La robotique en toc (Westworld S3 / HBO / OCS)

La robotique en toc (Westworld S3 / HBO / OCS)

Note de l'auteur

Superproduction signée HBO, Westworld aura su créer suffisamment d’engouement pour que la chaîne câblée américaine laisse carte blanche à Jonathan Nolan et Lisa Joy, les showrunners de la série. Et tandis que la rumeur d’une histoire prévue en six saisons enfle de plus en plus, la troisième saison vient de s’achever dans une atmosphère de chaos parfois foisonnant mais souvent d’une complexité un peu vaine.

ATTENTION L’ARTICLE CONTIENT DES SPOILERS SUR LES SAISONS 1 & 2, ET QUELQUES SPOILERS MINEURS SUR LA SAISON 3

En fin de saison 2, Dolores était parvenu à s’enfuir, non sans envoyer les hôtes dans un paradis fictif pour pouvoir vivre sans humains et sans être abattus pour le spectacle. Dolores s’enfuit dans le corps de Charlotte Hale (Thessa Thompson) et l’on pensait dire au revoir à l’actrice originale. Mais la scène post-générique nous a fait mentir avec le retour de la vraie Dolores (Evan Rachel Wood), et un Bernard (Jeffrey Wright) ressuscité par ses soins, tout deux maintenant hors du parc. La saison 2 avait été une déception pour beaucoup de monde, et pour cause: à vouloir le twist à tout prix, les scénaristes s’étaient embourbés dans une structure narrative alambiquée, jouant sur plusieurs temporalités pour maximiser les surprises. Mais difficile d’y voir autre chose que des mécaniques artificiels pour camoufler une histoire finalement assez classique. L’idée d’un parc sous les émeutes robotiques fonctionne un temps, mais la saison 2 suit un tracé narratif très linéaire sans explorer autant la psyché des personnages comme c’était le cas en saison 1. Les personnages deviennent simplement des prétextes pour fournir les twists attendus en oubliant d’approfondir les thématiques. Le spectacle avant tout.

Il s’agissait donc pour cette saison 3 de repartir sur de nouvelles bases et une autre direction. Nolan et Joy ont donc choisi de déplacer l’action dans le monde des humains, notre monde, et principalement à Los Angeles. Futur oblige, on quitte définitivement le western pour embrasser la science-fiction, ce qui signifie vaisseaux volants et architectures aux lignes épurées. Sur ce point-là, Westworld a les moyens de ses ambitions et dévoilent une mégalopole suffisamment proche de nous pour rendre le tout crédible. Rien de vraiment original, avec une technologie centré sur la communication ou la gestion des données personnelles et des réseaux sociaux, mais suffisamment cohérente pour ne pas choquer.

Mais transformer le quartier des affaires de Los Angeles en cité futuriste n’est pas vraiment suffisant, il fallait une histoire pour se servir de ce contexte. En ramenant une nouvelle fois Dolores au centre de l’équation, cette fois-ci en terrain ennemi, Westworld donne l’impression de redite mais c’est sans compter les nouvelles têtes qui viennent apporter un peu de fraîcheur. De la nouveauté de qualité puisque c’est Aaron Paul (Breaking Bad) qui débarque sur la série pour incarner Caleb, un ouvrier sans le sou qui profite d’une application pour faire quelques larcins et ainsi soigner sa mère malade. Ancien militaire, il est également sujet à quelques problèmes de dépression, avant sa rencontre avec Dolores qui va tout changer et le pousser à rallier sa cause, sans trop comprendre pourquoi. De l’autre côté du spectre, Vincent Cassel incarne Serac, le bad guy de la saison à la tête d’une mystérieuse corporation voulant à tout prix s’emparer de Delos, la société à l’origine des robots des parcs.

