La Petite Rubrique des horreurs : The House of the Devil

La Petite Rubrique des horreurs : The House of the Devil

Avant de nous replonger prochainement dans des univers plus radicaux et sanglants, laissez-moi encore une fois vous parler d’un film misant davantage sur la confection minutieuse d’une atmosphère morbide que sur l’étalage de bidoche débitée au kilo (ce qui, au demeurant, est tout aussi appréciable, soyons clairs). Non loin de l’univers de La sentinelle des maudits que je vous présentais début décembre, cette « Maison du diable » réalisée en 2009 par le jeune Ti West aurait légitimement sa place dans les rayons poussiéreux d’un vidéoclub des années 80, tant elle emprunte aux classiques de l’époque. Ultra-référencée, invoquant aussi bien Polanski que Carpenter, Bob Clark ou Fred Walton, The House of the Devil construit soigneusement sa lugubre maison de poupées avant d’en éclabousser les murs lors d’un final ahurissant qui saura rassasier les fans d’horreur les plus patients.

Samantha, étudiante sans le sous cherche désespérément une source de revenus et accepte la proposition de babysiting d’un vieux couple devant s’absenter afin d’assister à une éclipse lunaire rarissime ayant lieu tard dans la nuit (rien de suspect jusque-là me direz-vous…). Alors qu’elle arrive dans leur immense et macabre manoir, les événements étranges s’enchaînent et la jeune fille se trouve prisonnière de cette demeure cachant un lourd secret.

Dés les premières minutes de The House of the Devil, le ton est donné : tournage en 16mm, contre-plongées accentuées, surimpression de crédits en typographies old-school sur des arrêts sur image, musiques synthétiques citant ouvertement Alan Howarth… Ti West ne cherche manifestement pas seulement à rendre hommage ou à parodier le cinéma de genre des années 70/80 mais plutôt à faire de son film un pur produit de l’époque, telle une pépite oubliée qui aurait refait surface en 2009. En ce sens, la direction artistique du film signée Jade Healy est parfaitement cohérente. Des accessoires aux coiffures en passant par les costumes, chaque élément du « production design » semble soigneusement sélectionné pour recréer la pâte visuelle des productions de cette période.

Ce choix de situer l’intrigue du film dans les années 80 est judicieux à plus d’un titre. Bien entendu, cela dénote avant tout un certain fétichisme de cet âge d’or du film d’horreur, propre à toute une génération bercée par les chefs d’œuvre ayant vu le jour durant le règne de la VHS. Mais ce côté retro n’est pas seulement un artifice de façade, il permet aussi au scénario d’utiliser comme toile de fond la “panique satanique” (Satanic Panic) ayant défrayé la chronique aux États-Unis à l’époque. En effet, les médias s’intéressent alors de près aux activités criminelles de l’Église de Satan, aux “SRA” (Satanic ritual abuse) de plus en plus fréquents, et ce phénomène terrifie logiquement l’opinion public.

C’est dans ce traumatisme collectif, qui marque sans aucun doute son enfance, que Ti West puise son inspiration. Pas étonnant alors que la mise en place de l’intrigue de The House of the Devil soit très longue et méticuleuse. Car ce qui compte ici est de créer une véritable empathie pour le personnage de Samantha (dont la ressemblance avec Jessica Harper dans Suspiria n’est évidemment pas due au hasard), en construisant un environnement crédible et détaillé de manière à rendre le dernier tiers du film beaucoup plus efficace. Ainsi, une remarquable tension narrative s’installe progressivement tout au long du métrage et structure le récit pour créer d’abord un suspense à retardement jouant sur la curiosité du spectateur, puis une sorte de libération cathartique brutale concluant avec force le métrage.

The House of the Devil n’est pas un film à effets et ne tombe que rarement dans l’excès de violence graphique. C’est avant tout une expérience immersive au rythme lent à l’ancienne qui peut rebuter par son approche tranchant radicalement avec les standards modernes du genre. Thriller occulte présentant volontairement une intrigue schématique afin de laisser à ses personnages l’espace suffisant pour exister et s’exprimer, ce film est un beau terrain de jeu pour le talent de Jocelin Donahue, Tom Noonan et l’excellente Greta Gerwig. La plupart des personnages ne possèdent d’ailleurs que peu d’antécédents scénaristiques, de “back story” étoffant artificiellement leur identité. Au contraire, Ti West laisse intelligemment à ses acteurs le soin de composer leur rôle afin de leur donner une certaine épaisseur et rendre les protagonistes intéressants en eux-mêmes. Une sage décision conférant au film un relief et une “humanité” manquant à bon nombre de productions horrifiques contemporaines.

Beau, subtil et appliqué, The House of the Devil ne plaira cependant pas à tout le monde tant il exige un certain investissement affectif de la part du spectateur pour fonctionner à plein régime. En effet, il fait partie de ces films d’ambiance, fragiles mécaniques plus aptes à distiller la terreur qu’à faire éclater l’horreur. Une certaine veine désuète du genre en somme, à laquelle Ti West fait honneur en construisant cette classieuse maison hantée toujours consciente de son héritage mais jamais nostalgique. Malheureusement, le réalisateur n’est pas parvenu ces dernières années à reproduire cette équation avec son laborieux The Innkeepers ou ses piteuses participations aux anthologies V/H/S et The ABCs of Death. Mais les premières critiques dithyrambiques de son dernier long The Sacrament laissent présager un retour fracassant vers l’horreur occulte.

The House of the Devil, de Ti West (2009). Disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Vidéo

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