• Home »
  • SÉRIES »
  • La Planète des singes la série, ou les Starsky et Hutch de l’ère simienne
La Planète des singes la série, ou les Starsky et Hutch de l’ère simienne

La Planète des singes la série, ou les Starsky et Hutch de l’ère simienne

Planet of the Apes TV SeriesAlors que sort dans les salles le sequel du reboot de l’adaptation du roman de Pierre Boulle, retour sur une série télé qui vit gorilles teigneux, orangs-outans mystiques et chimpanzés malins envahir les après-midis festifs d’Antenne 2.

Diffusée pour la première fois en France pendant les fêtes de fin d’année 1975, la série La Planète des singes revenait régulièrement stimuler l’imagination des bambins lors des vacances scolaires. Elle n’était pas particulièrement destinée au jeune public mais peut-être revêtait-elle un aspect exceptionnel tant le post-apo était rare chez nous en ces temps de post-ORTF, une rareté qui pourrait justifier ce choix de programmation événementielle. Pourtant cette série dérivée de la saga de cinq films allant du chef d’œuvre homonyme de Franklin J. Schaffner (1968) au désolant La Bataille de la planète des singes de Jack Lee Thompson (1973) n’était pas à la fête lorsqu’elle déboula sur le réseau CBS en 1974. Bide retentissant, sa production fut suspendue à mi-parcours et seuls 13 des 14 épisodes déjà tournés furent alors diffusés. Il faut dire que si la production, réutilisant décors, masques et maquillages des cinq films, reste soignée, les scénarios et les personnages se distinguent avant tout par leur schématisme.

planete-des-singes-duo

Distu me prêtes ton shampoing ?” (Burke et Virdon)

Le pilote raconte comment deux astronautes, Virdon (Ron Harper, le blond) et Burke (James Naughton, l’autre), s’égarent dans un “remous radioactif” qui les précipite sur une planète dont, contrairement à Charlton Heston, ils comprennent très vite qu’il s’agit de la Terre en 3085. Comme vous le savez sans doute, ils découvrent alors un monde pseudo médiéval dominé par des singes intelligents qui oppriment des humains un peu cons. Capturés par le terrible gorille Urko, chef de la police lui-même sous les ordres du président du conseil l’orang-outan Zaïus, ils s’évadent avec l’aide du sympathique chimpanzé Galen. Leur objectif est tout d’abord de bricoler un moyen de repartir dans l’autre sens, vers le Vingtième siècle, et ils se mettent pour cela à la recherche d’un ordinateur encore en fonction. Figurez-vous qu’ils en trouvent un, dans le cinquième épisode, mais pourtant ça le fait pas et finalement cet enjeu qui aurait pu maintenir l’intérêt sur l’ensemble de la saison se délite peu à peu.

planete-des-singes-roddyDès lors on assiste à une série bouclée où chaque épisode amène nos trois fugitifs à venir en aide à des humains confrontés à la tyrannie mâtinée d’obscurantisme des singes. D’un épisode à l’autre, préfigurant Starsky et Hutch aussi bien dans leur caractérisation simpliste que dans leur style capillaire, Burke et Virdon accomplissent ainsi des missions qui se soldent en général par une leçon de vie sur le courage, la sagesse, la loyauté, etc, activement secondés dans leur tâche par leur ami Galen, le chimp génialement composé par ce cabot de Roddy McDowall déjà interprète de Cornelius dans la pentalogie sur grand écran. Souvent aussi les trois compères se cachent dans des buissons pour observer des gorilles passer à cheval et repartent vers de nouvelles aventures, en général au pas de course.

