L’avocat du diable (Better Call Saul S5 / AMC / Netflix)

L’avocat du diable (Better Call Saul S5 / AMC / Netflix)

Note de l'auteur

Attention, cet article contient des spoilers concernant les quatre premières saisons de la série.

En octobre 2018, nous laissions une Kim Wexler perplexe face à la naissance de Saul Goodman, acceptant désormais son nouveau patronyme pour exercer son métier d’avocat comme il l’entend. Un pas de plus vers sa grande sœur Breaking Bad. Avant une sixième et dernière saison que l’on espère arriver vite, retour sur cette saison 5 qui continue d’asseoir Better Call Saul comme une grande et belle série sous-estimée.

Lorsque débarque la première saison en 2015, difficile d’y voir autre chose qu’une tentative d’exploiter le filon Breaking Bad par AMC, le network diffusant les deux shows. Cependant, la présence de Vince Gilligan, grand manitou de la série mère, avait de quoi rassurer, tout en promouvant son protégé Peter Gould, sorti du pool de scénaristes pour prendre en main ce spin-off consacré à l’avocat véreux. Les premiers timides épisodes tentaient d’appâter le chaland, en introduisant dès le début Mike pour garder l’empreinte de Breaking Bad et installer les liens avec le cartel de drogue. Au fil des saisons, les clins d’œils s’enchaînent, de la présence de figures incontournables de la licence comme Tuco Salamanca aux différents lieux visités qui rappelleront quelques souvenirs. Mais là où on s’attendait à y voir un Breaking Bad bis – ou comment Jimmy McGill franchit la ligne jaune pour devenir Saul Goodman – Better Call Saul arrive à trouver sa place en modifiant sa trajectoire toute tracée pour y explorer les méandres de la moralité. A l’instar de Walter White, Jimmy pense que certains travers sont indispensables pour faire le bien. Mais Jimmy est naturellement quelqu’un de bon et répond à une justice morale et sociale, rendant sa transformation bien plus ambiguë.

Il est difficile de parler de Better Call Saul sans aborder l’autre personnage principal de la série: Kim Wexler. Avocate chez HHM au début de la série, elle entretient avec Jimmy une relation complexe, le suivant régulièrement dans ses arnaques tout en assumant totalement son indépendance. L’actrice Rhea Seehorn parvient à retranscrire sublimement ce personnage complexe et passionnant, qui commence au début de cette saison 5 à voir d’un très mauvais œil le nouveau patronyme de son conjoint et ce que ça implique. Chaque épisode montre peu à peu son désir de justice, de protéger ceux qu’elle estime dans le besoin sans sacrifier sa carrière et son poste qu’elle aura eu grâce à ses propres choix. Mais cette saison 5 est aussi l’avant-dernière, et plus que jamais, l’intrigue autour du cartel initiée par le personnage de Mike rejoint celle de Saul, et par conséquent celle de Kim. Et si l’on connaît le sort de Saul et Mike grâce à Breaking Bad, aucun indice ne permet de savoir ce qu’est devenu Kim au terme de l’aventure, ce qui rend certaines séquences de cette saison 5 bien plus tendues qu’à l’ordinaire.

Car s’approcher du cartel signifie également proposer des épisodes où le danger rôde à chaque minute. Le désormais célèbre épisode Bagman rentre parmi les épisodes les plus réussis de la licence, et ce n’est pas étonnant quand on voit à quel point l’ADN de Breaking Bad imprègne de plus en plus la série. Ce n’est pas pour autant que la patte Better Call Saul disparaît, elle ne fait que s’adapter à l’histoire et au raccrochage des wagons imminent. Il ne reste maintenant plus que treize épisodes pour clôturer l’intrigue et enfin dévoiler la vérité derrière ces mystérieux flash-forwards en noir et blanc que nous offre maintenant chaque début de saison.

Si Gus Fringe est relativement effacé cette saison, mis à part une scène avec une friteuse comme une friandise pour rappeler l’aura de ce méchant, c’est Lalo Salamanca qui est à l’honneur ici, introduit dans la saison 4 et qui, comme d’habitude dans cet univers, est déjà devenu une figure emblématique. Charmeur avec un sourire carnassier, Lalo est une autre facette de cette famille de malfrats et brille particulièrement ici grâce à des scènes lui permettant de se lâcher, autant pour montrer son aspect excentrique que son côté sans pitié. Nacho, personnage important de ce spin-off, sera particulièrement occupé avec lui, et tout comme Kim, le fait d’ignorer sa destinée dans la série mère laisse penser le pire, surtout après la vision du final de cette nouvelle saison. Et quelle saison.

Comme dit plus haut, si la série a mis quelques épisodes avant de trouver sa direction finale, cette dernière saison continue l’excellente lancée de ces dernières années pour nous proposer une grande série. On a vu que l’écriture des personnages était d’une qualité indéniable, c’est aussi grâce à une mise en scène incroyable et toujours inventive. Comme d’habitude, les épisodes sont construits principalement autour de plusieurs séquences qui privilégient le développent des protagonistes au lieu de faire simplement avancer l’intrigue. Ce sont les personnages qui dirigent l’histoire et non l’inverse, ce qui renforcent l’impression d’avoir une construction scénaristique cohérente. Il ne s’agit pas simplement de leur faire débiter des dialogues mais bien d’apporter une brique supplémentaire sur leur background pour que l’histoire se déroule naturellement. Chacun fait ses choix, et la réalisation est là pour les mettre en valeur. Les plans léchés sont légions, la mise en scène virtuose, ce qui rend la vision de chaque épisode jamais ennuyeux.

Difficile de bouder son plaisir à la vision de cette nouvelle saison de Better Call Saul, où on a l’impression que chaque saison surpasse la précédente. Peter Gould et Vince Gilligan font du travail d’orfèvre pour que l’élève surpasse le maître, et on n’est pas loin de le penser. Si Breaking Bad joue la montée en puissance continuelle jusqu’à l’explosion, Better Call Saul retient ses effets pour laisser les personnages s’exprimer et dévoiler toute leur subtilité. Et toute cette maestria en fait certainement l’une des meilleures séries à l’heure actuelle. En attendant l’ultime saison qui arrivera, on l’espère, l’année prochaine.

BETTER CALL SAUL / SAISON 5 (Netflix) Saison 5 en 10 épisodes
Série écrite par Peter Gould, Vince Gilligan, Gorgon Smith, Heather Marion, Ann Cherkis…
Série réalisée par Vince Gilligan, Thomas Schnauz, Peter Gould, Adam Bernstein, Colin Bucksey…
Avec Bob Odenkirk, Jonathan Banks, Rhea Seehorn, Michael Mando, Patrick Fabian, Giancarlo Esposito, Tony Dalton…

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