Deux ajouts de qualité, mais qui n’apporteront rien de concret à une histoire qui paradoxalement prend énormément de temps sur huit épisodes pour dévoiler ses véritables objectifs. Tout ce qui précède est prétexte à confronter Dolores à ses ennemis dans des scènes d’actions certes bien fichus mais un peu vaines quand les enjeux se limitent pour le spectateur à mettre le chaos dans la société humaine. Et quand le dénouement arrive, on comprend mieux les thématiques abordés mais c’est un peu tard: comment avoir de l’empathie pour Dolores alors que la saison se contente seulement de montrer à quel point elle est surpuissante ? On aurait justement aimé avoir plus de clés en mains afin de creuser les personnages. Le reste du casting historique n’est pas beaucoup mieux: Maeve n’apparaît que comme un antagoniste pour Dolores avec les mêmes motivations que d’habitude.

Quand aux autres personnages, comme Bernard ou William, on se demande bien ce qu’ils fichent dans l’intrigue. Ils ponctuent parfois les épisodes de tunnels explicatifs quand ce ne sont pas des scènes entières qui ne font que répéter ce que l’on savait déjà. Oui, Bernard possède une dualité qu’il a du mal à contrôler, et oui, William est quelqu’un d’assez dérangé voire carrément violent. Et même quand Westworld tente de ramener quelques visages connus, ce sera simplement le temps d’une scène d’action ou de fan-service assez gratuite. Caleb (Aaron Paul), lui, n’a jamais réellement le temps d’exister dans tout ça et lorsque sa révélation arrive, il est difficile d’être aussi impliqué que l’on devrait. Quant à Serac (Vincent Cassel), s’il possède une back-story intéressante, la série ne s’en servira pas spécialement et l’achève en tant que vilain banal qu’on aura déjà oublié d’ici quelques mois.

Et c’est bien le problème de cette saison: rien n’est notable, car tout donne l’impression de poudre aux yeux jetée au visage pour cacher l’immense vide scénaristique de cette saison 3. Le personnage de Charlotte est peut-être l’un des arcs à sauver, parvenant à émouvoir dans son rapport aux humains et son épisode presque dédié est peut-être celui qu’on retiendra, malgré une suite qui augure du moins bon. Mais c’est bien maigre. L’exemple le plus parlant se trouve dans l’épisode 5, lorsque Caleb ingère une drogue qui lui permet de passer par différent genre de cinéma. Intégré sans préambule au lore de Westworld, elle permet à la série d’utiliser des filtres spéciaux et des musiques issus de grands classiques (La Chevauchée des Valkyries d’Apocalypse Now ou Le Songe d’une nuit de sabbat de Shining). Caleb étant totalement spectateur de ce qu’il se passe autour de lui (comme dans toute la saison d’ailleurs), on va simplement l’accompagner dans son délire, ne se servant jamais de cet artifice qui devient purement gratuit et n’arrivant jamais à convaincre, même sur la forme. On se demande même: mais pourquoi ?

Si Westworld saison 2 s’affichait dans une intrigue faussement complexe, on comprend mieux pourquoi avec cette saison 3. Si elle offre plus de clarté dans l’intrigue, la série n’a plus grand chose à raconter. Alors que le désir des créateurs de se renouveler à chaque saison est louable, les personnages restent campés sur des enjeux bien maigres qui sont les mêmes depuis la saison 1: celle de s’émanciper et de trouver leur liberté. Et à force de vouloir garder ces personnages historiques, comme Bernard qui sera mis en avant alors qu’il n’a aucun impact dans l’histoire, les petits nouveaux n’ont jamais la place de s’exprimer et deviennent les spectateurs d’une certaine vacuité. On en vient à se demander si Westworld aurait dû n’être qu’une mini-série. Après la scène post-générique, la saison 4 est déjà partie vers d’autres horizons, et on espère sincèrement que les thématiques vont enfin évoluer vers autre chose.

WESTWORLD / SAISON 3 (OCS) Saison 3 en 8 épisodes
Série écrite par Lisa Joy, Jonathan Nolan, Michael Crichton, Gina Atwater, Karrie Crouse, Suzanne Wrubel
Série réalisée par Richard J. Lewis, Jonathan Nolan, Jennifer Getzinger
Avec Evan Rachel Wood, Thandie Newton, Jeffrey Wright, Aaron Paul, Tessa Thompson, Ed Harris, Vincent Cassel, Luke Hemsworth…

 

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