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« La vie sexuelle des super-héros » : post-coïtum héroïsme triste

« La vie sexuelle des super-héros » : post-coïtum héroïsme triste

Note de l'auteur

41r4uTCBUVL__SY344_BO1,204,203,200_L’histoire : L’âge d’or des super-héros est passé. Même Superman est vieux. Pourtant, un étrange meurtrier se met à les tuer un par un, alors que ces anciens héros, désormais de véritables stars et des hommes d’affaires, reçoivent des messages les mettant en garde contre une menace qui pèse sur leur vie. Le détective Dennis De Villa mène l’enquête pendant que son frère, journaliste, retranscrit les évènements.

Mon avis : La semaine Avengers, c’est l’occasion de revenir sur ce livre doux-amer, écrit par Marco Mancassola. Bienvenue dans un monde de paillettes et de Showbizness, où Mr. Fantastique drague la stagiaire, Mystique fait du stand-up et Batman ne travaille qu’à son image (et est un monstre d’égo). Une histoire non pas drôle, mais d’une vraie mélancolie.

L’ère des Super-Héros est révolue. Certains pourtant apparaissent, des gens avec des pouvoirs, mais c’est devenu banal. Les idoles ne sont pas mortes, pire, elles sont devenues mortelles. Les situations, parfois très crues, la sexualité des héros, mise en scène en détails par l’auteur, ne fait que combler le vide qu’a laissé la fin des supers vilaines, des combats qui avaient un sens. Certains chapitres confinent au désespoir, d’autres sont empreints de cynismes. Pourtant, il suffit d’avancer dans le livre pour que ce dernier se termine sur une touche d’espoir, bien salutaire.

Marco Mancassola

Marco Mancassola

Véritable catharsis des phénomènes Marvel et DC, Marco Mancassola détruit avec méticulosité ses idoles pour rendre une page vierge pour les nouvelles générations. Batman, Mystique, les 4 Fantastiques, ne sont que les héros de nos parents. Ils sont morts quand se sont effondrées les tours de New York, le 11 septembre. Il est temps d’inventer les nôtres. Si ce roman déroute, dégoute même parfois, et se met lentement en place, il reste pourtant longtemps en notre mémoire, comme une interrogation lancinante : et maintenant ?

(Fans de comics, attention ! Il y a un vrai non-respect des canons usuels, et certains personnages sont assez différents des comics ou des films. Ceci n’est pas une fanfiction, c’est une retranscription du mythe.)

Si vous aimez : Watchmen rencontre la JLA, version drame intimiste interdit aux moins de 18 ans.

Autour du livre : Marco Mancassola est un écrivain italien, qui vit actuellement à Londres. Son livre, La vie sexuelle des super-héros, est sorti en Italie en 2008.

Extrait : « Il n’était pas seul. Quelques personnes marchaient au bord de l’océan, en silence, d’autres étaient allongées et prenaient le soleil, écrasées par le toucher de cette lumière si forte. Des personnes inquiètes, comme lui. des personnes égarées, comme lui. Des personnes-ombres qui glissaient, légères et presque privées de poids, sur le sable blanchi par le soleil. Poussé par le vent, Red marcha longtemps. Le bruissement de l’eau semblait l’encourager et lui souffler quelque chose à l’oreille. Il crut comprendre. Il ne devait pas s’arrêter là, il devait poursuivre le voyage. Solennel et désespéré, il reprit son chemin avec ce qu’il lui restait d’énergie, ses membres de plus en plus tendus. Il trébucha et tomba au sol. «Tout va bien, monsieur ? Je peux faire quelque chose ? »
Qui qu’il fût, celui qui avait posé ces questions n’obtint pas de réponse. Red se releva, coupa à travers la plage pour regagner le front de mer et retourner à la gare. Voilà ce qu’on pouvait faire pour lui : le conduire en direction du nord, jusqu’au croisement avec la ligne de train de Long Island. De là, il reprendrait vers l’est. À présent il connaissait sa destination finale. Vers l’est. Direction Montauk.
Dans le train, il se sentit observé. Ses vêtements étaient couverts de sable et c’est seulement alors qu’il réalisa : il lui manquait quelque chose. Mes chaussures. J’ai dû les abandonner sur la plage. Nullement embarrassé, il examina ses pieds, presque ému par ces extrémités si nues, si vulnérables. Il songea aux pieds d’Elaine, aux pieds des femmes qu’il avait aimées. Il songea aux pieds de roche de Ben, à ceux si doux de Franklin lorsqu’il était enfant. Il songea aux pieds des gens, à leurs mains, aux extrémités qui les délimitent et leur permettent de se tendre vers l’extérieur.  »

Sortie : 31 mai 2012, Gallimard, Folio, 593 pages, 9 euros

 

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