L’avenir des Séries est-il dans son Passé ? (Bilan)

L’avenir des Séries est-il dans son Passé ? (Bilan)

Du 15 au 24 avril se déroule la septième saison de Séries Mania à Paris, et comme chaque année, le Daily Mars vous offre une couverture du festival. Au programme, critiques, bilans de conférences et autres surprises… 

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C’est une tradition, le festival Séries Mania s’ouvre avec la table ronde Allociné. Au programme, une question : L’avenir des séries est-il dans son passé ? Pour débattre, Thomas Destouches (Allociné) s’est entouré d’Aurélien Allin (Cinemateaser), Nicolas Robert (A.C.S.), Alix Kerrest (Daily Mars), Benoît Lagane (France Inter) et Pierre Langlais (Télérama), pour presque deux heures de débat.

Quand le passé s’invite dans notre présent.

Tendance ou invasion, le trio remake-suite-reboot semble s’imposer de plus en plus sur les networks. Et pourtant, Benoît Lagane rappellera fort justement que ce principe existe depuis l’aube de la télévision, quand on adaptait déjà les feuilletons radiophoniques pour le petit écran. Cette impression d’une incursion massive peut être expliquée par un phénomène de concentration lié à une caisse de résonance. Aux annonces répétées s’associe un déferlement dans la presse ou les réseaux sociaux qui participent à créer ce mirage où l’on se sent acculé devant ce que l’on estime trop facilement être une crise artistique. Comprendre qu’il n’y a pas beaucoup plus de remake-suite-reboot qu’auparavant et qu’ils font peut-être plus de bruit.

La discussion va tenter de dresser une cartographie du remake, de comprendre ses possibilités, sa signification, ses conséquences dans un paysage télévisuel en pleine mutation. À travers les exemples de X-Files, Twin Peaks ou La Fête à la maison, analyser une pratique qui oscille entre la basse proposition mercantile et l’intérêt noble ; miser sur un concept qui a fait ses preuves et réinjecter notre époque dans une ancienne proposition. On mentionne la crise d’identité dont souffre les networks, la Peak Tv, l’étude de marché, le passage de génération comme autant d’éléments qui expliquent et contextualisent le recours au remake.

Number 6Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

Refusant le geste inquisiteur qui enverrait au bûcher tous les remakes, la table pas-si-ronde apporte un peu de noblesse dans ce qui inspire généralement un sentiment désabusé. Entre l’enthousiasme déviant qui voudrait voir de vieilles mauvaises séries réadaptées et la jurisprudence Battlestar Galactica, se développe l’idée de la transmission et du vide comblé. La série comme miroir de la vie nous renvoie à notre propre perception du temps. Ce rapport peut ainsi créer une distance que la suite ou le remake cherchera à replier sur lui-même afin de célébrer une communion autour d’un même sujet. C’est le remake d’une série que l’on a vu, jeune, que l’on découvre avec ses enfants. C’est retrouver de vieux personnages et entrevoir ce qu’ils sont devenus. C’est aussi révéler comment notre société actuelle peut modifier, compléter ou éclairer une adaptation par rapport à l’original.

Seulement l’exercice a ses limites. Pour les moins curieux, contentés par une nouvelle version, le remake devient le bourreau de l’Histoire, l’abnégation d’un passé culturel qu’il faut savoir faire vivre autrement que par l’apport de ces adaptations. Le risque d’une transmission à sens unique, qui verraient des classiques (ou non) disparaître des mémoires. Quand la télévision imagine ses reunion shows (des téléfilms unitaires où se retrouvent les personnages d’une série arrêtée), elle cultive la nostalgie du public. Quand elle multiplie les remakes ou reboot, elle nous refuse cette nostalgie.

Dans un précédent éditorial, nous mentionnions, avec un ton un peu alarmiste, la profusion des remake-reboot-suites au point de créer un paysage zombifié et une télévision cannibale. La table ronde aura exprimé des pistes de réflexions intéressantes qui ne feront pas taire les propos apocalyptiques de fin du monde, mais apaiseront les plus mesurés. Il n’existe pas de fatalité à voir apparaître des remakes. Le rôle de critique n’est pas d’annoncer la mort de la série devant le ressac des adaptations mais de se servir de ces dernières pour célébrer son Histoire. L’avenir des séries est-il dans son passé ? Oui, afin de mieux comprendre son présent.

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