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Le Bal des Remakes (épisode 4/15) : Les Sept Mercenaires, King Kong, Running Man

Le Bal des Remakes (épisode 4/15) : Les Sept Mercenaires, King Kong, Running Man

Les Sept Mercenaires

Chaque jour du 28 août au 18 septembre (sauf les week-ends), un rédacteur du Daily Mars revient rapido sur un remake qu’il a particulièrement apprécié et un autre remake de sinistre mémoire. En bonus : le remake qu’on aimerait voir produit, parce que l’original était fort sympathique mais pas forcément irréprochable. Précision : en gros escrocs que nous sommes, nous avons toléré une petite dose de flou artistique par rapport à la notion même de remake, tout en tâchant de garder une cohérence générale. – Au programme du jour : Les Sept Mercenaires de John Sturges, King Kong de Peter Jackson et Running Man de Paul Michael Glaser

 

 

LE REMAKE DU BIEN : Les Sept Mercenaires de John Sturges (1960)

 

Yul Brynner, Steve McQueen, Charles Bronson, James Coburn, Robert Vaughn, Eli Wallach. Ai-je vraiment besoin d’en dire plus ? « Oui quand même un peu plus, bitch !» me souffle le boss. Bon, je ne vous apprendrai pas que Les Sept Mercenaires est le remake américain du film d’Akira Kurosawa intitulé Les Sept Samouraïs. Et à moins d’avoir vécu dans un trou paumé de la Seine-et-Marne dans une cave aménagée par vos gentils parents, vous savez que le film raconte l’histoire de cow-boys engagés par des paysans mexicains pour les défendre d’une horde de bandits menés par le terrible Calvera.

 

Les Sept Mercenaires est une réunion d’acteurs qui, bien que peu connus à l’époque pour certains, deviendront des légendes du cinéma américain. C’est également une partition signée Elmer Bernstein qui n’était pourtant pas le premier choix du réalisateur, John Sturges, à qui l’on devait déjà l’excellent Règlements de comptes à OK Corral. Les Sept Mercenaires, c’est aussi un film ayant connu son propre lot de remakes, d’adaptations télé et même de suites. C’est aussi un budget de 3 000 000 de dollars et un énorme succès public mais sans aucune récompense.

 

Mais tout ça, ce sont des faits, et pour aussi intéressants qu’ils soient, ils ne valent pas les émotions ressenties et la puissante joie d’un gamin qui découvre à six ans les aventures de Chris Adams, Vin Tanner, Bernado O’Reilly, Britt et Lee. Si Les Sept Mercenaires est un (très) bon remake, c’est parce qu’il est avant tout un grand film d’aventure racontant le destin parfois tragique de véritables anti-héros bien éloignés des cow-boys héroïques et des légendes de l’Ouest. Chacun de ces hommes a une raison particulière pour venir défendre le village, parfois mauvaise, et tous vont se retrouver changés à l’issue de cette aventure.

 

Quand tu es môme et que tu découvres Les Sept Mercenaires, tu ne peux qu’être absorbé par ce spectacle haut en couleurs qui résume à lui seul toute la puissance mythologique d’un genre cinématographique incroyable. Plus tard, tu restes admiratif devant cette réunion d’acteurs qui ne perdent jamais une seconde pour voler la vedette aux autres et se mettre en valeur à chaque plan où ils apparaissent. La scène du passage de la rivière est à ce titre bien représentative de l’état d’esprit qui régnait sur le plateau : en dehors d’un Brynner à la retenue impériale, tous les autres cabotinèrent en passant devant la caméra. Un vrai concours de bites en permanence qui participe à l’ambiance testostéronée et à la coolitude du film.

 

Les Sept Mercenaires, c’est peut-être aussi le film qui fait la jonction entre l’âge d’or du western américain et la période crépusculaire représentée par Il était une fois dans l’Ouest et La Horde Sauvage. Un film à cheval entre deux grandes époques et remakant un autre chef d’œuvre ne peut être qu’une grande œuvre. Et à l’heure où l’on célèbre tristement les dix ans de la disparition de ce géant qu’était Bronson, cela me fait du bien de me rappeler à quel point Les Sept Mercenaires a contribué à mon amour du cinéma et du western. M’enfin bon, Bernstein l’exprime bien mieux que moi :

 

 

 

 

 

King Kong

LE REMAKE DU MAL : King Kong de Peter Jackson (2005)

 

Alors là, je pressens que si je vous ai fait verser une larme à l’évocation de l’œuvre de Sturges, je risque maintenant de m’attirer vos foudres. Croyez-le ou non, ça ne me fait pas particulièrement plaisir de parler d’un film de Peter Jackson de cette manière. Je n’ai pas forcément envie de me faire insulter, que la moitié de mes amis me virent de leurs contacts Facebook et que cinq mecs viennent me péter les jambes à coups de barres à mines quand je sortirai de chez moi, mais c’est ainsi : je trouve que le King Kong de Jackson est un remake raté et surtout un film ennuyeux. Il est probable qu’ayant atteint un tel sentiment de plénitude et de satiété totale à la vision du Retour du Roi, tout ce que fit Jackson par la suite m’apparut fade (oui les aventures de Bilbo, aussi belles qu’elles soient me parlent peu, c’est bon, au point où j’en suis, je peux le dire) mais je pense également que ce film est arrivé trop tard dans la carrière de Jackson.

