L’art de Street Fighter

L’art de Street Fighter

Note de l'auteur

En 2014, Capcom décide d’offrir aux fans de bastons un recueil d’illustrations pour fêter dignement les 25 ans de la saga Street Fighter. Toujours désireux d’augmenter son catalogue d’artbooks prestigieux, Mana Books sort la version française cinq ans plus tard.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce beau bébé pèse son poids, affublé de presque 450 pages sur un format un poil plus grand qu’un A4 et proposé avec une jaquette pour une couverture différente. Street Fighter a toujours su capter les foules par le charisme de ses combattants. On a tous en tête les célèbres jaquettes des jeux, les illustrations visibles sur l’écran de sélection des combats, ou tout simplement les nombreux artworks qui ont parsemé la communication du jeu. L’artbook est là pour rendre hommage aux artistes réguliers qui ont participé à la visibilité de l’œuvre sur 25 ans. Et l’éditeur a fait le choix plutôt malin de découper l’ouvrage par artiste.

L’artbook commence d’ailleurs par des illustrations exclusives réalisées par les dessinateurs présents pour rendre hommage à cet ouvrage anniversaire. Des belles planches que l’on découvre sur des doubles-pages, ce qui fait évidemment son petit effet. Très vite, c’est le premier artiste du volume qui dévoile son travail, en l’occurrence Akiman. Artiste qui a su évoluer au sein de Capcom à travers les années, il débute comme illustrateur sur Street Fighter II (la cover japonaise, c’est lui) avant de travailler en tant que character designer. Dommage de ne pas avoir un ordre chronologique dans les illustrations mais on peut voir à l’aide des commentaires l’évolution du style de l’artiste, notamment sur les travaux les plus récents. Ses techniques ont également évolué et on a même le droit à une version de Chun-Li en peinture à l’huile pour des timbres en édition limitée. Il n’y a qu’à voir les petites illustrations et la différence de style entre SF II et SF III pour observer à quel point l’artiste a su progresser. On voit également qu’il a pu participer à bon nombre de projets, comme les multiples crossovers qui ont eu lieu. L’ouvrage datant un poil, on n’aura pas ses productions récentes comme celle faite pour l’arrivée de Ryu dans Super Smash Bros. Point à noter : on a même droit à la traduction complète de certaines illustrations écrites comme le plan de la base de Shadaloo.

Vient ensuite Kinu Nishimura. Là aussi l’artiste a su traverser les âges pour réaliser des illustrations depuis Street Fighter 2. Son attrait pour les personnages féminins lui valut de dessiner le Capcom Girls Calendar sur plusieurs années, avec son trait plus cartoon sur les petites illustrations et des aplats de couleur. Ici aussi les techniques évoluent, avec un style rétro en aquarelle et crayons pour les illustrations célèbres de SF II puis certaines utilisant les feutres et un crayonné plus présent. On notera également la présence d’illustrations de crossovers divers mais également quelques travaux issus de Cannon Spike, ce jeu de shoot mettant en scène des héros Capcom comme Cammy. Bonus très cools : une multitudes de croquis annotés pour la célèbre version animée de Street Fighter II à l’attention des animateurs afin de respecter le visuel des personnages, ainsi que d’autres pour des peluches ou autres figurines. Un aspect du travail que l’on voit rarement.

On passe ensuite à Gouda Cheese AKA Bengus, un artiste qui fait lui aussi partie des meubles chez Capcom. Il a créé l’aura visuelle de Street Fighter 2 avec les artworks les plus célèbres de chaque personnage mais dans un style résolument plus moderne et flirtant avec les animés japonais. Une grosse partie des travaux présents dans l’artbook concerne bien plus son travail sur Street Fighter Alpha, où on le sent plus à l’aise sur les designs des personnages. On le voit passer à la peinture à l’ordinateur à partir de X-Men VS Street Fighter. Pour des raisons évidentes de droit, les cross-overs avec Marvel n’auront droit qu’aux artworks concernant Street Fighter alors que l’artiste s’est également fait plaisir sur les personnages comics. C’est également lui qui s’est chargé des illustrations pour les écrans de sélection de la partie Alpha de Street Fighter, son style étant parfait pour ce genre de travaux. On y voit même les personnages du moins connu Street Fighter Ex 2, premier essai de Capcom sur un SF en 3D avec beaucoup moins de réussite, mais aussi des personnages jamais réutilisés depuis, comme Doctrine Dark ou Garuda.

