La petite musique de Mary Poppins

La petite musique de Mary Poppins

Rares sont les bandes originales plus iconiques que celle de Mary Poppins… ou Mary Poppins revient ! Sequel coloré du grand classique de Disney, il fait également la part belle à la musique pour le plus grand plaisir des petits comme des grands. Qui mieux que le réalisateur Rob Marshall et l’acteur Lin-Manuel Miranda pour vous en dévoiler tous les secrets ?

Selon vous, qu’est-ce qui fait de Mary Poppins un film si iconique ?

Rob Marshall : C’est difficile à dire. C’est le tout premier film que j’ai vu… Il fait partie de moi ! Il fait partie de chacun d’entre nous ! C’est pour ça que j’ai demandé à Mark Shaiman et Scott Wittman de composer la musique de Mary Poppins revient. Je savais que l’original comptait autant pour eux que pour moi. Notre objectif était de capturer l’esprit de ce dernier tant dans le ton que dans la musique, et l’insuffler à notre film. On voulait rendre hommage à ce magnifique premier film, mais aussi créer quelque chose de nouveau avec soin et amour.

N’avez-vous pas été tentés de composer des chansons plus pop pour avoir plus de succès ?

Lin-Manuel Miranda : On redoutait tous un remake dubstep trap de Mary Poppins ! (rires) Ce qui est malin c’est d’avoir situé l’action de ce second film vingt-cinq ans après les événements qui se sont déroulé dans le premier. En situant Mary Poppins revient dans les années 30, ça permet de se frotter au swing et au jazz tout en restant dans l’esprit du premier film.

Lin-Manuel étant également compositeur, s’est-il impliqué dans la création de Mary Poppins ?

R. M. : Quand j’ai casté Lin, j’ai casté l’acteur pas le compositeur. Je sais qu’il écrit des textes merveilleux, mais il les joue tout aussi bien. Il a énormément de respect pour les auteurs, en particulier Mark et Scott. Ils écrivaient des textes sur-mesure spécialement pour lui.

L.-M. M. : Tous les compositeurs – j’ai encore du mal à réaliser que je peux m’appeler ainsi – ont un profond respect les uns pour les autres. Composer est si personnel… Je serais incapable d’écrire Hairspray même si je le voulais. Il en va de même pour Mark et Hamilton. Tout le bonheur de la composition est dans la collaboration. Que je crée un vêtement ou que je l’essaye, je sais où est ma place. C’était un plaisir de travailler avec ces merveilleux compositeurs et de porter leurs créations.

Vous n’avez pas pu vous empêcher de rapper…

L.-M M. : Vous me connaissez, quand je peux caser du rap quelque part… C’est ma mission en tant que compositeur : faire comprendre aux gens que le hip hop est un genre de musique tout aussi valable que les autres pour raconter une histoire. Même le rap dans Mary Poppins revient est une lettre d’amour au premier film, car Dick Van Dyke rappait dans A Jolly Holiday. Personne ne s’en souvient parce que ça se passe juste après la scène avec les pingouins.

R. M. : Vous appelez ça un rap, mais Gilbert et Sullivan chantaient déjà de cette manière au début du siècle dernier !

Ne craignez-vous pas qu’à force de rendre hommage au premier film, on ne puisse s’empêcher de comparer les deux ? Était-il nécessaire de conserver la même structure ?

R. M. : Je suis mon propre baromètre. Disons que je n’étais pas impliqué dans Mary Poppins revient… Il y a certains éléments du premier film que je m’attendrais à retrouver en allant au cinéma. Je m’attendrais à une séquence animée, par exemple. C’est dans l’ADN de Mary Poppins. C’est pour ça que j’ai réalisé un grand numéro très sportif… Ça fait partie des éléments du premier film qu’on s’attend à retrouver dans une suite. Si l’on n’avait pas conservé cette structure, les gens se seraient sentis floués.

L.-M. M. : J’ai passé énormément de temps devant ma télévision à essayer de reproduire la danse des pingouins, mais je n’avais pas réalisé à quel point Mary Poppins faisait partie de mon ADN avant de voir ce que Rob en avait fait. Il a bien sûr recréé Cherry Tree Lane, mais ce qui m’a ému aux larmes, c’est le cerf-volant. Rob l’a recréé à l’identique, jusqu’à l’écharpe « Vote for Women » que portait la mère dans le premier film.

Combien de temps cela vous a-t-il pris pour composer la bande originale de Mary Poppins revient ?

R. M. : On a commencé à travailler sur le film au printemps 2015. On a ensuite engagé Mark et Scott pour transposer le scénario en chansons. C’était une étape très difficile car ça devait couler de source. Le but c’est qu’une chanson soit intégrée à l’histoire et qu’on ne se rende pas compte qu’un personnage commence à chanter. Ça a pris trois ans. Le casting est ensuite venu répéter à Londres et on a ajusté les chansons à leurs tessitures.

Mary Poppins_Paris

Les acteurs chantaient-ils sur le plateau ou tout était-il pré-enregistré ?

R. M. : Une fois les répétitions terminées, on a pré-enregistré chaque chanson. Ça ne peut que se faire dans cet ordre car il faut savoir exactement ce que la chanson doit exprimer. Le casting a néanmoins beaucoup chanté sur le plateau. Le plus important, c’est que l’on ne remarque pas la différence entre les lives et les pré-enregistrements. Tout doit sembler naturel !

Richard Sherman est crédité au générique comme consultant. Pouvez-vous nous en dire plus ?

R. M. : J’aurais aimé pouvoir inscrire pompon girl, parce que c’est ce qu’il était. Mark et Scott écrivaient de magnifiques chansons, et quand ils considéraient avoir terminé ils lui soumettaient. À chaque fois, il les validait. Les chansons qu’il a composées avec son frère ont une telle importance pour nous que son approbation nous touchait beaucoup.

Ne vous êtes-vous pas inspirés des frères Sherman pour composer Hamilton, Lin-Manuel ?

L.-M. M. : Je leur ai piqué un petit truc que le film Dans l’ombre de Mary souligne très bien. Je leur ai piqué le fait d’écrire une mélodie opposée au sens des paroles. Quand Mary Poppins chante « medicine go down », sa voix monte. Idem pour mon roi George III. Quand il chante “oceans rises, empires fall”, sa voix baisse sur “rise” et monte sur “fall”.

Propos recueillis dans le cadre d’une table ronde organisée à l’ambassade du Royaume-Uni.
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