Lazy Company : « L’important ? Ne pas faire semblant » (Interview)

Lazy Company : « L’important ? Ne pas faire semblant » (Interview)

Slice, Henry, Chester et Niels : les quatre gars de la Lazy Company. Photo Empreinte Digitale

Le 18 janvier, Lazy Company, comédie d’aventures imaginée par Alexandre Philip et Samuel Bodin, a débarqué sur Orange Cinéma Séries. Ambitieuse, cette série possède plusieurs atouts pour se faire une place dans le (petit) paysage français des fictions de 26 minutes. Rencontre avec ses deux créateurs, véritables amoureux de séries et de ciné.

 

 

Echanger avec Alexandre Philip et Samuel Bodin au sujet de Lazy Company, c’est un peu embarquer au « pays de CanGeek ». Un endroit où, comme dans tous les pays, on s’amuse (beaucoup), on pleure (mais on le cache) et on rit (surtout).

Là-bas, pas de fille avec des taches de rousseur ni de raton-laveur. Plutôt des personnages qui font penser à Inglorious Bastards ou Band of Brothers, mais aussi Indiana Jones, Glee, Joss Whedon et Star Wars. Du coup, quand on lance la discussion avec les deux scénaristes, on peut vite dériver. Parler de Scorsese, de Raimi, d’Apatow, des frères Zucker, de Spielberg, de Groening ou encore de Sergio Leone.

Lazy Company, c’est l’histoire de quatre soldats américains venus libérer la France en juin 1944. Un petit groupe emmené par le sergent Chester (Alban Lenoir, également au générique de Hero Corp) et qui forme la compagnie la plus maladroite de l’armée US. Comédie d’aventures, cette série se situe au carrefour de la teen comedy (dont les principales figures sont ici détournées), du film de guerre et de la bande dessinée esquissée à gros traits. Une fiction dans laquelle on croise des personnages historiques, des gens qui changent de camp, une garce nazie, un supersoldat américain, une résistante dont on ne comprend rien de ce qu’elle dit… et plein d’autres figures étonnantes.

Isla Hildeu (Caroline Vigneaux) et Das Nemesis, la super arme de guerre du Reich. Photo Empreinte Digitale

Un missile potache ? Oui, c’est vrai. Mais pas que : le duo de scénaristes multitâches à l’origine du projet (le premier, vu dans Vestiaires, joue le rôle du caporal Niels ; le second est aussi réalisateur des 10 épisodes) a vu trop de séries pour ne pas avoir envie d’aller plus loin. Surtout, tous les deux semblent avoir compris que dans une comédie, sans personnages crédibles, fouillés et portés par des intensions, la boîte à gags ne sert à rien.

Habités par un solide appétit pour les dialogues percutants, déterminés à décrire des trajectoires cohérentes pour chacun de leurs héros (de sorte qu’on les voit évoluer entre l’épisode 1 et l’épisode 10), Philip et Bodin sont de vrais enfants des histoires. Sur petit et grand écran. Leur bébé est à leur image : jusqu’au-boutiste, curieux de tester des choses et résolument sincère.

On peut ne pas être sensible à leur propos (au sein même du Daily Mars, tout le monde n’est pas rentré dans l’histoire) mais force est d’admettre que, dans le droit fil d’une mise en images particulièrement soignée, Lazy Company tente de proposer quelque chose de différent. Une bonne nouvelle dans l’univers (très) limité du 26 minutes français. Du coup, quand on entend parler les deux papas de la série, on espère que l’aventure va durer. Pour voir le projet mûrir, et découvrir jusqu’où il peut aller.

Jack Niels est joué par Alexandre Philip, cocréateur de la série. Photo Empreinte Digitale

La première partie de cet entretien est à lire sur Annuséries.com

« Au début, on voulait faire une shortcom »

Si on devait définir les principales étapes de création de la série, que faudrait-il retenir ?

Alexandre Philip : Au tout début, nous voulions développer une comédie d’aventures qui se déroulerait pendant la Seconde Guerre mondiale, en format shortcom. On a commencé à travailler dessus, posé des lignes et c’est à cette époque-là que l’on rencontré Alban (Lenoir, NDLR) puis les équipes d’Empreinte Digitale (qui, produit, avec Six Pieds sur Terre, la série). On a même tourné plusieurs pilotes en format court.

Samuel Bodin : Ce qui nous a permis de définir préalablement les personnages de la série…

A.P. : … après quoi, nous avons rencontré les équipes d’Orange Cinéma Séries qui nous ont encouragé à développer ce projet sur 26 minutes. Parce qu’ils recherchaient une comédie de ce format.

S.B. : On a donc réajusté les choses, esquissé la trajectoire de chacun des protagonistes. On a écrit le premier épisode, Overlord, en dix jours.

Cela donne une comédie dans laquelle les ruptures de ton sont fréquentes, jusque dans la mise en images. Je pense à l’épisode 3, et à la rencontre avec deux dangereux adversaires, qui est filmée comme un survival…

S.B. : Sur ce projet, on a imposé une exigence visuelle que je ne veux pas lâcher. L’important, c’est de ne pas faire semblant. Dans l’épisode 3, on passe d’une scène légère, qui fait très bande dessinée, à une rencontre sous tension. La scène se passe dans l’eau et c’est moi qui ai insisté pour que ça se fasse comme ça. On l’a filmé en deux axes, au ralenti en 50 images par secondes pour créer une rupture de ton forte. Pour nous, c’est une façon de grossir le trait. Pour que l’on voit mieux les choses.

