Last day of June : L’Effet  papillon en aquarelle

Last day of June : L’Effet papillon en aquarelle

Note de l'auteur

Carl et June sont amoureux et heureux. Tout semble les promettre au bonheur. Mais hélas, en rentrant d’un pique-nique au bord du lac, ils sont victimes d’un accident de voiture. June meurt et Carl perd l’usage de ses jambes. Malgré la dépression, Carl ose un jour pousser la porte de l’atelier où peignait son aimée, et découvre que les tableaux qui s’y trouvent lui permettent de modifier le passé. Replongeant dans cette terrible journée, pourra-t-il empêcher que ce soit la dernière de June ?

Last day of June reprend le thème de l’intervention sur des événements passés afin d’en modifier les conséquences. Un thème largement abordé au cinéma avec des films comme l’Effet Papillon, mais aussi dans nos jeux avec des œuvres comme le merveilleux Life is Strange. Il restait donc aux auteurs de Last day of June a trouver le moyen de s’emparer de ce sujet avec originalité ! Ils y parviennent grâce à une direction artistique inspirée et à un ton personnel et plein d’émotions.

L’histoire

Mais avant d’évoquer ces points, intéressons-nous d’abord au scénario (pas trop quand même). Dans Last day of June, le retour dans le passé se fait à travers les portraits de June et de quatre autres personnages ; quatre autres habitants du petit village : un petit garçon solitaire, la meilleure amie du couple, un chasseur agité et un vieil homme mélancolique. En se concentrant sur leur portrait, on découvre ce que chacun faisait ce jour terrible, et comment la combinaison de leurs petits actes quotidiens finit par causer le terrible accident de voiture.

En jouant tout à tour sur les actions de chacun d’entre eux, Carl va donc essayer de changer le cours de cette journée fatidique et de sauver la vie de June. Un scénario classique donc, mais qui réussit à s’écrire par petites touches très réussies et pleines d’émotion, et qui dévoile peu à peu des personnages simples, mais possédant un vrai passé dans lequel chacun d’eux, à sa propre façon, a été confronté à la perte ou la séparation avec un être cher. Et c’est en fait là le vrai thème de ce jeu !

Last day of June ne parle pas que de la mort de June, il parle des survivants, de ceux qui restent, de leurs souvenirs, de leur tristesse, de leur douleur, car ils ne sont pas seulement tourmentés par le passé, mais aussi par ce futur volé, ce qu’aurait pu, dû être, la vie sans le départ de l’autre. En cela, la fin du jeu est d’une exceptionnelle maîtrise. En une dernière scène, le jeu nous place face à une vérité jusque là suggérée par les nombreux dioramas qui nous montraient ce qu’aurait pu être l’avenir de Carl et June, et nous amène peu à peu vers la seule conclusion possible de ce drame (que bien entendu je ne révélerai pas ici). La réussite de ce dernier acte est telle qu’elle fait oublier les petits errements du jeu et achève son histoire sur une très belle note qui laisse difficilement indifférent.

La Dream Team artistique du jeu

Pour écrire cette histoire, les auteurs de Last day of June ont fait des choix artistiques aussi surprenants que brillants : la première chose qui marque est bien entendu la direction artistique du jeu. Le graphisme, fait de touches de peinture, est d’une beauté sublime. Jouant des flous avec habileté, et sachant tirer parti des palettes de couleurs à chaque instant pour marquer l’ambiance d’un lieu ou d’un moment, le jeu est d’une rare maîtrise graphique.

Le son n’est pas oublié, loin de là ! il faut dire que la direction sonore a été confiée à Steven Wilson, qui n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’au-delà sa propre carrière musicale, il est derrière les meilleurs albums d’Opeth. D’ailleurs, Massimo Guarini, l’auteur du jeu, a eu l’idée de Last day of June, en voyant le clip de la chanson Drive Home de Wilson. Et on retrouve effectivement dans ce clip de nombreux éléments qui font l’ADN de Last day of June.

La personne derrière ce clip est Jess Cope, une animatrice et réalisatrice de talent qui a travaillé entre autres avec Tim Burton sur Frankenweenie, et qui avait déjà dirigé (je devrais dire fabriqué de toutes pièces et animé) le superbe clip de la chanson Routine du même Steven Wilson (clip que je vous invite sincèrement à découvrir ici). C’est donc tout naturellement que Massimo Guarini a invité Jess Cope à collaborer à la création du jeu ! Cette équipe de choc explique à elle seule la maîtrise graphique et musicale du jeu, ainsi que nombre de ses choix graphiques.

Ainsi, les personnages sont une vraie surprise, tout en rappelant le travail de Jess Cope ou de Tim Burton ! Dotés de têtes surdimensionnées et dépourvus d’yeux, ils parlent également dans une langue incompréhensible. Et si dans les premiers instants du jeu, Carl et June se faisant des mamours au bord de l’eau peuvent sembler un instant grotesques, très rapidement, ça marche ! Car malgré l’absence de regard ou de mot, à tout instant, leurs émotions, leurs intentions, leur discours sont une évidence. Leurs intonations et leur langage corporel sont parfaitement maîtrisés, et l’émotion passe. Mieux que ça, elle nous plonge dans le jeu.

Car Last day of June a une qualité devenue rare aujourd’hui : il suggère ! En effet, les arts visuels comme les films et jeux oublient trop souvent, à l’inverse des romans, qu’il est parfois préférable de laisser un peu de mystère, un peu de place à l’imagination du spectateur, qui en comblant les trous, s’implique finalement davantage dans l’histoire que lorsqu’on le gave d’images et qu’on lui montre tout et sous tous les angles. Dans Last day of June, le joueur est libre d’imaginer les mots que prononcent les personnages. Il est libre de s’inventer le passé souvent suggéré de chacun des personnages, un passé que viendront compléter quelques images de souvenirs obtenues en récupérant des bulles de mémoires dispersées à travers le village.

En conclusion

Alors, Last Day of June est-il un jeu parfait ? Non, hélas non. Car si le jeu est une réussite tant graphique et sonore que narrative, il pèche un peu sur la partie ludique, et en particulier au niveau de son ergonomie. Par exemple, le joueur s’agacera vite de la répétition longue et pénible de certaines scènes que vous êtes condamnés à revoir chaque fois que vous échouez à modifier la séquence des événements ou même que vous les remettez en place pour faire un nouvel essai. Il aurait pourtant suffi d’ajouter un simple bouton permettant de sauter une scène déjà vue ! Ce sont des petites choses, mais elles agacent et cassent le fil du récit et donc le plaisir qu’on a d’explorer le jeu.

À part cela, le reste du jeu nous fait faire pas mal d’aller-retour et les énigmes sont un peu simples. Mais l’ambiance et l’histoire réussissent à nous maintenir dans un vrai plaisir de découverte du monde de Last day of June. Et comme je le disais, la fin du jeu réussit à nous faire oublier les petits errements de parcours et à conclure ce jeu sur une très très belle note.

Last day of June n’est pas un jeu parfait, mais il réussit à nous éblouir par sa maîtrise graphique et musicale et à nous émouvoir par la sincérité de son histoire. C’est plus qu’il n’en faut pour vous inviter à l’essayer. Quant à moi, je guette désormais avec impatience une prochaine collaboration de l’équipe du jeu !

 

Last day of June
Développé par : Ovosonico
Éditeur par : 505 Games
Prix : environ 20€

 

 

 

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