Et Dieu créa le singe…

La série se présente comme un sequel du premier film puisqu’il est d’emblée question d’un autre astronaute venu quelques années plus tôt – dans le film La Planète des singes, “Beaux Yeux” Taylor débarquait en 3978. Pourtant un élément narratif majeur apporte là une contradiction : à la différence du livre et du film original, les humains parlent ! Et non seulement ils parlent mais ils sont dotés d’une conscience de leur propre condition, celle d’individus soumis à des seigneurs et maîtres qui les utilisent comme serfs ou domestiques. En s’éloignant sur ce point du roman de science-fiction darwiniste de Pierre Boulle, la série se coupe de la portée philosophique d’un sujet qui questionnait la position de l’Homme sur l’échelle de l’évolution. Les scénaristes Michael Wilson et Rod Serling s’étaient bien gardés de toucher à cet aspect dans leur script pour le film de Schaffner puisque les êtres humains n’y valaient guère plus que des bêtes de somme ou des curiosités de musées d’histoire naturelle. On peut supposer qu’en les dotant de parole, les concepteurs de la série aient préféré se ménager des pistes d’écriture sans lesquelles intrigues et situations eussent rapidement trouvé leur limite. Sans doute, surtout, montrer l’homme déshumanisé et réduit à l’état de simple bétail était-il un peu radical pour un programme grand public.

Urko et Zaïus

Urko essaie de suivre Zaïus.

S’il ne s’agit pas d’évaluer la série à l’aune des films, cette différence fondamentale nous permet pourtant de comprendre pourquoi l’univers défini n’est pas tout à fait le même entre le grand et le petit écran puisque le film décrivait une société plus proche de l’Antiquité, où les humains étaient au mieux des esclaves, tandis que la série évoque des rapports sociaux semblables à notre Moyen-Age, où le vassal humain paie sa dîme au suzerain gorille. En conservant pleinement l’inversion des valeurs entre l’homme et l’animal chère à Pierre Boulle – comme l’était à Richard Matheson celle entre l’homme et le monstre de I’m Legend, également adapté au cinéma en ces années-là avec Charlton Heston – les scénaristes Serling et Wilson avaient surtout pu construire un protagoniste complexe, évoluant de l’égocentrisme et la misanthropie les plus draconiens à l’acceptation de sa condition dérisoire, soulignée par le mythique plan final du film. A l’instar du Capitaine Davidson dans le navet de Tim Burton en 2001, où les humains sont également doués de parole, Virdon et Burke sont des personnages tristement unidimensionnels, et seraient parfaitement interchangeables s’il n’y avait la touche d’humour de l’un et l’atout charme de l’autre. Et les cheveux, bien sûr.

 …à son image.

Dans le pur style de ces années 70 où l’on agitait la caméra avec le vain espoir de rendre un peu plus punchy le moindre combat à mains nues, la réalisation de la série se tient assez bien à condition de n’être pas trop regardant (certains épisodes comme Le Tyran font quand même un peu mal aux yeux). En revanche la direction artistique reste d’une remarquable constance, notamment sur le plan des décors intérieurs à l’expressionnisme de bon aloi (ah ! les portes polyèdres dans les maisons des singes…) comme sur celui des maquillages et du jeu des comédiens, mention spéciale à Mark Lenard qui incarne l’ineffable Urko. Il est d’ailleurs assez symptomatique que les personnages de singes soient mieux écrits et interprétés que les humains, même si quelques guests viennent jouer les utilités (Royal Dano, Roscoe Lee Brown, Sondra Locke, Marc Singer…)

Quand passent les gorilles.

Singe, mon ami.

Et n’oublions pas la musique originale de Lalo Schifrin, qui puise dans celle que Goldsmith écrivit pour la scène de la chasse aux humains dans le premier film. Avec cette remarquable composition, Schifrin parvient dès le générique tout en images distordues et en surimpressions, à plonger le téléspectateur dans un sentiment de d’angoisse et d’urgence comme s’il était lui-même un fugitif traqué par une bande de gorilles armés jusqu’aux canines.

Cette série, trop pépère pour l’œil qui la découvrirait aujourd’hui, est donc à replacer dans le contexte de l’époque pour s’apprécier à sa juste valeur. Une époque où les super-héros, le space opera et les anthologies fantastiques avaient depuis longtemps trouvé leurs cases dans les grilles de programmation américaines, mais où le post-apo était un genre si neuf qu’il ressentait encore le besoin de s’inspirer du cinéma pour trouver une certaine légitimité. Tout comme L’Âge de cristal en 1977, série inspirée du film homonyme de Michael Anderson également diffusée par CBS – et qui ne connut guère plus de succès, se voyant elle aussi interrompue au bout de 14 épisodes – La Planète des singes faisait alors office de pionnier, avec perte et fracas.

 

 

 

Partager