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Le Bal des remakes (ep. 12) :  Scarface, La Planète des singes, Au delà du réel

Le Bal des remakes (ep. 12) : Scarface, La Planète des singes, Au delà du réel

MEA CULPA ! Débordés que nous sommes, nous avions lamentablement laissé en rase campagne le feuilleton consacré aux remakes ciné, débuté la rentrée dernière. Prévue pour durer 15 épisodes, la série d’articles s’est arrêtée au 11e et c’est mal ! Voici donc, à partir d’aujourd’hui et jusqu’à dimanche, les épisodes 12/13/14/15 (oui, un par jour, bien vu !). Avec toutes nos confuses !

 

 

 

 

 

 

 

 

LE REMAKE DU BIEN :  Scarface, de Brian De Palma (1983)

Vous ne pensiez tout de même pas qu’on allait l’oublier celui-là ? Sans doute le remake le plus célèbre de tous, à coup sûr dans les trois premiers noms cités si nous lancions une enquête de notoriété chez les cinéphiles. Sommet de violence opératique dans la carrière de Brian De Palma, Scarface version 1983 fut d’abord né dans les méninges du producteur Martin Bregman. Ami proche d’Al Pacino, dont il a produit deux des plus beaux coups d’éclat dans les années 70 (Serpico et Un après midi de chien, tous deux signés Sydney Lumet), Bregman rêve d’un grand film de gangsters pour la star. Après avoir vu le Scarface original d’Howard Hawks (1932), réalisé d’après un roman d’Armitage Trail, Bregman jette son dévolu sur l’idée d’un remake contemporain de ce récit de l’ascension puis la chute d’une figure du banditisme. Engagés dans un premier temps, Brian De Palma et son scénariste David Ray jettent rapidement l’éponge faute d’inspiration. Bregman fait alors appel simultanément à son vieux pote Lumet pour la mise en scène et à Oliver Stone pour le script. Une aubaine pour Stone, qui sort du cuisant échec de son second long métrage comme réalisateur, La Main du cauchemar.

Lumet va suggérer de transférer l’intrigue à Cuba et de remplacer l’alcool prohibé du Scarface des années 30 par la cocaïne, tellement plus d’actualité à l’aube des années 80. Oliver Stone, lui-même le pif en pleine poudreuse à l’époque, s’immerge totalement dans son sujet et s’en ira à la rencontre d’authentiques narco-trafiquants en Equateur et Bolivie. Il écrira ensuite le scénario de Scarface depuis Paris, loin de toute tentation. Son traitement, trop violent et pas assez politique aux yeux de Sydney Lumet, provoque le départ de ce dernier… et le retour de Brian De Palma, par l’odeur du bain de sang alléché. Il faudrait tout un livre pour faire le tour de ce monument (il en existe d’ailleurs un : Scarface Nation, de Ken Tucker) et son influence infinie sur toute une génération de spectateurs/cinéphiles/cinéastes/Terre entière. Pour le meilleur et pour le pire d’ailleurs. Déchaîné, sauvage, étourdissant, outrancier, vulgaire, effrayant, jouissif, choquant… Scarface est tout cela et reste un polygone cinématographique toujours aussi fascinant à scruter quel que soit l’angle (esthétique, formel, politique, social…). On peut parler de chef-d’oeuvre sans trop se mouiller.

 

LE REMAKE DU MAL : La Planète des singes, de Tim Burton (2001)

L’un des plus mauvais films de Tim Burton est-il un remake du classique de 1966 ou une simple “réimagination” du roman de Pierre Boulle, comme le prétend Burton ? Eternelle question affiliée au concept même de remake (l’original étant souvent l’adaptation d’un roman). Le marketing de Fox à l’époque ayant totalement joué la carte du remake (cameo de Charlton Heston, réédition simultanée en DVD du film de Schaffner…), on peut considérer qu’on est dans la plaque. Quant à cette version « moderne », elle se distingue toujours, douze ans après sa sortie, par une impression générale de grande vacuité. Pas forcément nulle : juste terriblement ordinaire, avec son cortège de jolis VFX, ses acteurs transparents (à part l’attraction Tim roth en chimpanzé soupe au lait) et son production design déjà daté. Les fans du réalisateur de Batman le défi, Edward aux mains d’argents et Ed Wood sont tombés de haut devant l’aspect totalement impersonnel du résultat. Un pur film de commande, pas forcément désagréable à regarder mais sans saveur ni odeur.

 

LE REMAKE DU POURQUOI PAS : Au delà du réel, de Ken Russel (1980)

Et pourquoi pas remaker celui-là en effet, dites voir ? Rappelons que l’un des films les plus raisonnables de Ken Russel reste quand même une bonne petite frappadinguerie : William Hurt y incarne un anthropologue obsédé par les origines de la vie et passant ton temps à s’enfermer dans un caisson hyperbare, la tête farcie de champignons du genre qui font ouin-ouin dans le ciboulot. A force d’expérimentations hallucinogènes, Eddie Jessup se reconnecte avec la propre mémoire antédiluvienne de son ADN, mais ses voyages finissent par altérer son métabolisme. D’où le titre original, Altered States ! Réalisé sur un scénario écrit par le dramaturge/romancier Paddy Chayevsky d’après son propre livre, Au-delà du réel reste toujours impressionnant par la performance habitée de William Hurt et d’excellents effets spéciaux, dont les maquillages du vétéran Dick Smith. Relativement ignoré du grand public, ce trip bien barré entre mélo, SF et épouvante mériterait une réhabilitation par la voie d’un beau remake encore plus spectaculaire et, si possible, aussi radical. On peut toujours rêver…

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