce premier thriller publié d’Helen Fields. Du Francis Dolarhyde (Dragon rouge) et du Jame Gumb (Le Silence des agneaux) dans le personnage de Reginald King, qui enlève de jeunes femmes et en tue certaines. Un coup d’essai plutôt réussi, qui demande à être confirmé.

Le livre : Le corps d’Elaine Buxton se consume dans un gîte de randonnée, perdu dans les Highlands. Au même moment, Elaine Buxton se retrouve attachée dans une cave d’Edimbourg. Doubles et faux-semblants se multiplient tandis que Luc Callanach, ex-Interpol et inspecteur fraîchement débarqué en Écosse, prend ses marques en tombant d’emblée sur une affaire de serial killer.

Mon avis : Plutôt bien ficelée, cette Perfection du crime reste plaisante à lire de bout en bout. Bon, difficile d’affirmer qu’Helen Fields renouvelle le genre, car ce n’est clairement pas le cas. Ce n’est sans doute pas son propos, d’ailleurs. Et si l’on devait ne s’attarder que sur les livres qui changent le monde, on aurait plus de temps pour faire la vaisselle.

Je vois plus, dans ce premier thriller de l’écrivaine britannique, une variation sur la petite musique de Thomas Harris, celui de Dragon Rouge et du Silence des agneaux. Du premier, on retient l’image de Francis Dolarhyde, cet homme en souffrance, marqué par un physique désavantageux, plein de ressentiment et de colère. Du second, cette façon qu’a un tueur de ne pas être tueur par principe. Comme disait le Dr Lecter en interrogeant Clarice Starling (dans le film de Jonathan Demme) : que fait-il, cet homme qu’elle recherche ? Il tue des femmes ? Non, ceci n’est qu’une conséquence. Il convoite. Et l’on convoite d’abord ce que l’on voit jour après jour.

Légèrement bedonnant et chauve, Reginald King convoite. Il veut la reconnaissance d’une situation sociale et professionnelle qu’on lui refuse (son poste à la fac d’Edimbourg ne lui permet pas en principe d’être appelé « docteur » ? Il fait reconnaître son travail publié par une université en ligne, ce pour quoi il est moqué par ses collègues). Il veut une compagne aimante et à laquelle il serait intellectuellement supérieur ; il veut une femme dominée, domptée. Et idéalement, sa supérieure hiérarchique qui ne l’apprécie pas ; au contraire, elle le méprise. Alors, King va enlever de jeunes femmes pour les « convaincre » de vivre avec lui. Plutôt des femelles alpha, d’ailleurs, seules dignes de lui.

Plutôt que de tenter de se fabriquer une « veste avec des nichons » comme le Jame Gumb du Silence des agneaux, il enlève et tue dans le cadre d’un plan très précis. Pour l’identifier et le capturer, on suit l’inspecteur Luc Callanach, pas précisément le personnage le plus intéressant du lot. Reste à voir s’il s’étoffe avec les romans suivants (non encore traduits en français).

Descente à la cave, femmes retenues prisonnières, profileur… La police d’Edimbourg remplace le FBI, et quelques autres cartes sont rebattues, mais on sent ici toute l’influence que le roman-culte de Thomas Harris a pu exercer sur l’écriture de La Perfection du crime (Perfect Remains en VO).

Helen Sarah Fields

Restent aussi quelques éléments plus discrets mais qui dénotent une certaine qualité d’écriture. Par exemple, le motif de « l’effet Pygmalion », autrement dit de la prophétie autoréalisatrice utilisé à la fois pour le profileur (le professeur… Harris !) qui impose son aplomb et sa médiocrité à la police d’Edimbourg, et pour le tueur lui-même. Façon de dire tout en finesse que, parfois, le chasseur et sa proie peuvent souffrir des mêmes vices.

L’auteur : Intéressant parcours que celui d’Helen Sarah Fields. D’abord intéressée par le théâtre et le chant, elle opte pour une carrière dans le droit. Après la naissance de son second enfant, elle quitte la robe et monte avec son mari Wailing Banshee, une petite boîte de production de films. Elle se teste en écrivant et autopubliant deux romans de fantasy, avant de se tourner vers le monde de l’édition plus « classique » pour ses romans policiers mettant en scène le personnage de l’inspecteur franco-écossais Luc Callanach.

L’extrait : « La femme avait lâché prise plus facilement qu’il ne se l’était imaginé. À sa place, il aurait lutté jusqu’au bout, aurait consacré chaque once de colère et de bile à résister. Elle avait plaidé, supplié, et à la fin elle avait pleuré, sans grande conviction, puis braillé. La vie ne valait rien, se dit-il, parce que le commun des mortels échouait à en saisir la valeur. Il comprenait. Lui-même s’obligeait constamment à repousser ses limites, aspirait à apprendre, à se surpasser. Il brûlait d’une soif de connaissance comme d’autres étaient follement attirés par l’argent. Dans ces conditions, se trouver une égale était compliqué. Raison pour laquelle il avait été contraint de tuer. Si elle n’avait pas été sacrifiée, il aurait été à tout jamais entouré de femmes incapables de satisfaire son intellect. »

La Perfection du crime
Écrit par Helen Fields
Édité par Marabout

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