 

Rappelons à la base que le remake de King Kong est un projet ancien que Peter Jackson devait réaliser après The Frighteners et que suite à l’annulation de ce projet par Universal, on retrouva des idées de son scénario initial dans beaucoup de films de l’époque (notamment La Momie). C’est l’annulation de ce projet qui enclencha la mise en route de l’œuvre seigneuresque qui allait l’occuper plusieurs années de sa vie et le propulser parmi les grands réalisateurs de ce monde. Au sortir de la réalisation du Seigneur des Anneaux, Jackson put de nouveau revenir à ce projet qui lui tenait tant à cœur : King Kong marqua en effet sa vie. Le succès de l’adaptation de l’œuvre de Tolkien et la puissance financière acquise lui permit donc de concrétiser son rêve comme il le voulait.

 

Aujourd’hui encore, je regrette que le jeune fou néo-zélandais n’ait pas réalisé King Kong après son histoire de fantômes. Celui qui était derrière la caméra en 2005 était peut-être trop sage et trop influencé par la grande fresque qu’il venait de terminer. Je ne vous raconterai pas que King Kong est pourri, et bien que j’ai une certaine tendresse pour le remake de Guillermin, celui de Jackson m’apparaît comme supérieur.

 

Mais, sincèrement, pourquoi faire un film aussi long ? Pourquoi attendre aussi longtemps pour voir le roi Kong ? Pourquoi une première partie à New-York et sur le bateau aussi étalée ? Comment peut-on à la fois offrir de magnifiques scènes avec le gorille et une torture visuelle avec des dinosaures ? Pourquoi 187 minutes ? Pourquoi les moments poétiques m’apparaissent comme totalement balourds ? Pourquoi trois (TROIS!) heures ? (et pourquoi du patin à glace sans tutu ?) Il est probable que ma déception s’est fondée sur l’espoir d’un film qui n’a pas pu exister, d’un film que j’imaginais comme un grand ride d’action non-stop, une sorte de Braindead sans le gore, mais avec une folie gargantuesque au sein d’une île ancienne et d’un New-York moderne. Il est probable que je devenais trop vieux pour ses conneries, allez savoir. Toujours est-il que King Kong de Peter Jackson est à mes yeux un remake du mal.

 

 

Running Man

LE REMAKE DU POURQUOI PAS : Running Man de Paul Michael Glaser (1987)

 

Ahlala qu’est-ce qu’on a pu triper sur ce film qui sent bon les couilles burnées des années 80 ! Qu’est-ce qu’on a pu déclamer les vannes de Schwarzie ensuite (« Si ça continue, c’est mon pied que je que vais mettre en contact avec votre cul ! », « Tu vois Sub-Zéro ? Maintenant tu peux l’appeler Zéro tout court ! ») ! Qu’est ce qu’on a aimé Running Man ! Mais putain, qu’est-ce qu’il est honteux par rapport au livre de King qui s’avère être une œuvre avant-gardiste intelligente, véritable sentence prophétique à l’aune du paysage médiatique actuel, et un récit incroyablement haletant.

 

S’il fallait trouver une véritable adaptation du roman de King, il faudrait aller voir du coté du Prix du Danger d’Yves Boisset (lui-même adaptation du roman éponyme, ne me demandez pas qui a pompé qui, tout le monde s’y perd) mais pour autant, un vrai et bon remake de Running Man serait à la limite de l’indispensable. Surtout à une époque où la télé-réalité monopolise les télévisions du monde entier et a déjà envoyé ad patres des candidats avides de reconnaissance médiatique dont la vie dépend d’un public qui appuie sur la touche 1 en guise de lever de pouce pour faire durer son favori.

 

Mais si on lance un remake de Running Man, par pitié, on évite de prendre un acteur tout en muscles. Si Stephen King avait envisagé un acteur comme Christopher Reeves pour incarner Ben Richards, c’est parce qu’il savait que la force de son intrigue proviendrait avant tout de la nature banale de son personnage principal (tel que l’est Clark Kent, l’alter-ego de Superman, personnage incarné par Reeves au cinéma), rendant par là-même sa traque encore plus haletante. On confie la réalisation à un Paul Verhoeven capable de nous prendre aux tripes du début à la fin, de provoquer l’empathie pour un sociopathe comme peut l’être Richards.

 

Et surtout on veut le final du roman aussi apocalyptique que terrifiant. Un final qui va mettre le feu à une poudrière sociale et populaire qui ne demande qu’à exploser afin de renverser un ordre injuste qui a fait son temps, marquant ainsi le changement d’une époque. En ces temps de crises et où une minorité de salauds exploitent la majorité d’une planète sur le déclin, il est clair qu’un remake d’un film tel que Runing Man serait indispensable.

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