La partie sur Ikeno met l’accent sur toutes les illustrations réalisées sur divers jeux, avec un style qui arrive à s’adapter à peu près à toutes les époques, avec même des passages sur Super Puzzle Fighter 2 et ses personnages chibis. Son style qui possède plus de textures et de matières que les autres trouvera son importance pour Street Fighter IV et sa 3D particulière. Il se chargera de toutes les illustrations de l’écran de sélection et c’est là que l’artiste aura bien plus d’importance, se chargeant des dessins pour les références du développement visuel. L’occasion d’avoir quelques magnifiques crayonnés pour le quatrième épisode et une petite interview en fin de segment sur son parcours.

Dai-Chan est un artiste qui préfère l’illustration sobre mais efficace et qui a surtout opéré sur la série des SF Alpha, en tant qu’illustrateur pour des jaquettes ou des éléments promotionnels, tandis qu’Edayan, au style plus proche d’un manga, s’est surtout occupé d’illustrations alternatives pour des ressorties de Street Fighter 2, entre autres. Quand à Shinkiro, il sera surtout demandé pour réaliser les covers des spin-off, comme les Capcom VS SNK. Son style plus réaliste lui permet d’avoir un visuel tout de suite reconnaissable, mais certaines demandes comme pour Capcom Fighting Jam lui permet de tester des aplats de couleurs plus vectoriels. En plus de s’occuper de toutes les illustrations des personnages pour Capcom VS SNK (ce qui en fait un paquet), on notera quelques travaux sur le méconnu Tatsunoko VS Capcom sorti sur Wii.

La section suivante présente une grosse partie concernant Polygon Pictures, un studio réunissant bon nombre d’artistes et qui a développé le style visuel particulier de Street Fighter IV, et par extension de Street Fighter X Tekken. Avec ce mélange 3D/2D particulier, cet épisode a su trouver une patte particulière, mais il est dommage de ne voir le nom de l’artiste principal nulle part, surtout quand les commentaires parlent à la première personne sans jamais mettre autre chose que le nom du studio. C’est Kazuma Teshigahara qui est à l’origine des principaux travaux présents dans ces pages, et on se doute que c’est plus un problème de crédit accordé au studio pour le mettre en avant et non pas l’artiste.

La dernière partie de l’ouvrage concerne des artistes divers et réguliers de la saga, comme Udon, Hideki Ishikawa et plein d’autres. L’occasion de voir des styles riches et variés qui ont su capter le visuel fort de la série. Le livre fait un bel hommage à tous ces artistes avec un vrai respect pour leurs œuvres. Enfin, l’artbook se termine sur les interviews d’une partie de l’équipe de développement, l’occasion de revenir sur des anecdotes autour de la série. Un vrai joli bonus.

Si l’on doit reprocher une seule chose à L’Art de Street Fighter, qui regroupe véritablement les 25 ans de la série, ce sont les annotations assez petites accompagnant les illustrations. On comprend aisément l’intention de laisser une place maximale aux illustrations et faire des pleines pages sublimes, mais privilégiez une lecture confortablement installée pour en profiter correctement. Mis à part ça, cet artbook est un indispensable pour les fans de la licence, proposant une profusion d’illustrations sublimes et rendant justice aux artistes derrière ces visuels célèbres, leur laissant la parole pour raconter l’envers du décor. Un must-have !

L’art de Street Fighter

Éditeur: Mana Books
448 pages
Prix: 39.90 euros

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