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La séance du père Sheppard : DERSOU OUZALA, d’Akira Kurosawa (1975)

La séance du père Sheppard : DERSOU OUZALA, d’Akira Kurosawa (1975)

Ahoy les aminches, Plissken speaking ! Avec l’aimable autorisation de nowatch.net, notre planète héberge désormais la prose d’un autre enragé de la pelloche : le père Sheppard. Oui, ce patronyme pseudonymal est bien un clin d’oeil à un certain western spatial de bon aloi, ce qui confirme le profil tout à fait idéal de notre nouvelle recrue pour sévir ici-haut. Un jeudi sur deux (voire sur un, si il se sort les doigts du nez), sa chronique élégamment baptisée « La Séance du père Sheppard » passera au scalpel un film de patrimoine, généralement (mais pas forcément) inconnu de toi, jeune geek fougueux fendant les airs au volant de ta DeLorean imaginaire. Le but de La Séance du père Sheppard ? Donner envie de (re)découvrir une oeuvre d’un passé reculé mais suffisamment géniale et audacieuse pour te retourner le cerveau, le coeur et les tripes. Et t’apprendre au passage quelques coulisses de production, plutôt que t’assommer avec une pompeuse analyse. Cale toi bien dans ton fauteuil, chut, la séance commence… Père Sheppard, c’est à vous. Amen.

Surprise ! Et oui, après maintes tractations sombres et complètement opaques, voire carrément obscures, la séance du Père Sheppard pose ses guêtres sur Mars. Pour ce truc à peine croyable, il faut remercier notre rédac’ chef bien aimé, le surpuissant Plissken, que son nom soit vénéré jusqu’au firmament et que sa semence…. Mais je m’égare ! Chaque changement de crémerie est une sorte de nouveau départ, un reboot comme on dit de nos jours et puisque tout le monde le fait, je ne vois pas pourquoi je m’en priverai. Voici donc le premier épisode du reboot de la prequel de la Séance du Père Sheppard – Les origines Part I.

Eté 1976. Une maman et son petit rejeton de 6 ans entrent dans une salle de cinéma pour aller voir un film soviéto-japonais de 2h40… Et là, vous vous dites, elle cherche les emmerdes cette maman. Ce à quoi je répondrai : « Toi, tu vas parler de ma maman autrement ! ». Car oui, cette maman, c’est la mienne et le petit bambin qui s’apprête à prendre sa première claque cinématographique n’est autre que votre serviteur. Cette claque s’appelle Dersou Ouzala, un film d’Akira Kurosawa.

Dersou Ouzala d’Akira Kurosawa (1975), avec Maksim Mounzouk et Youri Solomine.

Le pitch de la claque : L’officier topographe Vladimir Arseniev est chargé par l’Armée impériale russe de faire le relevé des terres encore inexplorées de la vallée de l’Oussouri, à la frontière chinoise. Un vieux chasseur golde sert de guide à l’expédition et bientôt, les deux hommes se lient d’une amitié aussi improbable que forte.

L’échec commercial de son précédent film, Dodeskaden, et son renvoi du tournage de Tora ! Tora ! Tora !, plongent Kurosawa dans la honte et le désespoir le plus profond. Le 22 décembre 1971, il se tranche la gorge et les poignets. La tentative de suicide échoue sur l’homme, mais le réalisateur, lui, semble bel et bien mort. Kurosawa part se réfugier chez lui, il ignore s’il réalisera de nouveau. Au début de l’année 1973, le studio soviétique Mosfilm fait part de son envie de travailler avec le réalisateur japonais, sur une histoire de son choix, pourvue qu’elle se passe en territoire soviétique. Kurosawa saute sur l’occasion pour adapter un roman qu’il rêve de mettre en image depuis les années 30 : Dersou Ouzala.

 

 

Si certains films peuvent refléter la vie de leur auteur à un moment donné de leur existence, Dersou Ouzala apparaît comme une véritable catharsis. Le personnage même de Dersou semble être construit à partir de toutes les caractéristiques classiques des personnages de Kurosawa. Il n’est pas éduqué mais possède une intelligence naturelle comme Sanshiro (dans La Légende du grand judo), il est stoïque comme Sanjuro, réservé, simple et direct comme le docteur Barberousse, et son destin de chasseur rattrapé par la civilisation fait écho à celui du maître d’arme Kyuzo dans Les sept samouraïs. Mais, et c’est là un fait nouveau, Dersou est aussi plus que la somme de tous ces personnages. Il se fait le vecteur des doutes et des angoisses les plus profondes de son créateur.

Il semble que Kurosawa ait écrit une première version du scénario alors qu’il était encore en dépression. Si Kurosawa jugea ce script beaucoup trop sombre a posteriori, il en garda néanmoins une grande partie dans la première moitié du film. C’est la partie de l’hiver, de la solitude et de la mort, dont l’un des points culminants est sans doute la scène du vieux Chinois, banni par les siens et qui semble vivre dans un état de désespoir permanent. Hébété, seul, silencieux, comme s’infligeant à lui-même une sorte de punition divine, l’histoire bouleversante de ce vieil homme transmet en quelques minutes l’immense tristesse et l’incroyable humilité de son auteur.

 

 

Avec la séquence du vieux Chinois, le réalisateur nous mène aux portes de l’enfer et de la désolation, une toundra balayée par le blizzard. Le film plonge alors dans une atmosphère quasi fantastique. Le vent souffle comme autant de fantômes venus terroriser Dersou et Arseniev, tous deux perdus au milieu de ce vaste vide. La tristesse, la solitude, le vide et enfin la mort. Et même si l’amitié qui naît alors entre Dersou et Arseniev est une lueur d’espoir dans ce monde froid et implacable, même si le courage du chasseur finit par sauver la vie des deux hommes, le russe sait bien, au moment de la séparation, vers quel destin il vient de laisser son ami. La tristesse, la solitude, le vide et enfin la mort.

Ici, je voudrais que tu t’arrêtes, ami lecteur, et que tu ailles découvrir ce chef d’œuvre au plus vite, avant que de continuer cette séance. Car il m’est impossible de parler de la seconde partie du film sans révéler un élément important du scénario. Je te donne donc rendez-vous dans quelques jours. D’ici là, entracte (naoooooooon !!!! Azy ce teasingskaia ! A moi la plus récente édition DVD du film ! – NDPlissken).

Sheppard

 

A vos souhaits !

 

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