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La vie, l’amour, les bougies (Critique de 40 Ans : Mode d’emploi de Judd Apatow)

La vie, l’amour, les bougies (Critique de 40 Ans : Mode d’emploi de Judd Apatow)

Note de l'auteur

Et de quatre. Après avoir produit et écrit nombre d’oeuvres lui ayant conféré le statut assez mérité de gourou culte de la nouvelle comédie U.S. (Freaks and Geeks, Disjoncté, Supergrave, La légende de Ron Burgundy ou Délire Express…), le prolifique Judd Apatow accouche aujourd’hui de sa quatrième réalisation. Miracle, malgré son côté hautement autobiographique, c’est sans doute sa plus accessible.

Il dirige sa propre maison de disques indé, elle a un magasin de fringues, ils ont deux gamines espiègles adorables… tout semble aller au le mieux pour Pete et Debbie. Sauf que non. A force de courir après le bonheur, le couple a accumulé nombre de petits tracas, de ceux qui ne semblent pas avoir d’importance mais qui explosent à la tronche quand on en a trop. Non-dits, parents à problèmes et soucis financiers qui s’aggravent, l’implosion n’est pas loin. L’arrivée de la quarantaine va s’imposer comme le moment idéal pour faire le point. Fin d’une aventure ou nouveau départ ?

Sorte de Spin-off de son second film En cloque, mode d’emploi puisqu’il en reprend quelques personnages, 40 ans : Mode d’emploi réussi l’exploit, malgré son sujet hautement casse-gueule, de toucher un public plus large. Là les histoires de grossesse touchaient surtout au coeur de spectateurs qui ont vécu la chose -les autres s’endormant parfois péniblement face au manque de rythme et d’implication lié au sujet-, La nouvelle pelloche du pote de Ben Stiller, Adam Sandler et Will Ferell se paye le luxe de proposer une galerie de personnages bien plus large, servie par un casting choral qui réjouira tout cinéphile/sériephile.

On retrouve bien sûr de nombreux habitués tels Jason Segel en coach sportif queutard, Charlyne Yi en employée victime (à nouveau à contre emploi total de son personnage dans Dr House), Melissa McCarthy en parent d’élève bougonne, mais aussi quelques nouveaux arrivants tels Megan Fox en bimbo cassée (castée sur une impro, la belle prouve qu’elle sait manifestement faire rire), John Litgow en père absent décontenancé, ou Chris O’Dowd en magnifique looser (The IT Crowd)… Chacun apportant une couche appréciable, un éclairage parfois bénin mais toujours juste sur les interrogations et le quotidien du couple central. De quoi merveilleusement varier les situations et les occasions de faire rire.

Ainsi, à l’image de la série Lost, dont il reprend donc l’aspect choral, l’une des thématiques et dont il spoile au passage la fin sans vergogne à plusieurs reprises, 40 ans : mode d’emploi se veut la peinture d’une époque et d’une société tout autant que celle d’un couple qui tente de faire le point pour savoir s’il va quelque part. Bien sûr, il est impossible de passer outre le caractère autobiographique de l’oeuvre, d’autant qu’Apatow fait  jouer sa femme Leslie Mann et ses gamines Maude et Iris au beau milieu de la scène aux côtés de l’excellent Paul Rudd – qui lui sert d’avatar -. Mais justement, c’est en se regardant le nombril que le scénariste est le plus naturel.

Augmenté de ce parti pris choral, le métrage possède cette fois un rythme qui, à l’inverse de certains des précédents méfaits du monsieur, coule de source et dilue enfin ce côté doux amer qui lui est si cher mais plombe généralement l’entreprise. Là où nombre de ses productions hésitaient entre vannes graveleuses à outrance et réalisme désabusé -juste mais qui se regarde un peu parler-, Apatow semble avoir enfin trouvé la formule magique qui fait passer la pilule sans laisser un arrière goût de dédain dans la bouche. Avec 40 ans : mode d’emploi, Apatow ne sacrifie pas ses seconds couteaux aux dépends de son focus et touche tout le monde, des enfants qui voient leurs parents n’être que de grands enfants, aux grands parents à la fois fardeaux et piliers de l’édifice. Des peintures justes, qui triturent là il faut, mais ne se diluent pas dans un cynisme putassier.

L’immersion reste donc intacte sans qu’on ne perde intérêt pour la dissection, complexe et complète des interrogations du couple, de ses errances, de ses fausses certitudes, et au final, de son humanité. Et le film de s’imposer comme l’oeuvre la plus équilibrée de son metteur en scène. Du coup, s’il ne va certainement pas perdre ses fans de la première heure avec ses habituelle ruptures de ton (on passe vite de vannes de caca aux brèves de comptoir genre «la vie c’est de la merde mais rien de vaut la vie»), Apatow ne nous livre pas non plus une comédie déchirante (Funny People), débile (40 ans toujours puceau) ou à se mordre les ongles, mais une comédie, une vraie, tout simplement. Riche, drôle, solaire. Certains regretteront la perte de la radicalité du ton au profit d’une apparente légèreté, en fait simplement une dilution dans un océan plus vaste. A un moment, ça fait du bien de respirer un peu.

40 Ans : Mode d’emploi de Judd Apatow (scénario de Judd Apatow) 2h14. Au cinéma depuis le 13 Mars 2013.

 

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