Benoît Moret incarne Slice. Photo Empreinte Digitale

« Il ne faut pas avoir peur des gros sentiments »

Grossir le trait, c’est aussi prendre le risque de laisser une partie du public à la porte de votre univers, non ? 

A.P. : Nous, on pense qu’il ne faut pas avoir peur des gros sentiments, du premier degré total. C’est l’option que l’on a choisi pour ne pas tomber dans le pathos, ce qu’on voulait à tout prix éviter. Joséphine ange gardien le fait très bien, mais ce n’est pas ce qu’on cherche. Voilà pourquoi on n’a pas peur d’aller dans cette direction.

S.B. : Ce qui nous importe, c’est d’aborder l’émotion avec sincérité. On se revoit régulièrement la fin de Doctor Horrible Sing Along Blog de Joss Whedon, avec ces 30 personnes dans une scène hyper bien foutue rythmiquement : c’est tellement sincère ! C’est de la débrouille… et c’est génial. Dans l’esprit, on se dit « Si tu ne veux pas perdre, faut pas jouer ». Et c’est ça qui guide nos choix : c’est de cette façon que pour une scène sanglante de l’épisode 6, j’ai carrément apporté une bassine de faux sang. Pour aller au bout de ce qu’on souhaitait faire.

A.P. : C’est comme quand on doit salir nos uniformes avant une prise. Au début, tu prends un peu de boue que tu mets sur la manche de la personne en face de toi… et puis après, bon, tu y vas: tu trouves une bonne grosse flaque et tu te roules dedans.

« Doctor Sing Along Blog », de Joss Whedon : une des sources d’inspiration des créateurs de Lazy Company pour cette saison 1.

« On est tous des accidentés des relations humaines »

En même temps, à côté de ça, il y a un gros travail rythmique sur les dialogues…

S.B. : Oui, c’est ce qu’on aime aussi dans l’univers des frères Zucker. On adore quand, dans Police Squad !, un des personnages montre une tasse de café à un autre, qu’il lui dise « Un café ? » et que l’autre lui réponde « Oui, je sais ce que c’est, merci ». Comme on adore le monde des Monty Pythons et l’épisode du perroquet mort dans Flying Circus. Pareil pour les Simpson. Mais, pour revenir aux Monty Pythons, les personnages savent dans ce cas-là qu’ils sont dans des situations absurdes et nous, on ne peut pas faire ça. On cherche autre chose émotionnellement, pour que le spectateur puisse se projeter. Se retrouver dans les rapports de force ou d’autorité que l’on décrit. Comme dans les histoires d’amour dont on parle. C’est à nous de trouver la bonne voie.

A.P. : On est tous des accidentés des relations humaines et on a aussi envie de parler de ça. Ca fait partie de notre génération : on a 31 ans, on vit dans une coloc avec 13 lecteurs DVD et il fallait qu’on mette des mots là-dessus, sur ces histoires de rapports humains. Là encore pour aller au bout de la démarche. Comme dans l’épisode de Bref où le héros embrasse Cette Fille. Lorsque la scène dure et dure encore, juste avant un montage hypercut dans lequel on voit le visage de Marla, le plan cul du héros.

Je reviens sur la mise en images de la série. Comment est née cette identité visuelle si particulière ?

S.B. : On n’a pas utilisé de filtre : on applique quelque chose à la colorimétrie, à la base. C’est une technique d’étalonnage particulière, développée avec Gregory Tschanturia et que j’ai apprise en travaillant avec Julien Mokrani. Ensemble, on a fait un fanfilm Batman (Batman, Ashes to Ashes, en 2009 ; NDLR). On a aussi réalisé un clip de Gogira ensemble. C’est une méthode utilisée, à un autre niveau, par Scorsese sur Aviator. Ca a évidemment fait l’objet de questions: il n’ y a pas de vert. Là aussi, on a défendu ce choix. Je me souviens avoir dit « Les Simpson, ils sont jaune alors c’est jaune. Ben là, il n’y a pas de vert. Et la végétation, elle sera bleue ». L’essentiel, c’était d’avoir une identité immédiatement reconnaissable. Que dès que l’on tombe sur un extrait, on puisse se dire, « ça, c’est Lazy Company » (silence) Et oui : on est shootés aux Simpson (rires).

A.P. : Comme on l’est de l’univers de Leone -que l’on retrouve dans le générique- ou de celui de Spielberg, aussi. Notamment Indiana Jones dans tout ce qui est comédie d’aventures.

Leonardo DiCaprio dans Aviator, de Martin Scorsese.

« Dans la série, les femmes donnent une direction »

Les quatre premiers rôles sont tenus par des hommes mais les femmes ont une place importante dans le récit. Pour vous, c’était évident dès le départ ?

S.B. : Oui, ça s’est imposé tout de suite. Que ce soit Henry qui parle de fidélité, de Niels qui drague dans l’épisode 2 et se prend une veste ou de plein d’autres choses, on avait envie de parler de la fragilité qu’un homme peut ressentir quand il est face aux femmes. De tout ce qui fait qu’on peut être très maladroit sans le vouloir, aussi. En fait, toutes ces femmes donnent une direction dans la série et sans elles, nos personnages sont perdus.

A.P. : C’est quelque chose que l’on retrouve dans le cinéma de Judd Apatow : il fait clairement partie de nos influences, lui aussi. Notamment dans la capacité à combiner des moments particulièrement potaches et d’autres empreints d’une profonde sincérité.

http://www.dailymotion.com/video/xvxiih_lazy-company-sur-ocs-max-des-le-18-janvier-bande-annonce_tv?search_algo=2#.UPGLLULcjR0

Lazy Company, chaque vendredi à 22h05 sur OCS Max.

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